Assad sur les Champs-Elysées : Du pour et du contre !

Les dirigeants politique de gauche -  à quelques exceptions près ( Jack Lang ), les défenseurs patentés des droits de l’Homme et quelques personnalités de l’actuelle majorité s’offusquent de la présence du président syrien Bachar El Assad, le 14 juillet prochain,  à la tribune officielle  dressée place de la Concorde à Paris et où se retrouveront l’ensemble des personnalités françaises et étrangères conviées à assister au traditionnel défilé militaire. Nicolas Sarkozy, en effet, a  invité à cette célébration républicaine annuelles les représentants des 27 pays membres de l’Union européenne et ceux des pays du pourtour méditerranéen réunis la veille à Paris pour le lancement de l’Union des pays de la Méditerranée.

Le propos du président français est triple :

Conforter son initiative méditerranéenne, reprendre pied au Proche-Orient et donner un lustre particulier au lancement de la présidence française de l’Union européenne.

Il est douteux que le fait de rassembler de manière spectaculaire 35 chefs d’Etat et de gouvernement sur une même tribune officielle à l’occasion du 14 juillet confère à la présidence française de l’Union européenne une efficacité particulière. L’orgueil national y trouvera son compte. Le président de la République en retirera un  bénéfice personnel pour son image domestique. Mais ces festivités n’enlèveront rien des difficultés de la construction communautaire.


Il est incontestable par ailleurs que la France et l’Europe ont  intérêt à retrouver un rôle politique au Proche-Orient lors même qu’elles sont un contributeur militaire et financier important à la résolution des problèmes dans la région. Il est non moins évident que ce retour politique et cette volonté de contribuer à la recherche d’une solution pacifique aux conflits qui déstabilisent cette partie du monde ne peuvent  se faire sans un dialogue avec Damas et avec Téhéran. Il faut probablement s’attendre  que la prochaine Administration américaine prenne langue avec le régime syrien et avec Téhéran. Paris et Bruxelles auraient donc bien tort de cultiver l’attentisme sur ce dossier.

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         Le projet d’Union des pays de la Méditerranée, quand bien même ne serait-il qu’une « revitalisation »  du processus de Barcelone, est  une initiative positive. Une telle union entre des pays que tant de conflits opposent encore, à commencer par le problème israélo-palestinien, et que les pays membres du Nord et de l’Est de l’Union européenne  considèrent avec une certaine suspicion, ne peut sans doute être que fragmentaire et très progressive. Elle n’en est pas moins opportune pour répondre à des problèmes communs de sécurité, de développement durable et d’approvisionnement énergétique.

A partir de ces considérations l’on peut se poser un certain nombre de questions.

Etait-il de bonne méthode de faire coïncider le lancement de cette Union des pays de la Méditerranée avec l’ouverture de la présidence française de L’Union européenne ? A première vue, la réponse est « oui » : c’est donner d’emblée  à ce projet  une grande crédibilité. A la réflexion, il eut  peut-être été plus astucieux et plus efficace de la part de la France de procéder par étape et de manière moins spectaculaire afin de ne pas donner à nos partenaires européens le sentiment que Paris cherche à opposer brutalement une Europe méditerranéenne à une Europe germanique.

En toute hypothèse faut-il inviter le 13 juillet  tous les pays riverains de la Méditerranée et en particulier la Syrie à une telle rencontre. C‘est l’évidence même puisque c’est l’essence du projet et c’est en outre la condition pour prétendre exercer un rôle au Proche-Orient.


           Ayant  convié tous les pays constituant cette Union méditerranéenne à assister ensuite au défilé du 14 juillet, Nicolas Sarkozy doit-il en écarter le seul président syrien Bachar El Assad ? Ce serait parfaitement illogique !

Certes, les contentieux entre Paris et Damas sont lourds. Nos diplomates n’ont pas oublié l’assassinat en 1981 de notre ambassadeur  Louis Delamarre, imputé aux services syriens. Les militaires français ont gardé le cruel souvenir de l’attentat du Drakkar  au camion suicide qui, en 1983,  tua à Beyrouth 53 parachutistes du 1er RCP et du 9ème régiment de chasseurs, perpétré par le Hezbollah avec la complicité de Téhéran et sans doute de Damas. Enfin, Paris réclame que toute la lumière soit faite sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais, Rafik Hariri, opposé à l’ingérence syrienne au Liban et  victime  d’une attaque à la voiture piégée à Beyrouth, le 14 février 2005, revendiquée par  un groupe baptisé « Groupe de Victoire et de Jihad en Syrie ».


          Mais pourquoi  refuser la présence du président syrien aux  festivités du 14 juillet parce que son régime contredit  les vertus républicaines de liberté, de fraternité  d’égalité et de démocratie célébrées ce jour là et accepter en revanche que s’assoient aux côtés du chef de l’Etat le tunisien Zine El-Abidine Ben Ali, l’égyptien Hosni Moubarak, le colonel Kadhafi - s’il n’avait pas récusé l’Union méditerranéenne, voire l’israélien Ehoud Olmert. L’Etat hébreu viole depuis des décennies toutes les résolutions des Nations Unies et a fait de Gaza la plus vaste prison du monde. La paisible Tunisie touristique est un Etat policier où les institutions démocratiques sont pure fiction. Les geôles égyptiennes ne sont pas peuplées que de délinquants et de criminels !


       Autrement dit,  après avoir réuni le 13 juillet tous ces dirigeants du Sud pour tenter de constituer une Union méditerranéenne, objectif louable et fondé, ou bien Nicolas Sarkozy les convie tous à participer aux festivités du 14 juillet privilégiant la realpolitik, ou bien il eut fallu qu’il n’en invitât aucun tant nombre d’entre eux représentent des Etats qui, à des titres divers, sont fort éloignés des idéaux républicains et démocratiques fêtés de jour là.