PS : le jeu et l’enjeu

Publié le par Pierre-Luc Seguillon

 

   Dernier élément dans le jeu complexe des socialistes, à trois jours du vote des militants pour désigner le premier secrétaire du parti : l’appel de Bertrand Delanoë à voter massivement en faveur de Martine Aubry.

  Ce changement de pied est tardif. Le maire de Paris, hier encore, affirmait qu’il demeurerait neutre et ne donnerait pas de consigne de vote en faveur d’un candidat. Les discussions entre les tenants des deux motions, celle de Martine Aubry et celle de Bertrand Delanoë avaient échoué. Apparemment, entre sa détestation personnelle de Martine Aubry et son exécration politique de Ségolène Royal, le maire de Paris a privilégié finalement une stratégie d’empêchement de la présidente de la région Poitou-Charentes en sorte, pense-t-il de préserver sa propre ambition présidentielle.

   La manière dont Benoît Hamon, le troisième candidat, jouant les Perrin Dandin de la fable, en s’efforçant de tirer les marrons du feu renvoie dos à dos Martine Aubry et Ségolène Royal ne fait que confirmer aux yeux des militants le caractère tactique de ce «  Tout sauf Ségolène Royal ».

   Mais cette volte face a troublé nombre de partisans de la motion de Bertrand Delanoë au point d’être en partie contre productive. Des élus comme Jean Yves Le Drian, président du Conseil régional de Bretagne ou Armand Jung, député du Bas Rhin ont déjà annoncé leur ralliement à Ségolène Royal. Bruno Leroux, député de Seine Saint Denis, secrétaire national du PS et porche de François Hollande a expliqué que ce ne pouvait être qu’une position personnelle de Bertrand Delanoë et non pas un choix collectif. Le président du groupe socialiste au Sénat, Jean-Pierre Bel et le député du Doubs Pierre Moscovici refusent de donner une consigne de vote et ce dernier confie en aparté qu’il votera en faveur de Ségolène Royal.

   Si le choix de Bertrand Delanoë constitue un apport arithmétique pour Ségolène Royal il n’est donc pas certain pour autant qu’il sera déterminant.

    Le jeu demeure ouvert. Il l’est aussi parce que cette élection se fait sur le mode d’une élection présidentielle. Les militants sont invités à choisir un individu et non plus un texte comme ils l'ont fait le 7 novembre dernier.  Dans cette configuration , Ségolène Royal possède un atout : sa proximité avec les militants plus qu’avec les gens d’appareil.

    Reste bien sûr l’interrogation concernant le comportement des abstentionnistes du 7 novembre. Qu’elle sera cette fois leur attitude  jeudi prochain? Les partisans de Ségolène Royal sont convaincus que la dynamique joue en faveur de leur candidate.

    L’enjeu de l’élection est en tous les cas de plus en plus évident. C’est la conception même du parti qui fait clivage plus que la stratégie ou les idées, même s’il existe à ce niveau des nuances. D’un côté une conception très classique d’un parti social démocrate qui accorde la primauté à l’appareil et aux relais syndicaux et qui resterait l’apanage de la génération jospino-mitterrandienne.  De l’autre une conception très présidentialiste d’un parti privilégiant le rapport direct avec les militants voire les supporters et dont la gouvernance serait totalement renouvelée.

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hamlet 21/11/2008 01:07

alceste remarquable analyse !!
être ou ne pas être socialiste aujourd'hui telle est la question de Mme Royal , mais comment devenir présidente la seule question importante à ses yeux . Elle n'hésitera pas à faire exploser le PS pour ça , bayrou a fait de même avec l'udf. les socialistes n'ont pas compris le leçon pour certain trop absorber à battre sarko et pas à gouverner la France , sans programme sans idée juste être calif à la place du calif ....pauvre France

jean-marie wolff 20/11/2008 21:07

Chronique d'une victoire annoncée. 65% dès jeudi soir pour Ségolène.

