Fillon entre le marteau et l'enclume

Publié le par Pierre-Luc Seguillon

            
La position de François Fillon n’est guère enviable : son espace politique ne cesse de se réduire !

 

Cet espace est mangé par le haut par un président de la République, hyperactif, omniprésent, omni décidant.

Mais cet espace est aussi grignoté par le bas par des élus majoritaires qui brandissent la réforme constitutionnelle de juin dernier et refusent désormais de jouer les godillots.

 

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’activité  internationale intense du président de la République ne l’a pas distrait d’un pouce des affaires intérieures. Il s’ implique de manière exceptionnelle dans la gestion de la crise financière internationale. Il a assumé avec une énergie peu commune la présidence tournante du Conseil européen. Et Il a même laissé entendre hier à Strasbourg qu’il continuerait volontiers à jouer ce rôle au delà du 31 décembre sous la forme d’une présidence de l’euro groupe.  Mais cela ne l’empêche pas de toujours décider de tout sur la scène nationale et de trancher des affaires courantes. Ce week-end à Camp David il évoquait une nouvelle régulation internationale mais il sera demain à Annecy pour  annoncer les mesures de soutien à l’économie française avant de partir à Pékin. Les arbitrages budgétaires, c’est lui. Les arbitrages concernant le projet de loi sur la santé présenté ce matin en conseil des ministres, c’est lui encore !

 

Mais le Premier ministre voit son domaine également empiété par les élus de la majorité. Les députés de l’UMP sous la houlette vigoureuse de Jean François Copé  mais aussi maintenant les sénateurs de droite exigent une véritable  coproduction législative.  Dès lors qu’ils n’ont pas été associés à l’élaboration d’un projet de loi, ils ne prennent plus de gant pour le retoquer s’il ne leur convient pas. C’est le sénat qui recale une  modification de la loi SRU sur le logement social,. C’est la Commission des affaires sociales qui enterre la prime transport. C’est  la Commission des Finances qui ouvre une brèche dans le bouclier fiscal avec la voix des élus UMP.

 

Malmené par le sommet élyséen, bousculé par sa base parlementaire François Fillon doit compter avec un gouvernement qui se sait d’ici à janvier février en fin de course : à la Justice,  Rachida Dati est à la peine ; au Logement, Christine Boutin est fragilisée. MAM sait son ministère déjà promis à Brice Hortefeux, Christine Albanel est sur le fil ? Rama Yade sur le départ.

 

Matignon est paraît-il un enfer. François Fillon, plus encore que ses prédécesseurs en fait la dure expérience et cela devrait semble-t-il durer au delà du prochain remaniement. François Fillon, il est vrai, avant même de diriger le gouvernement avait théorisé l’effacement du Premier ministre. Mais de la théorie au vêcu le passage est douloureux 

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Claude 29/10/2008 00:39

Bonsoir Lucie,

Dans la cinquième République, la majorité du temps l'opposition est minoritaire et n'a presque toujours eu qu'un rôle secondaire. Elle peut s'exprimer mais elle ne représente pas un contrepoids au gouvernement. Ce rôle appartient à la majorité qui s'en acquitte avec plus ou moins de complaisance selon les circonstances.

Une alternative à ce système serait un parlement élu à la proportionnelle (comme en Israël où on voit ce que ça donne).

Je me félicite que nous ayons notre système car, confier une partie des responsabilité pour résoudre la crise, à Bayrou, Royal, Hollande, Aubry, etc. qui disent partout qu'ils ont plein de solutions mais qu'ils n'ont toujours pas compris (c'est pourtant simple) où le gouvernement à trouvé des centaines de milliards pour les banques alors que ces centaines de milliards qui garantissent les échanges entre banque ne sont qu'une promesse du gouvernement de garantir ces échanges et qu'il n'y a pas le moindre petit milliard d'engagé. Ils n'ont pas non plus compris que le renforcement des disponibilités des banques (10,5 milliards) n'est qu'une avance qui sera remboursée et qui de ce fait n'accroit pas l'endettement de la France. Et, n'ayant pas compris, ils pourraient se taire, mais ils préfèrent ameuter les français ignorants pour que de peur ils s'appauvrissent encore plus (pour accroitre le fonds de commerce électoral de ces gens là). Les français, même majoritaires, qui savent, n'y peuvent rien.

