Parti socialiste : la voie « Royal »

Publié le par Pierre-Luc Seguillon

           Avouons-le, tenter de  décrypter les jeux tactiques complexes des dirigeants socialistes, à la veille de leur congrès, n’est pas une mince affaire. Une chatte n’y reconnaîtrait pas ses petits !  Tentons néanmoins de le faire en procédant de façon méthodique et en s’efforçant de répondre à des questions simples et basiques.

Ségolène Royal   veut-elle être Premier secrétaire du PS ?

            Oui ! Pourquoi ? Parce qu’elle est convaincue à raison qu’elle ne pourra mener en 2012 bataille des présidentielles sans avoir à sa main et en appui un parti socialiste mobilisé et en bon ordre de marche. Elle n’a pas oublié qu’en 2007 le PS lui a en partie manqué. Elle attribue son échec à ce défaut de soutien.  Pendant la campagne interne qui a précédé le congrès de Reims, elle a eu l’intelligence de mettre entre parenthèse son ambition de diriger le parti en sorte de renvoyer ses concurrents à des querelles de personnes et afin de ne pas effaroucher ceux qui, dans son propre camp, ne souhaitaient pas qu’un présidentiable prît la tête du PS. Cette ruse a réussi. Sa motion a obtenu une majorité relative. Cette demi- victoire lui donne légitimité à briguer le poste de Premier secrétaire si elle parvient à constituer autour d’elle une majorité.


          Pourquoi Ségolène Royal ne se déclare-t-elle pas candidate au poste de Premier Secrétaire ?

Elle sera candidate. C’est l’évidence. Elle ne l’est pas encore par souci tactique. Dotée d’une majorité qui n’est que relative, elle ne veut pas donner le sentiment qu’elle prend le parti socialiste par un coup de force. Elle s’attache au contraire pour l’heure à peaufiner, au regard des militants, une image de rassembleuse. Elle entend contraindre ses concurrents, les Aubry, Delanoë, Hamon à se découvrir. Ou bien ils sortent du bois et font front commun derrière Martine Aubry par exemple. Mais ils donneront alors le sentiment de constituer l’alliance politicienne du «  Tout sauf Ségolène Royal » et devront, devant les militants et devant l’opinion, expliquer pourquoi ils ont refusé les tentatives de rassemblement et la main tendue de la présidente de la Région Poitou-Charentes. Ou bien ils hésitent ou ne parviennent pas à s’entendre en eux et seront inéluctablement contraints de rendre les armes.

Pourquoi Benoît Hamon, Bertrand Delanoë et Martine Aubry hésitent-ils  à contrecarrer les ambitions de Ségolène Royal?

A la vérité, ils brûlent d’envie de la marginaliser. Ils la détestent autant qu’ils la méprisent. Ils la considèrent paradoxalement comme une intruse dans le cénacle du vieux parti socialiste alors même qu’elle appartient à la génération de 81. En privé, ils lui reprochent  pêle-mêle de n’être pas à la hauteur, de manquer de cohérence intellectuelle, de privilégier l’émotion au détriment de la raison, d’être à la fois autoritaire et imprévisible, de racoler les militants par-dessus les instances du PS, de bousculer les canons du parti de Jaurès, de Blum et de Mitterrand comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Officiellement, ils font des relations avec le Modem le motif du clivage.

Pourquoi alors ne pas s’entendre pour déjouer la manœuvre de Ségolène Royal et lui opposer sans peine, en additionnant les résultats des trois motions,  une confortable majorité de 70% des suffrages ? Voilà qui, à première vue, semblerait relever du bon sens ! Sans doute. Mais l’attentisme des adversaires de Ségolène Royal a trois raisons. La première est leur difficulté à s’entendre. Bertrand Delanoë n’a pas oublié les attaques de  Martine Aubry durant la campagne préparatoire de ce congrès. Celle-ci n’a eu de cesse, en effet,  de dénoncer à la fois l’archaïsme des principaux supporters du maire de Paris en même temps que la tentation «  libérale » de ce dernier. La campagne a laissé des traces qu’il n’est pas aisé d’effacer.  En second lieu, comme il en a toujours été ainsi en politique,  un certain nombre de barons ayant soutenu la motion du maire de Paris ou celle du maire de Lille, sont fortement tentés, au vue des résultats, de tourner casaque et de rallier la motion gagnante ! Enfin, Martine Aubry et Bertrand Delanoë, bien qu’arithmétiquement majoritaires à eux deux dans le parti, hésitent à récuser ouvertement Ségolène Royal par peur de se mettre en porte à faux avec l’opinion des militants et, plus encore, avec celle des sympathisants. Ils vont répondre avec beaucoup de mauvaise volonté aux tentatives de rassemblement  de Ségolène Royal. De là à lui opposer ouvertement une candidature Martine Aubry, il y a un pas qu’ils hésitent encore à franchir convaincus que le premier qui se découvre se brûlera les ailes !