Bonjour Pierre-Luc

Ségolène va largement l’emporter dès ce soir, c’est inscrit. En voici les raisons essentielles.

1) Fin 2006, elle avait obtenu 60% des voix face à deux prétendants tout auréolés de l’expérience du pouvoir au plus haut niveau. Les militants avaient néanmoins voté pour elle, parce que toutes les enquêtes d’opinion la considéraient comme la seule à même de battre Nicolas Sarkozy. Après deux échecs à la Présidentielle, les socialistes avaient besoin, quitte à ignorer leur chapeau, de se rassurer sur la pertinence de leur vision du monde. Le quinquennat – voulu par Lionel Jospin – a entraîné la présidentialisation du P.S. Nous sommes donc peu ou prou dans la même situation. De tous les prétendants en lice demain, Ségolène est de très loin la mieux placée pour 2012.

2) Les militants ont assisté, médusés, au massacre de Reims. Ce sont des gens sincères, désintéressés, et profondément généreux Ils sont blessés au plus profond d’eux-mêmes. Car les vertus dont ils se prévalaient face à la droite ont été battues en brèche, par le spectacle de désolation qu’ils ont collectivement donné. La faute à qui ? la faute à quoi ? D’abord et avant tout à un intégrisme démocratique qui avive objectivement les ambitions. A force de vouloir permettre à chacun de débattre de tout à tous les niveaux, on en arrive à une forme d’immobilisme. La volonté de Ségolène de calquer le P.S. sur l’U.M.P. ne peut que ravir les militants.
OK, on se bouffe le nez en amont, mais après on ferme sa g… et on soutient son champion.

3) La videocratie a touché de plein cœur tout le monde, et même ceux qui la moquent. Nous en croquons tous, malgré notre posture intellectuelle. Nous en biberonnons tous, tout simplement. Mc Luhan avait vu juste. « The medium is the message ». And the massage of the brain, est-on tenté d’ajouter. Sarko et Ségo l’ont compris avant les autres. Sarko avait le programme en plus. Et il a gagné.

4) Et puis il y a l’essentiel. Mon Dieu, il faut avoir le cuir tanné à toutes les brûlures, le coeur chevillé au corps, l’âme collée à la peau, pour résister à tout ce déversement de haine. Elle a choisi l’irrationnel certes, et provoque donc l’amour et la haine. Certes. Un homme est génétiquement mieux à même de résister à tout cela. Mais pour une femme, on soulève son chapeau.

4) Cette capacité à endurer ne peut que forcer l’admiration. Et même les militants qui l’entendent tenir un discours quasi-religieux, ce qui pour eux est l’enfer-même de leur religion politique, sont enclins, dans le secret de l’isoloir, à glisser le mauvais bulletin dans l’urne. Car ce qui compte pour un militant, ce n’est pas tant l’orthodoxie des idées, mais bien la capacité à résister à tous les coups, être à la hauteur de la situation. Si Mitterrand fascinait, ce n’était pas tant par ses idées, que par sa pugnacité, par sa capacité à garder toujours une carte dans sa manche. C’est ça qui rassure. Ségolène n’en est pas là, qui apprend le métier. Mais elle apparaît sur le bon chemin. Sa persévérance, sa capacité à surmonter les défaites et les haines sont des arguments souverains. Elle est, pour les militants, leur meilleure chance pour 2012. Ce sera donc un raz de marée. C’est un surhomme. Une surfemme, en fait. 65% donc.

Jeff de Burlats 20/11/2008 19:34

Michel C et Alceste, vos arguments "synthétisent" bien ce que je et beaucoup pense(nt). Merci
Déprimant, ce mois de Novembre!

SEDAT 20/11/2008 12:32

A Mirino,le roseau pensant...!

A propos de l'image de la rose,depuis petit,je me suis tjrs posée cette question,il y tellement d'autres,plus belles,moins morose...!

Reynaldo.

mansire 19/11/2008 22:09

quel mascarade au PS et sa veut representer la france de demain Mr mitterant doit se retouner dans sa tombe voir un spectacle pareil