Royal légitime contre Aubry légale

Publié le par Pierre-Luc Seguillon

Ségolène Royal a-t-elle tort d’estimer qu’on lui vole sa victoire ?

 

Politiquement, elle a sans doute  raison.

 

Outre que sa motion est arrivée largement devant toutes les autres, elle n’a cessé de progresser au cours des deux tours de l’élection au poste de Premier secrétaire. Elle est passée de 29% à 42% puis de 42% à 50%. A l’inverse la somme des autres motions autour de Martine Aubry est passée de  70% à 50% .

Il y a donc d’un côté la dynamique d’un mouvement en faveur d’un nouveau parti socialiste De l’autre, existe une coalition du refus dont le seul moteur a été de faire barrage à  cette irrépressible progression.

Ségolène Royal peut donc estimer avoir la légitimité politique pour diriger le PS quand bien même Martine Aubry aurait pour elle la légalité du suffrage fut-ce à quelques voix près.

 

Ségolène Royal a-t-elle raison de réclamer un nouveau vote ?

 

Les Français, comme le démontre un sondage Opinionway,  ont une réaction de bon sens en estimant majoritairement inopportun un nouveau vote. La raison en est évidente : sauf à donner une avance écrasante à Ségolène Royal, revoter  ne résoudrait pas le problème du PS.

 

Quel est en effet le vrai problème de ce parti ?

 

Ce parti est aujourd’hui profondément divisé. Divisé par le milieu et à la croisée des chemins. D’un côté, le parti d’Epinay est mort mais il bouge encore. De l’autre l’accouchement d’un nouveau parti tarde. Elle se fait au forceps. Et le renouveau défendu par Ségolène Royal demeure encore ambigu.

 

Pourquoi, dès lors,  Ségolène Royal réclame-t-elle à cor et à cri un nouveau vote ?

 

Parce qu’elle a, comme l’on dit, la rage !  Une colère non feinte pour s’être fait coiffer injustement au poteau par cette coalition du refus si près du but.

 

Parce qu’elle possède une détermination à toute épreuve. Femme de caractère autant que Martine Aubry, Ségolène Royal est bien décidée à ne rien  laisser passer et à ne jamais baisser les bras.

 

Parce qu’elle se comporte en tacticienne. Ce qui en dit long sur ce qui va probablement se produire durant les mois à venir si Martine Aubry est proclamée Premier secrétaire. Sa rivale  fera tout  pour déstabiliser, décrédibiliser et démolir une direction jugée illégitime – elle vient ainsi de commencer, et préparer sur ce champ de ruine sa propre candidature à la prochaine présidentielle.

 

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Cédric 03/12/2008 19:15

Salut Jean-Luc, j'aime beaucoup ce que tu fais !

Consernant le présent article, je suis d'accord avec le bilan, mais je trouve l'analyse légère.


Oui, Ségolène a gagné avec les règles du parti socialiste et donc oui, elle a raison de le revendiquer ! La bonne question est alors : pourquoi s'entête-t-elle à s'imposer au PS alors qu'elle en a déjà la légitimité ? Le parti est déjà mort !!! Pourquoi ne lance t'elle pas clairement son mouvement ?

Je pense que c'est parce qu'elle a peur... C'est toujours comme ça dans les cas de mort cérébrale. Les proches hésitent toujours à débrancher... Pour le cas où...

Elle a peur de la liberté que lui confère sa légitimité populaire parce qu'elle a peur de perdre celle du parti si jamais la première décidait brusquement de l'abandonner, inconciente que les deux ne font qu'une ou ne sont rien, à l'image de la République. Ségolène ne voit pas son public donc elle croit qu'elle ne le contrôle pas. Donc elle cherche à le contrôler. C'est ainsi qu'elle en perd le contrôle. Elle s'est sous-estimée à la présidentielle donc mécaniquement, elle se sur-estime maintenant ! Mais le problème de Ségolène aujourd'hui n'est plus sa détermination, mais l'hésitation qu'elle dissimule derrière ses ecxès de confiance. Elle doit se décider maintenant ! Avant de débrancher !!! Après, elle ne le pourra plus. Elle doit rapidement tirer les conséquences honteuses de l'attitude de Martine au risque de ne plus du tout avoir de conséquence à tirer. Telle est mon analyse.