           Existe-t-il de profondes différences entre Ségolène Royal et ses concurrents ?

Oui et non ! Au plan des idées et à considérer de près les écrits des uns et des autres, il n’existe pas de  réels clivages entre Ségolène Royal, Bertrand Delanoë et Martine Aubry, voire même avec Benoît Hamon le plus radical des quatre. Chez les trois premiers, en tout les cas, on constate la même difficulté à définir ce que pourrait être un socialisme du XXIème siècle. Existe-t-il, en revanche, comme le prétendent Martine Aubry et Bertrand Delanoë et, plus encore Benoît Hamon, une différence stratégique dont le Modem serait la pomme d’achoppement ?  Cette divergence mise en avant par le maire de Paris et celui de Lille ainsi que par Benoît Hamon relève plus du prétexte que de la réalité. A la vérité, tous sont d’accord pour inlassablement répéter qu’il faut un parti fort - premier temps, une gauche rassemblée - deuxième temps, et que c’est seulement si ses conditions sont réalisées que pourra être envisagée, notamment à l’occasion du deuxième tour d’une présidentielle, une ouverture aux électeurs du Modem qui seuls pourraient assurer une majorité au candidat de la gauche en 2012. On a pu d’ailleurs constater, lors des dernières municipales, qu’aussi bien des partisans de Bertrand Delanoë que des partisans de Martine Aubry n’ont pas hésité à s’allier avec le Modem pour conquérir des municipalités !

La vraie différence est ailleurs. Elle est dans la conception même du parti socialiste. Ségolène Royal, épousant totalement la présidentialisation accrue de notre vie politique, l’imagine radicalement transformé en partie de masse, parti de supporters, machine électorale à l’américaine,  au service d’un candidat à l’Elysée. Ses concurrents demeurent fidèles à une vision partisane plus classique du PS avec ses « courants de pensée », ses  militants formés, sa démocratie compliquée alliant suffrage direct et suffrage indirect pour désigner son leader. 
          
            Ségolène Royal a-t-elle des chances de l’emporter ?

Ce n’est évidement pas certain. Mais c’est fort probable. D’abord parce que nul dans ce parti socialiste n’est aujourd’hui doté d’une aussi forte détermination et d’une semblable confiance en son destin ! En second lieu parce qu’en disciple accomplie de François Mitterrand, Ségolène Royal fait preuve d’une habileté  tactique de plus en plus grande. Enfin et peut-être surtout parce que sa démarche répond à l’air du temps. C’est elle, incontestablement, qui est le plus en phase avec ce qu’il est désormais convenu d’appeler la « videocratie » ou démocratie de l’opinion et de la télévision.  Il suffisait de la voir, rayonnante, mercredi soir, sur le plateau du 20h. de TF1 offrant à l’opinion  l’ image séduisante et souriante  d’une  jeune femme moderne en même temps que le visage résolu  d’une opposante  sans concession au pouvoir en place.  Il suffisait surtout de l’entendre, l’air de rien, brandir une menace dissuasive à laquelle les téléspectateurs n’ont peut-être pas prêté attention mais qui n’a pas échappé à ses rivaux. Quand bien même ne parviendrait-elle pas à constituer une majorité, au terme du congrès de Reims, rien ne l’empêchera néanmoins - elle l’a laissé entendre,   de se présenter le 20 novembre aux suffrages des militants et d’être élus Premier secrétaire en dépit des réticences de l’appareil !

Le PS peut-il rebondir ?

Le pire n’est jamais sûr. Evidemment !  L’horizon socialiste semble  néanmoins plus que couvert !

Si Ségolène Royal l’emporte, ce sera sans nul doute en dépit de la profonde allergie qu’elle suscite chez les éléphants du PS. Tout comme ils l’ont fait durant la campagne présidentielle après son succès aux primaires, ils lui feront payer chère une victoire qui leur restera en travers de la gorge.  Par delà le discours de circonstance sur la nécessité de rassembler, Ségolène Royal devra s’appuyer sur une jeune garde soudée pour achever la génération d’Epinay et, dans la foulée, son prolongement jospinien afin de pallier le pouvoir de nuisance du vieux PS. Ceci n’ira pas sans heurts et sans déchirures internes.

