victoire d’Obama : du rêve et de la réalité

Publié le par Pierre-Luc Seguillon

            
Les politiques français sabrent le champagne ce matin. Barak Obama était leur candidat. Avant même que les Américains ne le choisissent pour 44 ème président des Etats-Unis, en France, petits et grands élus,  de droite come de gauche,  l’avaient par avance plébiscité. Il n’est guère qu’une petite poignée d’irréductibles partisans de Mc Cain - le très libéral Hervé Novelli, par exemple, ou le villepiniste Hervé  Mariton,  pour avoir résisté jusqu’au bout à cette  Obamania  politiquement transmissible.

Bien des raisons expliquent cet enthousiasme. Certaines ont un  solide fondement dans la réalité. D’autres relèvent de  l’illusion.

Le monde politique français est animé d’un même souhait : celui de voir enfin  tourner la page de l’ère Bush, celle d’un néo conservatisme d’inspiration religieuse, autiste, arrogant, adepte des guerres préventives et acteur d’une politique unilatérale. A juste titre, les responsables politiques français espèrent que l’élection  du nouveau  président démocrate marquera   l’arrêt d’un interventionisme unilatéral qui a conduit les Etats-Unis à s’enliser dans le bourbier irakien et la fin d’un modèle conservateur, hérité des années Reagan, qui a conduit à la crise financière sans précédent dont souffre aujourd’hui l’ensemble de la planète. A raison, ils se félicitent de la double volonté de Barak Obama de refonder les relations transatlantiques et de réformer le système monétaire internationale. De manière quelque peu paradoxale, ils applaudissent aux Etat-Unis ce que la France semble encore avoir encore grand peine à réaliser : l’accès de personnes de couleur aux plus hautes fonctions.

Mais s’ils ont des motifs sérieux et objectifs de se réjouir de cette élection,  les politiques français n’en sont pas moins victimes de quelques illusions.

Illusion à gauche, d’abord, sur la personnalité politique du nouveau président américain. Le Barak Obama politique, célébré et idéalisé par les socialistes français, a peu à voir avec  le Barak Obama politique réel. Le nouveau président des Etats-Unis n’a rien d’un champion de gauche. Il vient du centre, voir du centre droit  d’un parti démocrate dont chacun sait le progressisme très tempéré.  Il est le choix de Wall Street. Il n’a pu être candidat et mener à bien cette campagne électorale conduite avec la précision d’une action militaire et un apport en dollars  sans précédent que parce qu’il a reçu, outre l’astucieux secours des dons internet,  le soutien de grands groupes financiers. Ce sont ces appuis qui lui ont permis, avant même que de triompher de John Mc Cain, de battre, au sein de son propre parti,  le clan Clinton. Contrairement d’ailleurs à ce que proposait Hillary Clinton, Barak Obama n’a pas l’intention de mettre en place un système de couverture santé universelle. Il entend en revanche, il est vrai, améliorer l’accès aux assurances santé. La forte attente sociale qu’il a suscité dans les couches les plus défavorisées du peuple américain pourrait bien être déçue et entraîner éventuellement désenchantement et fortes tensions.

Nicolas Sarkozy qui, durant sa campagne électorale, célébrait  les prêts hypothécaires alors encouragés aux Etats-Unis et qui, durant l’été 2007, avait été faire allégeance au président Georges W.Bush, explique désormais qu’il a depuis longtemps et avant tout le monde en France deviné le destin historique de Barak Obama. « Je suis le seul Français à le connaître», rappelle volontiers le président français qui l'avait  rencontré une première fois en 2006, au Congrès, à Washington,  et qui a  gardé un « très bon souvenir » de cette rencontre. Un Nicolas Sarkozy qui explique aujourd’hui que Barak Obama est « son copain » et qui se vante, contrairement à ses conseillers de la cellule diplomatique élyséenne, d’avoir pensé qu'Obama serait désigné.

