PS: la solution Peillon

Publié le par Pierre-Luc Seguillon

                  

             Deux leçons évidentes doivent être tirées du vote, cette nuit, des militants socialistes :

            Les militants rejettent le parti socialiste d’Epinay usé, sclérosé et monopolisé depuis des lustres par une même génération ; ils appellent un renouveau du parti et une nouvelle manière de faire de la politique.

            En second lieu,  ils réclament un ancrage à gauche clair et déterminé.

 

            Deux leçons essentiels


Le taux médiocre de la participation à ce vote ( 55%) témoigne de la lassitude des adhérents du PS à l’encontre des querelles byzantines de leurs dirigeants depuis des mois, sinon depuis des années.  La très nette avance obtenue par Ségolène Royal (29%)  sur ses concurrents ( contrairement aux pronostics de nombreux observateurs ) et le  score inattendu réalisé par la motion de Benoît Hamon (19%) confirment la demande de renouvellement et le besoin, en ces temps de crise, d’un enracinement à gauche.  Benoît Hamon (41 ans )  est devenu l’une des figures emblématiques de la nouvelle génération. La tonalité de sa motion est la plus radicale. Ségolène Royal, pour sa part,  a inventé une nouvelle manière de faire de la politique qui a été moquée par les caciques du PS mais qui, incontestablement, a séduit nombre de militants. La présidente de la région Poitou-Charentes a aussi fortement gauchi son discours durant cette campagne interne au PS.

           Impossibles additions

         Nul n’ayant obtenu 50% des suffrages de militants, il revient maintenant aux  leaders des motions de construire, par addition ou par soustraction, une majorité susceptible de rénover et de construire le parti socialiste.

            Arithmétiquement l’addition des scores de Bertrand Delanoë (25%) et de Martine Aubry (25%) suffirait à faire une majorité. Mais on imagine mal le maire de Paris et celui de Lille s’entendre sur le nom du Premier secrétaire. Plus grave, une telle union semblerait contredire le double vœu des militants de  renouveau et d’ancrage à gauche. Pire, une telle synthèse  signerait de manière paradoxale l’éclatement du parti socialiste en écartant de la direction le vainqueur de cette élection. Politiquement, un tel mariage paraît donc aujourd’hui impossible.

            Une synthèse entre Ségolène Royal et Bertrand Delanoë est encore moins plausible : Les partisans du premier exècrent et méprisent  la seconde.

            L’apport de Benoît Hamon à Martine Aubry, aussi conséquent soit-il, ne suffit pas non plus à constituer la majorité nécessaire pour gouverner le parti.

            Reste donc l’hypothèse d’un rapprochement entre la motion de Ségolène Royal avec celle de Martine Aubry – ce qui constituerait une confortable majorité, avec celle de Benoît Hamon – ce qui serait un peu court, ou encore avec les deux – ce qui serait plus confortable encore. Mais, dans ce cas de figure, qui porter à la direction du PS ?  Ségolène Royal, légitimé pour ce poste ? peut difficilement accepter que Martine Aubry ou Benoît Hamon  s’installent dans le fauteuil du Premier secrétaire. A l’inverse, l’arrivée de Ségolène Royal à ce poste susciterait un tollé de tous ceux qui, de près ou de loin ? rêvent de jouer le premier rôle en 2012. Et ils sont nombreux , de Martine Aubry à Bertrand Delanoë, de Laurent Fabius à François Hollande en passant par Dominique Strauss Kahn.

                                    


            

 

            Ségolène Royal, qui a gelé sa candidature tout en rappelant qu’elle serait légitime, peut estimer avoir avantage à ne pas s’engager dans un combat incertain qui la mettrait au niveau de ses concurrents alors qu’elle s’est attachée, tout au long de la campagne, à se tenir au-dessus de la mêlée. Elle peut aussi estimer que sa candidature à l’élection présidentielle risquerait de pâtir d’une  gestion quotidienne du parti socialiste.

            Elle pourrait donc, à titre de compromis, proposer à Martine Aubry et à Benoît Hamon que son principal lieutenant, le député européen Vincent Peillon, prenne la direction du PS avec une équipe renouvelée. Celle-ci serait composée de représentants de la nouvelle génération comme  Arnaud Montebourg, Jean-Christophe Cambadelis et   Claude Bartolone qui ont soutenu Martine Aubry, Julien Dray et François Rebsamen qui ont été à ses côtés voire Benoît Hamon.