Cordialement,
Claude

Alain 28/10/2008 16:51

Si on prend la peine d’observer notre exécutif, que voit-on ?

Un François Fillon assurément présent à la tâche , mais bien que souffrant du dos il garde son allure de jeune premier de la classe. Bref pour tout dire, il a toujours bonne mine, l’œil frais et pétillant du gardon dans son élément, bien loin de subir cet enfer dont il devrait parait-il souffrir plus que d’autres !!

En comparaison les dernières prestations du chef de l’Etat le montrent toujours aussi dynamique dans l’action, mais manifestement en manque de repos ; fini ce teint de l’été dernier acquis au cap nègre, les joues creusées, amaigri, flottant dans son costard, il a dû perdre une bonne dizaine de kilos.

Travailler plus pour gagner plus, cumulant à la fois la présidence française, la présidence européenne, salué pour son talent par Michel Rocard, Chevènement et Martin Schulz président du groupe PS au parlement européen, il va bientôt prendre la direction du PS avant de revêtir sa cape de SuperhéroSarko sauveur du monde financier après sa brillante campagne de Russie.

Moi je voudrais qu’il se ménage notre Nicolas, Carla si vous m’entendez, résonnez-le, chantez-lui une berceuse pour qu’il dorme mieux, faites-lui des bons petits plats et des chocolats ! A ce rythme on ne verra bientôt plus que ses oreilles et ses grands yeux fiévreux, je m’inquiète putain quatre ans encore !!
Alain

lucie 27/10/2008 16:19

bonjour Claude,
je me plaçais dans une position de santé de fonctionnement dans les rapports de force. En clair, puisqu'il n'y a plus, à mes yeux, de réelle opposition, c'est très bien qu'un mouvement, même de grogne, vienne de l'UMP. Car quand il n'y a plus d'opposition nulle part, nous sommes dans un pouvoir unique et ce n'est pas mon préféré.Je n'en déduisais rien d'autre.

Claude 26/10/2008 15:20

Lucie,
Sans nos députés de l'UMP nous aurions nos députés du PS et nous serions dans une cohabitation avec Hollande comme premier ministre pour 5 ans.

Il est exagéré de dire que nous avons un régime présidentiel. Nous avons un "exécutif présidentiel" mais nous somme bien une démocratie parlementaire. Seuls les opposants à la majorité font croire aux naïfs de leur bord que nous avons affaire à un pouvoir absolu du Président. Si Sarkozy n'était pas convaincant, sa majorité ne le soutiendrait pas. Les pouvoirs qu'il exerce sont donc des pouvoirs qui lui ont été consentis.

Claude

Jeff de Burlats 26/10/2008 09:13

Le quinquénat, je le répète est à l'origine de tous les maux, à partir du moment où le législateur n'a pas poussé la réforme à son terme en modifiant les paramètres des autres élections: législatives, municipales.

Le quinquénat impose un nouveau rythme politique: la campagne électorale permanente. Nos habitudes en la matière, qui poussent le gaulois élu à faire du jeu politique une guerre sans merci, sans règle ni répit, imposent au Président de prendre la direction "politique" des affaires et de cantonner le Premier Ministre à la "technique" et à "l'exécution de la lettre" du programme présidentiel.

C'est l'une de ces soupapes dont parlait G. Pompidou qui permet de "lacher de la vapeur" en temps de crise.

Pour le reste, le prisme déformant des médias qui nous gave de petites querelles supposées... je les "lis d'un derrière distrait" comme disait ce bon "papa de la Vème République".