Voilà qui ne signifie pas pour autant que les relations seront aisées entre les deux hommes. Ils vont se retrouver le 15 novembre prochain à Washington pour le sommet financier destiné à repenser le système financier international. Nicolas Sarkozy arrivera aux Etats-Unis avec des propositions pour de nouvelles règlementations susceptibles de prévenir ou du moins d’amortir  les crises endogènes du système, règles sur lesquelles se sont mis d’accord les Européens et les pays asiatiques.  Barak Obama a déjà affirmé son souhait de voir lui aussi corrigé et refondé le système actuel. Toutefois, il est bien peu probable que le nouveau président des Etats-Unis, à l’instar d’ailleurs de son prédécesseur, renonce à préserver  la souveraineté économique des Etats-Unis. Il est en revanche  fort vraisemblable  que l’Amérique voudra édicter elle-même ses règles financières fut-ce en y mettant les formes pour ne pas froisser ses interlocuteurs européens ! C’est Barak Obama qui sera bien évidement, à côté de Georges Bush encore président en exercice jusqu’en janvier prochain, la vedette de cette rencontre. Quand le soleil se met à briller la lune s’estompe ! Nicolas Sarkozy n’aura plus dans cette affaire qu’un second rôle. Et, dans cette crise, il n’est nullement exclut que le président démocrate encourage un protectionnisme américain traditionnel chez les démocrates et peu favorables aux intérêts français et européens.

Les politiques français se félicitent du souhait exprimé par Barak Obama de substituer à l’unilatéralisme de Georges W. Bush une politique multilatérale. Ils se réjouissent qu’il veuille  refonder les relations transatlantiques sur la base d’un véritable dialogue et d’une authentique coopération. Mais un grand flou caractérise encore la politique étrangère que suivra le nouveau président. La continuité, c’est-à-dire le statu quo, ne va-t-elle pas l’emporter au Proche-Orient et ruiner les espoirs européens d’un règlement et les souhaits du président français de jouer un rôle dans cette région du monde ? Barak Obama n’a-t-il pas affirmé que Jérusalem devait demeurer la capitale sans partage d’Israël ? Le successeur de Georges Bush n’a pas cautionné l’intervention américaine en Irak. Il a annoncé un recentrage de l’effort militaire américain sur l’Afghanistan. Quelle sera demain la réponse du président français si le nouveau président américain lui demande d’envoyer d’avantage de soldats français en Afghanistan ?

La rumeur persistante selon laquelle Barak Obama conserverait dans le nouveau gouvernement, au poste de secrétaire à la Défensen,  Robert Michael Gates  choisi par Georges Bush il y a deux ans après la démission de Donald Rumsfeld  n’augure pas un profond changement. 

Il est donc évident que s’ils ont bien des raisons de se féliciter de l’élection de Barak Obama, les responsables politiques français  devraient avoir aussi quelques motifs d’inquiétude et ne pas céder à un optimisme béat. Après avoir trop précipitamment sabré le champagne, ils pourraient bien connaître une douloureuse gueule de bois !
                       

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LANDRAIN 09/11/2008 09:36

On nage dans le sophisme! D'abord, Obama n'est pas noir mais blanc puisqu'il est né de mère blanche. Non? Son père est noir? Alors il est noir ? En fait il est métis . Bon, on ne pourrait pas arrêter avec toutes ces questions de couleur de peau. Se réjouir d'avoir un président noir c'est comme se réjouir d'avoir un président blanc...relent de racisme...On n'est pas sortis de l'auberge avec de telles considérations. Se réjouir de la fin de l'ère Bush. Oui, sûrement. Mais Obama ? Qui sait grand chose de lui en France? Alors pourquoi cette hystérie ? De l'irrationnel, rien que de l'irrationnel. Ce n'est pas encourageant. Je souhaites qu'Obama soit un bon président mais, sincèrement, aujourd'hui, rien ne permet de le présumer. Les américains resteront pareils à eux-mêmes, convaincus d'être le centre du monde, les plus forts, les plus grands, etc... etc...et pragmatiques. Les français continueront de rêver, de penser qu'ils sont aimés des américains dont la plupart ne savent même pas que la France existe, et maintenant de basculer dans l'hystérie pour une question de couleur de peau...de race, il faut bien le dire. Pas encourageant tout ça...