            Vincent Peillon a l’avantage de bien connaître les uns et les autres. Il a déjà travaillé  avec nombre d’entre eux. En octobre 2002, le quotidien Libération a publié ainsi une tribune intitulée « Pour un nouveau parti socialiste » signée par Vincent Peillon, Arnaud Montebourg et Julien Dray dont le titre donnera son nom au courant Nouveau parti socialiste qui présentera une motion au congrès de Dijon (2003) et à celui du Mans (2005). L’homme est plutôt consensuel. Il possède une élégance et une autorité naturelles. Ce philosophe converti à la politique a surtout une stature intellectuelle et une densité de réflexion qui peuvent  heureusement compléter le « social évangélisme » de Ségolène Royal. A travers Vincent Peillon, Ségolène Royal garderait un lien essentiel avec un parti socialiste dont elle aura besoin lors de la prochaine campagne présidentielle. Vincent Peillon lui-même peut trouver intérêt à ce statut qui en ferait, en cas de victoire socialiste en 2012, un Premier ministre  potentiel. Vincent Peillon a cependant un handicap. Député européen, il est absent de l’Assemblée nationale. Peut-on imaginer un Premier secrétaire du PS privé de cette tribune ? Il est vrai que la difficulté serait la même pour Ségolène Royal qui, elle non plus, ne siège pas au parlement français.


Bien entendu les jeux ne sont pas faits.  Rien n’est a priori impossible dans la situation où se trouve aujourd’hui le PS avant ou pendant le congrès de Reims. Rien n’est impossible  y compris l’absence de solution et un parti ingérable !

 

           * cf.  blog  de 29 septembre «  Ecoutez et voyez ma différence 

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Claude 12/11/2008 00:54

Bendidon Béa,

Pour une fois on est presque d'accord (reste à se mettre d'accord sur la façon de le dire et d'être un peu moins caricatural).

Je parlais d'orientation, pas de programmes.

Cela m'étonnerait qu'il y ait beaucoup d'ex-futurs médaillés Fields que l'on aurait gâchés, parmi les 150000 laissés pour compte annuels à la sortie de l'école. Mais parmi eux il y a sans aucun doute 150000 futurs types biens dont on a gâche la vie.

Avoir deux ou trois prix Nobel de plus, c'est bien mais avoir 65 millions de français bien dans leur peau ça serait pas mal non plus.

Claude

Bea 11/11/2008 20:15

Les profs demoralisent les elèves... Allons donc.... Evidemment tous les profs, sauf vous ..:)) sacré Claude!

Vous pronez donc un enseignement très specialisé .... Bon pourquoi pas ? Sauf que les medailles fields en maths Francais, on pourra faire une croix dessus.

Et quelle matière souhaitez vous mettre à la poubelle exactement?

- L'histoire? Et le devoir de memoire de votre bon et adoré Sarkozy?
- La geographie? Pour que les petits Francais ne savent plus situé les pays sur une carte?
- La biologie? Pour que lon ait moins de medecins, ou que lon supprime carement les soins medicaux pour faire des economies?
- la Physique, la chimie: pour que l'on mette à la poubelle la science et la technique d'ingenieur.
- moins de maths, pour que nos petits deviennent aussi nul que notre ministre Darcos en regle de trois
- le dessin? Pour que lon fasse une croix sur nos designers de voiture et architechtes
- le sport? Pour que l'on ait encore moins de medailles au JO et pour que nos petits soient de bons gros enfants, des bouels embulantes comme aux USA
- le Francais, pour que nos petits parlent tous le verlan..?
- l'education civique? Pour qu'il y ait encore plus d'incivilité?
- L'economie: ah ca oui la d'accord: jettons a la poubelle ces cours qui ne servent a rien!! :)

Je plaisante enfin cher Claude, il faut de tout, j'maiamais bien les cours d'EMT: le dessin industriel, le fraisage, les circuits imprimés: j'etais la meilleure! J'adore le bricolage. Mais bon, les seuls cours d'economie à l'ENS que j'ai pu avoir consistait a faire tourner un logiciel a la con simulant des prix et le marché: ca a duré une semaine ce manège, et le lendemain il fallait voir combien on avait pu vendre... Quelle connerie monumentale ces cours!!!!

