Ségolène Royal: du bon usage de l'ambiguité

Publié le par Pierre-Luc Seguillon

                       
La déclaration de Ségolène Royale sur TF1, hier soir, est d’abord une déclaration ambiguë ! Volontairement ambiguë.

    Ségolène Royal a appris le métier politique auprès de François Mitterrand. Comme lui, elle est fidèle à la maxime du Cardinal de Retz : « on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ».

    La présidente de la Région Poitou Charente ne préjuge pas du déroulement du prochain congrès du PS. Formellement, elle ne renonce pas à briguer le poste de Premier secrétaire au lendemain de ce congrès. Et elle garde bien évidemment en ligne de mire la présidentielle de 2012. Mais elle propose dans le même temps de mettre les candidatures « au frigidaire » –  (d’aucuns diraient réfrigérateur ! )

    Or, cet appel ambigu à la congélation des candidatures recouvre en réalité un changement de pied stratégique.

    Ségolène Royal a compris qu’elle faisait grosso modo jeu égal avec Bertrand Delanoë et Martine Aubry. Elle risque donc de s’enliser  au congrès de Reims dans une bataille pour la direction du parti dont l’issue peut lui être fatale. Elle sait en revanche que, pour l’heure, c’est encore elle qui est considérée par l’opinion comme le meilleur opposant socialiste à Nicolas Sarkozy.

    Donc, une nouvelle fois, elle se hisse au dessus de la mêlée, invite perfidement ses deux compétiteurs à faire de même, torpille François Hollande, accusé de manquer à son rôle de Premier secrétaire en prenant le parti du maire de Paris, souligne le « dégoût » des militants pour ces luttes fratricides et se déclare prête à pousser une «  nouvelle génération » ce qui est , une manière de repousser ses éventuels compétiteurs dans le camp des vieux crocodiles.

   De deux choses l’une donc :

   ou bien ce noble geste contraint Bertrand Delanoë et Martine Aubry à se retirer de la course. Il  lui vaut l’estime des militants ce qui peut lui permettre finalement d’être élue à la tête du parti ;

   ou bien le maire de Paris et le maire de Lille se maintiennent dans la course à la direction du parti socialiste et les troupe de Ségolène Royal constituent une majorité avec les grands élus de « Ligne claire » –  Gérard Collomb, maire de Lyon, et Jean Noël Gérini, président du Conseil général des Bouches du Rhône, pour porter à la tête du parti un nom présidentiable : Pierre Moscovici – ce qui préserve toutes les chances de Ségolène Royal pour 2012.

Du bon usage de l’ambiguïté 

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catherine 26/09/2008 10:38

Où est l'ambiguité : ne plus faire un préalable lui laisse la porte ouverte dès novembre pour briguer la tête du PS. Et je parie qu'elle le fera si sa motion est en tête ou pas loin. Elle n'a renoncé à rien, elle continuer à promettre à tout-va (Bayrou Premier ministre, Mosco à la tête de sa motion...). je ne comprends pas qu'on puisse lui accorder une once de confiance.

rachid 17/09/2008 17:07

Cher Pierre-Luc;
Excellent décryptage...Ahhh...quand l'ambiguité sert la stratégie!

Lecteur 17/09/2008 12:17

Cher Monsieur,
Je ne suis pas sûr que l’ambiguïté soit chez Ségolène Royal.
Il aurait été utile que vous précisiez qu’elle avait déclaré ne plus faire de sa candidature au poste de premier secrétaire un préalable au regroupement sur son nom d’une majorité.

Quand vous écrivez : « Elle ne renonce pas à briguer le poste de Premier secrétaire au lendemain de ce congrès. » Je suppose que vous pensez aux présidentielles ?
Quand vous ajoutez : « Or, cet appel ambigu à la congélation des candidatures recouvre en réalité un changement de pied stratégique. »
Madame Royal qui analyse toujours les sondages d’opinion avec beaucoup d’intérêt fait le constat de son incapacité, peut-être provisoire, à fédérer sur son seul nom au moment ou Bertrand Delanoë et François Hollande scellent leur alliance autour de la candidature de Delanoë.
Cette posture de retrait de Ségolène est un recul, bien loin de votre changement « stratégique », tactique au mieux, imposé par « la ligne claire ».

Le brouillard de La Rochelle ne s’est pas encore totalement dissipé mais on constate toutefois une certaine clarification même au sein des gauches du PC aux verts.

Stéphane 17/09/2008 10:27

Bonjour M. Séguillon,
vous décrivez le jeu d'équilibriste de Mme Royal comme plutôt habile au plan tactique. Pour ma part, je crois que ces circonvolutions-là lassent le Français moyen, l'électeur de base. En dépit de ses sourires forcés, Sego se donne l'image d'une mauvaise perdante, celle qui ne réalise pas qu'elle a laissé passé sa chance. Elle a bien sur le droit de continuer à exister, à espérer se présenter en 2012, mais qu'elle fasse attention, elle risque d'agacer les gens à la longue.
Bonne journée et bravo pour vos chroniques (attention aux fautes, aussi ! ;-)

SEDAT 17/09/2008 08:58

Bjr Pierre-Luc Séguillon...!
(D'aucun dirait "Frigo",aussi).
A propos de "l'ambiguïté" de Jean François Paul de Gondi,dit Cardinal de Retz,la pluralité et la diversité,aussi,de"tous ceux qui souhaiteraient tirer la veste à soi au sein du parti PS",ne permet pas une interprétation sans équivoque...!
Mais bon,attendons,le dénouement,pour l'instant ils nous paraissent,tous, plus ou moins frigides...!
Bonne journée,Reynaldo.