            Si, à l’inverse, Martine Aubry, appuyée par Bertrand Delanoë, voire par Benoît Hamon, parvient à faire barrage à Ségolène Royal, il lui faudra justifier devant les militants cette récusation systématique de la présidente de la région Poitou-Charentes  et gérer une ancienne candidate à la présidence de la République bien décidée quoi qu’il en coûte à mener la campagne de 2012 ! Ceci n’ira pas sans créer une profonde brisure au sein du PS

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Claude 17/11/2008 11:57

Bonjour,

Ségolène Royal souhaite faire du PS un parti susceptible de s'opposer à Sarkozy pour gouverner, si possible dès 2012. Martine Aubry souhaite faire du PS un parti d'opposition aux côtés des syndicats, comme si le PS était une super-confédération syndicale et elle accepte de ce fait que la stratégie du PS soit la même que celle des syndicats qui est de s'opposer sans espérer gouverner (comme Besancenot qui risque d'être plus fort qu'elle à ce jeu là).

Arithmétiquement, la seule stratégie possible pour un candidat de gauche c'est d'avoir un programme qui lui permette d'empiéter sur l'électorat du centre droit (exit Bayrou), quitte à perdre les électeurs les plus à gauche au premier tour mais qui voteront fatalement pour lui (ou elle) au second tour.

Comme je ne suis pas l'Oracle, je me trompe sans doute mais j'aimerai alors que l'on m'explique comment faire autrement ou que l'on admette que le retour de la gauche est impossible à court terme au plan national.

Cordialement,
Claude

SEDAT 17/11/2008 08:43

Très bonne analyse d'Alain,que je partage...!
Reynaldo.

Alain 15/11/2008 18:45

Congrès socialiste,

Samedi 18h00, je viens de subir la pire des épreuves audiovisuelles celle d’écouter avec attention les discours des ténors socialistes.

Après avoir entendu les discours des responsables têtes de gondoles des trois principales motions, le verdict intellectuel me parait évident.

Si j’étais un délégué socialiste libre, la prestation de Martine Aubry m’est apparue de très loin la plus authentique, la plus claire et la plus lisible, ancrée à gauche, la plus socialiste humaniste.

Avant de voter pour elle je demanderais surement quelques éclaircissements à propos des nouvelles convictions européennes de son allié Laurent Fabius, mais sa prestation empreinte de conviction et de simplicité n’est certes pas révolutionnaire mais sa solidité et son authenticité m’apparaissent des vertus plus essentielles que l’aventurisme Royal et le conservatisme Delanoë.

Aura-t-elle la ténacité et la réelle volonté de tenir sa ligne pour s’imposer, ou comme Jacques Delors son père, cèdera-t-elle comme il le fit si souvent n’étant pas doté de cette pugnacité des conquérants ? Nous le saurons dans les prochaines heures, les prochains jours.
Alain

ps: Ségolène possède cette pugnacité!

michelazur 15/11/2008 12:46

Avec Ségolène on bascule de l'incompétence habituelle de l'idéologie socialiste verbeuse à la nouvelle incompétence de l'idéologie socialiste irrationnelle et sectaire. Oui, belle analyse, Mme Royal est de son temps, le gourou habile et cynique qui engoue un peuple de moutons crédules et illuminés. Bon courage la France !

Claude 15/11/2008 00:09

Béa,

Je comprends que vous préfériez ce scénario, les fonctionnaires socialistes sont pour plus de fonctionnaires et c'est sûr que si par extraordinaire Bayrou était président, dès qu'il baisserait les effectifs, la gauche serait dans la rue, il cèderait comme il l'a déjà fait et il recruterait. Il n'a pas de cran (ou, puisque ce béarnais est très gascon, juste ce qui faut pour pratiquer la rodomontade).

Je n'ai pas comme vous la capacité de savoir comment les choses évolueront pendant les 3,5 ans qui viennent mais pour le moment le rapport de force en France est défavorable à la gauche (40%) aussi il est peu probable qu'ils aient la majorité à l'assemblée pour la prochaine législature. Donc si Bayrou est élu par défaut, ce qui est possible, il devra cohabiter avec une assemblée très exigeante de droite et de centre droit et, naturellement, avec Sarkozy ou un de ses lieutenants comme premier ministre. Cela promet.

Le sondage publié ce matin corrobore mon point de vue. Avec Ségolène, Bayrou est, au mieux, 3ème s'il n'est pas battu par Besancenot.

L'opinion publique se rend compte que les vrais qualités de Sarkozy sont justement ce que l'on lui reprochait comme étant des défauts : sa capacité de travail, sa capacité à mener plusieurs dossiers en même temps, sa pugnacité, son talent à convaincre et à entraîner, son franc parler, etc. Compte tenu de l'opinion publique actuelle il est probable qu'emportant le premier tout avec 33 ou 34%, il gagnera le second avec 55 à 58%.

Je persiste à penser qu'il n'envisageait pas de se présenter une deuxième fois mais que les évènements lui font envisager que, premièrement il n'aura surement pas fini son travail en France et deuxièmement qu'il n'y a pas grand monde à part lui, capable d'entraîner la planète à se régenter.

On verra bien.

Bonne soirée,
Cordialement,
Claude