L'angolagate ou les dérives des décennies 80-90

Publié le par Pierre-Luc Seguillon



Il y a quelque chose de suranné et de glauque dans l’affaire des ventes d’armes à l’Angola qui, à travers le casting étonnant de ses protagonistes, illustre jusqu’à la caricature les dérives de la décennie 80-90 : le commerce juteux des armes, les réseaux sulfureux de la France-Afrique, le financement occulte des partis politiques et l’argent facile.

Chacun des acteurs invité à comparaître à la barre reflète à sa manière – et sans préjugé de sa culpabilité ou de son innocence au regard de la justice, renvoie aux déviances de ce temps passé.

 

Les ventes d’armes.

 

Arcadi Gaydamak ( actuellement en Israël ) et Pierre Flacone poursuivis pour avoir vendu à l’Angola (790 millions de dollars  soit quelque 570 millions d’euros )  des armes rachetées à la Russie prenant au passage un copieux bénéfice. Plus exactement pour avoir réalisé cette transaction sur le sol national contrevenant à la loi française qui stipule que toute transaction de ce type doit avoir au préalable l’accord des autorités de la République et pour avoir échappé au fisc. ( Les deux hommes se défendent en expliquant que les armes n’ont pas transité par la France et que la transaction ne s’est pas faite sur le sol français. Rappelons  que  la guerre civile, qui opposa durant  26 ans le MPLA de  Eduardo Dos Santos et l’UNITA de Jonas Savimbi a  entraîné le déplacement de 1,8 million de personnes à l’intérieur du pays  et , selon l’ONU, fait de 4 million de victimes.

 

Les réseaux de la France-Afrique.

 

Jean-Christophe Mitterrand. C’est lui qui aurait mis en contact les vendeurs d’armes et leurs clients angolais, usant du réseau de relations qu’il avait tissé sur le continent africain en profitant de sa filiation présidentielle et bénéficiant au passage d’une commission son négligeable. Rappelons que le fils de l’ancien président avait été affublé par ses interlocuteurs africains du surnom de « Papa m’a dit »

 

Le financement des partis  politiques

 

Charles Pasqua. L’ancien ministre de l’Intérieur est soupçonné d’abus de bien sociaux. Une société de Pierre Falcone aurait contribué au financement de son activité politique. Rappelons que l’actuel sénateur des Hauts-de-Seine a déjà été condamné le 12 mars 2008 par le tribunal correctionnel de Paris à 18 mois de prison avec sursis pour financement illégal de sa campagne européenne.

 

Jean-Charles Marchiani. Proche de Charles Pasqua, cet homme de l’ombre a assuré des missions glorieuses comme la libération des otages du Liban en 1988 et d’autres quelque peu sulfureuses et néanmoins juteuses. Il est soupçonné dans cette affaire d’avoir perçu des fonds à titre personnel. Rappelons que l’ancien préfet est actuellement déjà  incarcéré à la suite de deux condamnations.

 

L’argent facile.

 

Paul Loup Sulitzer. L’écrivain à succès des années 80, connu pour ses romans fleuves mettant en scène les milieux d’affaires et l’argent facile, est suspecté d’avoir touché dans cette affaire une commission de plus d’un million d’euros sous couleurs de conseil fictifs.

 

Jacques Attali. Celui qui fut l’éminence grise de François Mitterrand est entendu par la justice au motif qu’il aurait  reçu dans des conditions suspectes, un million et demi de francs de la société de Pierre Falcone, Brenco International. Rappelons que ce brillant intellectuel avait du quitter son poste de président de la Berd ( la Banque européenne de reconstruction et de développement ) après qu’une mission d’audit ait dénoncé le train de vie exorbitant de ce dirigeant et sa coûteuse mégalomanie dans la construction du siège de la banque.

 

Les lourdeurs et les lenteurs de la justice. C’est évidemment le dernier constat qui s’impose. Rappelons que les faits datent de des années 93-94, que l’ouverture d’une  tonnes. n judiciaire date de 1997 et que les dossiers de la procédure pèsent …170 tonnes !

 

Tout ceci semblerait d’un autre temps et ne mériterait guère attention si cette affaire n’empoisonnait les relations de la France avec l’Angola, un pays qui regorge de pétrole, dont le sous sol est riche en diamants et qui représente un formidable marché pour les pays industrialisés !

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SEDAT 08/10/2008 12:48

Bjr Pierre-Luc Séguillon...!