Claude 05/11/2008 23:56

Bonsoir monsieur Séguillon,

C'est très certainement une bonne nouvelle pour les américains. Pas uniquement pour ce qu'il fera pour eux mais aussi pour les barrières que les américains font tomber en le choisissant. A moins d'un échec retentissant (possible compte tenu de ses promesses qu'il ne pourra pas toute tenir) l'Amérique ne sera plus jamais comme avant.

Mais ce n'est sans doute pas une très bonne nouvelle pour nous. Il n'est culturellement ni blanc ni noir. Il est simplement américain et patriote. Il ne donnera au monde que quand l'intérêt de l'Amérique sera de donner au monde et à l'Europe, peu de choses. Souvenons-nous des ravitailleurs Airbus.

Toutefois, à y réfléchir un peu, Obama le 1/2 Kényan, n'est américain que parce que son ambition et son patriotisme ont été exaltés par l'Amérique qui lui a tout donné.

Sarkozy aurait pu n'être pas plus français qu'Obama n'aurait dû être américain.

Il a la France dans ses tripes parce que la France a exalté son ambition en lui donnant tout et il est peut être le plus patriote d'entre nous.

Ce sont des fils d'immigrés et la plupart des fils d'immigrés ont la vocation d'être des victimes, pas eux. Ils se sont fondus dans le paysage et en ont tiré avantage.

Autre ressemblance : les deux sont juristes. Ce sont des hommes de dossiers, pragmatiques par culture.

Alors que d'autres dénigrent leur pays, eux ont antériné le choix de leurs parents et ils seront peut-être les premiers chefs d'Etat à être de vrais citoyens du monde. Pour Sarkozy, c'est en passe d'être vrai, espérons que Obama suivra le même chemin et qu'ils ne s'arrêtent pas en route.

Bien cordialement,
Claude

alaine 05/11/2008 18:31

PLS a du mal à cacher sa joie...Il est vrai qu'il appartient au petit cénacle arrogant et ringard du microcosme gérontocratique.Jour après jour il nous abreuve de pseudo-analyses qui ne sont que l'agrégation paresseuse et sans imagination des communiqués des politichiens pavloviens de l'antisarkosisme primaire et de l'antiaméricanisme compulsif.NS n'a jamais été ultra-libéral,ni même bushiste.Ces radotages caricaturaux en disent longs sur le journalisme politique de caniveau auquel PLS s'abreuve obstinément.

Mirino 05/11/2008 17:46

(Malgré le fait qu'il faut tourner la page, je ne crois pas que l'histoire donnera tort à G.W. Bush à l'égard d'Afghanistan, et peut-être même pas en ce qui concerne l'Iraq. L'ennemi de la démocratie n'est pas une création de l'administration Bush. Ce mal veritable ne va pas disparaître avec la victoire d'Obama. Le nouveau présidente devra également faire face à lui).

Mirino 05/11/2008 17:29

Barak Obama n'est pas seulement un idéaliste, il est bien un réaliste. Il sait ce que les Etats Unis a besoin, et ce qui est bon pour les Etats Unis, in principe, ne peut pas être mauvais pour le monde. C'est aussi pour cela, que l'Europe voulait bien sa victoire.
Mais plus que jamais aujourd'hui, la tendance politique n'a pas une grande importance. Ce qui importe c'est le personnage, et personne ne pouvait représentait mieux les américains et incarnait mieux l'espoir que Obama.

La gauche, comme celle de la France, semble aujourd'hui être bien dépassée, surtout dans un monde qui devient de plus en plus petit, où on ne peut plus se dissocier des affaires étrangères. Et aussi pour cela que chaque nation a besoin de ses meilleurs représentants. Sarkozy avait raison de vouloir former son gouvernement en triant aussi les meilleurs de la gauche. Probablement Obama fera la même chose, car aujourd'hui pour avancer, une grande nation doit être aussi unie que possible.

En écoutant Obama on ne peut que croire à sa sincérité. Il semble d'avoir les qualités d'un grand président. Que Dieu le protège.