Je pense que faire des cours de pipots, de manegements a la con, de communication, ect etc... bref, apprendre les eleves a savoir parler et commander, sans leur fournir un bagage theorique et technique, c'est fabriquer a la chaine des futurs grandes gueules sarkiziennes aux connaissances techniques proche de zero! Ce n'est pas avec des grandes gueules que lon fabrique de futurs prix nobel! Je trouve lamentable ce desinteret actuel pour la science, la vraie, la difficile evidemment ... Les medias nous matraque que tout est facile, que l'argent facile existe bien et qu'il suffit pour cela d'avoir une grande gueule, et d'avoir un costard. Cest lamentable, et cela a pour consequence de voir pres de 60% des promos d'eleves ingenieurs matheux, chimistes ou physiciens, partir dans le consulting, la finance, bref, tout sauf du technique.... Enfin, depuis cette crise financière, ça les a quand meme un peu calmés! :))

Claude 11/11/2008 00:36

Béa,
Depuis l'époque où j'avais votre âge la France a créé 8 millions d'emplois nouveaux (1/3 de plus) et elle produit 8 fois plus de richesses. Alors, si pour vous, nourrir ces 8 millions de personnes et leurs familles et distribuer, pas toujours équitablement c'est vrai, toutes ces richesses n'est pas un progrès qui vous est dévolu en grande partie c'est que vous êtes une enfant gâtée qui, plus on lui donne, dit toujours "encore".

Quand les diplômés ont bien choisi leur orientation et qu'ils savent s'exprimer dans un français correct sans trop de fautes d'orthographe avec au moins un sujet et un verbe à peu près correctement conjugué et qu'ils ne prennent pas le recruteur pour un demeuré ou un prédateur ils trouvent du boulot. Si vous saviez la difficulté de pourvoir certains postes. Il est plus facile de trouver du boulot si on est spécialiste du traitement du signal plutôt que "mastérisé" en histoire-géo. Mais ça, on le sait dès le départ.

Il est vrai que grâce aux profs qui démoralisent les élèves dès la 6eme et à l'institution qui les oriente beaucoup trop tard il y a 150 ou 160000 jeunes qui sortent de l'école sans aucune formation et complètement démotivés. On pourrait parler de cela mais il y a de quoi écrire un bouquin (par exemple sur les gamins que l'on mutile psychologiquement à leur imposer des matières qui les enfoncent dans l'échec alors que dès la cinquième ou la quatrième ces enfants ont envie d'apprendre un métier qui leur plait ou au moins avoir la perspective concrète de l'apprendre).

Alors c'est vrai que ce sera très difficile pour eux.

Raison de plus pour les motiver.

Un de mes cinq "filleuls" est un de mes anciens élève de 3ème de SEGPA (aucun diplôme, même pas le brevet des collèges tellement il était en grande difficulté) a créé une boîte à 18 ans (il en a 23) pour réparer les caddies des petits supermarchés et des superettes qui n'ont pas de service d'entretien. Il a 5 employés, des copains à lui, et est en passe d'en prendre un 6éme. Il s'est mis à savoir compter et écrire (mal mais assez pour faire une facture). C'est un plaisir de le voir discuter avec son centre de gestion ou son banquier. Lui, ne comprend pas ses camarades qui trainent encore dans la cité en pleurnichant que l'on ne fait rien pour eux. Entreprendre lui semble naturel. Il gagne moins et il travaille plus que ses copains qui trafiquent mais il vivra plus longtemps et libre.

Il n'est pas une exception. Ils seraient plus nombreux si on les encourageait au lieu de leur dire que ce qui était possible du temps des anciens ne l'est plus.

Depuis aussi longtemps que je remonte j'ai toujours entendu ça "oui, mais, de ton temps c'était plus facile que maintenant" ou "de ton temps c'était encore possible". Il est probable que je l'ai dit aussi quand j'étais encore un jeune con.

Bonsoir,
Claude

Bea 09/11/2008 16:04

Merci cher Claude de cet effort, mais franchement vus n'êtes guère convainquant..

Nous avons tous que vous avez ete un cancre à l'école. Réussir aujourd'hui, sans diplome est de l'ordre de la chance ou de l'impossible. Les =diplomés n'y arrivent pas non plus!

chastelas 09/11/2008 13:43

Il faut y mettre beaucoup de bonne volonté à son égard,pour répéter inlassablement que Ségolène a une forte avance sur ses adversaires.Ainsi les médias,depuis 3 jours,de concert,adoucissent la pillule d'un vote médiocre et amer pour le PS:un leader désigné à 29%,par 55% d'un corps électoral,constitué majoritairement de retraités sur fonds de fonction publique;tous au reste des gens très respectables.Mais diversité quand tu nous tient...