L'Angola veut éviter que l'"Angolagate" n'éclabousse ses dirigeants...!
LUANDA (AFP)-Le gouvernement angolais veut à tout prix éviter que le procès de l'"Angolagate" n'éclabousse ses dirigeants,dont le président José Eduardo dos Santos,soupçonné par la justice française d'avoir touché d'énormes pots-de-vin dans cette affaire de vente d'armes illicite.

Dans le pays,une chappe de plomb pèse sur le sujet,complètement occulté par les omniprésents médias d'Etat.Mais en coulisse,l'Angola multiplie recours et pressions diplomatiques,en s'appuyant sur sa manne pétrolière,selon des analystes.

Lundi,juste avant l'ouverture du procès à Paris,la République d'Angola a déposé un recours pour demander le retrait des pièces incriminantes au nom "du respect du secret-défense d'un pays étranger".

"Si le gouvernement a franchi ce pas,c'est parce qu'il a quelque chose à cacher" ,déclare à l'AFP l'universitaire et président du petit Parti indépendant angolais (PAI),Adriano Parreira".

"Quand le procès a été annoncé,le gouvernement nous a dit qu'il n'avait rien à craindre.Et pourtant il essaye de le bloquer...",note-t-il.

L'affaire remonte à 1993.L'Angola connaît alors une recrudescence de la guerre civile entamée dès 1975.Le président Dos Santos cherche des armes pour terrasser les rebelles de l'Unita,la France refuse.

Des contacts officieux l'amènent à l'homme d'affaires Pierre Falcone et à son associé israélien d'origine russe Arcadi Gaydamak qui lui procurent sur plusieurs années 420 chars,150 000 obus,12 hélicoptères...dénichés dans l'ex-bloc soviétique.

Les responsables du trafic arrosent en cash leurs obligés français,dont l'ancien ministre de l'intérieur Charles Pasqua ou Jean-Christophe Mitterrand,fils de l'ancien président François Mitterrand,aujourd'hui sur le banc des accusés.

Aucun Angolais ne figure parmi les prévenus,mais l'accusation estime qu'une trentaine de responsables,dont le chef de l'Etat,auraient touché d'important pots-de-vin.

"Si le président Dos Santos ou (son ancien conseiller) José Leitao ou n'importe qui d'autre est impliqué,je pense que le tribunal aura les moyens de faire en sorte que ces personnes soient jugées",dit Adriano Parreira."J'espère que la justice française ne sera pas impressionnée par l'intérêt du gouvernement français pour le pétrole angolais ni par les autres pressions".

Le président Dos Santos,"profondément blessé" d'être "assimilé à un contrebandier d'armes" selon un responsable français,avait rompu tout contact avec Paris au début de la procédure.

Depuis son élection en 2007,le président français Nicolas Sarkozy a tenté de renouer le fil.En mai,il s'est rendu à Luanda pour "tourner la page des malentendus du passé",avait-il dit.

Une visite pas totalement désintéressée:avec une production de près de 2 millions de barils par jour,l'Angola rivalise avec le Nigeria pour la place de premier producteur de brut du continent.

"Dos Santos et Sarkosy se sont faits des compliments.Total était très content à ce sujet",raconte l'analyste et éditeur de l'hebdomadaire Folha 8,Antonio Setas,qui assène:"Sarkozy est venu ici pour enterrer l'Angolagate".

En juillet,le ministre français de la défense Hervé Morin avait semblé donner des gages à la défense.Dans un courrier à un avocat,il avait assuré qu'un commerce d'armes qui ne transitait pas par la France n'avait pas besoin d'autorisation de Paris.

Pour autant son ministère n'a jamais retiré la plainte pour commerce illicite d'armes déposée en 2001,fondement du procès.

Pour M.Setas,si le dossier n'a pas été complétement enterré,c'est parce-que "la France n'est pas l'Angola" et que son système judiciaire est indépendant de l'exécutif.

Toutefois,pense-t-il,"les intérêts pétroliers" vont prévaloir."Le nom de Dos Santos sera éventuellement mentionné,pas comme accusé mais comme témoin.Et bien sûr,il ne sera jamais convoqué."

Affaire à suivre...!

Source AFP.

Jeff de Burlats 07/10/2008 19:17

Où il est démontré que l'unité est possible en France quand on sait y mettre les moyens... sonnants et trébuchants... mais faut dire que nous avions un sacré "tonton flingueur" à la tête du pays!