Par ailleurs et au sujet du titre de l'article, je ne crois pas qu'il y ait d'un côté le légitime et de l'autre le legal. Je crois que n'est légal que ce qui est légitime, en ayant conscience que la réciproque ne se vérifie pas toujours. Faut-il pour autant en faire une dichotomie ?

Je t'invite à y réfléchir sur le thème :
La loi a-t-elle le droit ?

à bientôt !

Claude 02/12/2008 21:01

Sharingan,

C'est exact. Dans le contexte d'il y a six mois, je pense que Sarkozy privilégiais sa vie privée. J'ai d'ailleurs exprimé ce changement d'avis sur ce sujet dans un de mes commentaires, je ne sais plus sur quel sujet.

Aujourd'hui je pense que, premièrement il a pris goût à sa stature internationale que tout le monde raillait avant la crise, deuxièmement son plan de route a été perturbé par la crise et le temps qu'il y a consacré et qu'il lui consacrera encore ne lui permettent pas de "tenir son timing", aussi je pense qu'il va évoluer et vouloir finir son travail. Cela dépendra aussi de la façon dont son épouse va prendre goût à la vie officielle qu'elle s'est choisie (si elle y prend goût).

Moi, très honnêtement, si j'étais à sa place à son âge, je n'aurai pas forcément très envie de faire 5 ans de plus dans son contexte.

Son objectif était d'être président pour prouver qu'il était possible de réformer la France que tous disaient irréformable.

Cette crise provoquée par la spéculation sur les matières premières (dont la crise des subprimes n'est qu'une conséquence) a tout changé. Les subprimes sont un bon prétexte pour réformer la finance internationale qui en a bien besoin et qui a surtout besoin de transparence. Il faut quelqu'un qui motive les autres, rapidement avant que la mayonnaise ne retombe.

Trois ans et demi c'est long quand on envisage de faire en 5 ans ce que d'autres n'ont pas fait en 12 ou 14 ans. On verra bien.

Cordialement,
Claude

sharingan 02/12/2008 13:00

A Claude,
Vous ecriviez plus tot que Sarkozy ne se présenterait pas en 2012..Je ne vous suis plus..

Alceste 30/11/2008 15:56

Le succès de la candidature de F.Mitterrand en 1981 a été l’aboutissement d’un long processus : congrès de Nantes (Mitterrand contre CERES) + congrès de Metz (Mitterrand et CERES contre Rocard) + projet socialiste, 101 propositions enfin. Il faut ajouter le poids du PC, avec ou sans programme commun. On ne voit pas quelle autre démarche pourrait donner la moindre crédibilité politique objective à une candidature Royal, sauf à supposer que la ligne politique du parti censé soutenir le Président est devenue sans intérêt. Or dans la carrière de S.Royal, le moins qu’on puisse dire est que son premier face à face avec un congrès n’aura pas été, à Reims, ce qu’on appelle un acte fondateur. Cet étrange exercice de séminariste en plein carême restera dans les annales. Mais il faudra bien sûr observer le rôle qu’entendent jouer les cohortes de paparazzi qui ont désormais pris position dans la presse de droite comme de gauche, et qui se fichent éperdument, recettes obligent, de la nécessité d’une alternance ou non dans le pays. Et sur ce plan, le pire est évidemment possible. M.Aubry a décidément une lourde tâche.

catherine 30/11/2008 07:27

Ma réponse au commentaire de Claude portait sur sa connaissance de l'électorat. De mon côté, j'ai toujours usé de ma liberté de vote. Le comportement de Royal horripile de plus en plus certains de ses électeurs de 2007 qui aujourd'hui ne revoteraient plus pour elle au moins au premier tour. Il ne s'agit pas d'un sondage mais du reflet d'une famille traditionnellement de gauche pour laquelle les shows à répétitions représentent peut-être une nouvelle mais surement une mauvaise façon de faire de la politique, une façon qui donne envie de rire, mais surtout de pleurer. Je ne connais personne pour qui l'image de Royal s'est bonifiée depuis 18 mois. Là encore, il s'agit d'un cercle...OK,je dois me tromper car 50% des militants ont voté pour elle. Les autres ont déjà dû quitter le PS.