François Bayrou: Odyssée 2012

Publié le par Pierre-Luc Seguillon

                                     
Quand François Bayrou appelle au rassemblement des forces de l’opposition pour la prochaine présidentielle, il s’agit bien entendu dans son esprit d’un rassemblement autour de sa personne ! Le leader du Modem tient le raisonnement suivant. François Bayrou est convaincu qu’il peut gagner la prochaine présidentielle. Paradoxalement, sa marginalité et son isolement relatif, depuis un an, n’ont fait que conforter cette certitude en favorisant sa posture de héros de la résistance au sarkozysme.  

Pour réaliser ce que le leader du Modem considère comme une véritable révolution politique qui ferait exploser le vieux partage entre la droite républicaine et la gauche socialiste, François Bayrou sait qu’il lui faut absolument arriver au moins en deuxième position lors du premier tour de la prochaine élection présidentielle, ce qu’il n’est pas parvenu à faire l’an passé.  Il aura donc besoin d’électeurs aujourd’hui captifs de la gauche socialiste.

Pour les conquérir, François Bayrou envisage deux scénarios possibles.

Premier scénario : il parvient à réaliser d’ici à 2012 une OPA sur un PS moribond pour bâtir un nouveau parti démocrate libéral et social à la manière dont François Mitterrand, en 1971 réussit  à s’emparer des restes de la SFIO pour construire le nouveau parti socialiste.

Deuxième scénario : Tant bien que mal le PS survit mais se recroqueville comme peau de chagrin malade qu’il est de ses querelles intestines et François Bayrou parvient à  mobiliser un électorat de gauche lassés des chamailleries et de l’impuissance du PS.

Ces hypothèses  peuvent aujourd’hui sembler relever de l’utopie. Mais François Bayrou, en dépit des apparences, n’est pas  dépourvu d’atouts.

Il possède une détermination à toute épreuve au point de paraître habité par le sentiment d’une prédestination présidentielle ! Ce n’est pas rien et cela compte beaucoup dans une trajectoire politique.

François Bayrou n’a guère d’élus mais il a des militants. Les universités d’été du Modem en ont fait la démonstration avec quelque 2000 militants qui avaient payé de leur poche une somme rondelette pour participer à cette manifestation.

François Bayrou possède un trésor de guerre : le financement  public que lui ont valu deux élections présidentielle et législative et qui sera le bienvenu en 2012.

François Bayrou possède surtout un espace politique réel  entre la droite au pouvoir et l’opposition socialiste.

Le PS paraît en effet plongé – sauf sursaut, dans une lente agonie.  La SFIO, entre 1954 et 1971 a mis quinze ans pour disparaître. Le PS  commencé de dépérir avec l’échec de 91 – échec qui n’a pas été vraiment effacé par l’embellie de 1997-2002. Voilà à quinze ans qu’il peine  à se donner une idéologie claire, une stratégie précise et, depuis 2002 un chef incontesté.

De l’autre côté, la majorité – UMP et gouvernement, est confronté à une situation économique redoutable pour les deux prochaines années. Elle est contrainte à la recherche de compromis  difficiles pour pallier cette situation qui ne peuvent que contrarier  tour à tour diverses catégories de la population. François Bayrou a beau jeu de laisser cette majorité se dépêtrer tant bien que mal avec ces difficultés de l’intendance pour lui se cantonner au terrain des valeurs et pilonner l’Elysée au nom d’une politique de l’honneur qui est l’honneur de la politique ! Et de dénoncer pèle mêle les  copinages de Sarkozy qui ont pour nom Clavier ou Tapie,  le fait du prince, l’écrasement des classes moyennes qui ne bénéficient ni du bouclier fiscal qui protège les riches ni de l’assistance dont profitent les pauvres ou encore le honteux fichage des citoyens par «  Edwige ». Cette vision héroïque  de la politique lui permet d’apparaître comme l’opposant numéro un au régime voire le chef de l’opposition sans pour autant, du moins pour le moment, être contraint, de proposer un contre programme économique.

Pour voir suivi dans les années 1970, l’ascension de François Mitterrand, je suis frappé par la parenté qui existe entre les deux hommes. Je retrouve une même détermination farouche, une même certitude à la fois de soi et de son destin hors du commun, une même trajectoire de la droite vers la gauche, une même distance vis-à-vis des problèmes économiques, du moins au départ, une même violence dans la critique sans concession du pouvoir en place.

Sans doute n’est-ce pas un hasard si François Mitterrand confia un jour à François Bayrou – c’était au temps de la deuxième cohabitation  qu’il était convaincu que le béarnais siègerait un jour à l’Elysée. Il est vrai que ce vieux florentin qu’était Mitterrand était, jusque dans le compliment, un formidable manœuvrier des individus. Et d’autres eurent droit sans doute à la même prédiction !

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mourugy 22/11/2008 21:26

Bayrou a un concurent direct :

moi ...

http://udg.skyrock.com


on en reparle dans quelques mois?

cordialement alain mourguy UDG candidat 2012

Bea 19/09/2008 10:20

Claude, quant au clivage droite-gauche, allez, franchement cest une blague: tout le monde sait bien que ces gens sortent des memes ecoles, que ce sont d'anciens camarades, et qu'ils se font de bons restos ensemble dans notre dos! Cette mascarades d'enguelade permanente est de la comedie. es politiciens sont avant tout de grands comediens..

Bea 19/09/2008 10:18

Il est clair que Bayrou essaie de flatter les foules, mais qui franchement ne le fait pas en politique? SVP, n'essayez pas de me convaincre que Sarkozy nest pas du tout populiste..:))

Je suis tout de meme heureuse egalement de voir que preferer de loin Besancenot à Le Pen...

Claude 19/09/2008 08:19

Excusez moi Béa,
J'ai zappé votre question pourtant intéressante.

En 2002 je me sentais bien plus proche de Bayrou que de Chirac. En 2007 Bayrou s'étant éloigné dans la tambouille gaucho-mic-maqueste je me sentais bien plus près de Sarko que de Bayrou. Je me sens toujours aussi loin de Le Pen que de Besancenot mais j'ai de la sympathie pour Besancenot pas pour Le Pen. Avec Bayrou ils font un bon trio populiste.

Vous auriez pu me demander pour qui je voterai la prochaine fois. Et vous ? Voterez vous pour celui qui ne peut pas être élu sans les voix qui lui resteront plus celles de Besancenot, de Marie George Buffet, de Mélanchon, de Ségo et Hollande et de Le Pen ?

Prendrez vous le risque de mettre un incompétent à la tête de la France (il a fait ses preuves à la tête de l'EN) ? Voterez vous pour celui qui sera, dès le lendemain de son élection, prisonnier d'une coalition invraisemblable s'il gouverne avec ceux qui l'auront élu ou prisonnier d'une cohabitation de 5 ans avec Sarkozy qui aura très probablement une majorité à l'Assemblée et au Sénat puis par un effet de réveil brutal des français, dans les municipalités, les départements et les régions ?

Bon courage.
Claude

Claude 19/09/2008 01:18

Béa,

Cela fait onze fois que je vous explique.

Non ! droite et gauche ce n'est pas pareil. Sinon la gauche applaudirait à tout ce que fait la droite. Bayrou vous fait croire ça et le plus rigolo c'est qu'il y arrive. Ses tergiversations entre la droite et la gauche s'expliqueraient drôlement bien si droite et gauche c'était pareil. Bon, c'est comme ça qu'il justifie ses retournements de vestes et vous le croyez. Il est plus fort que je le pensais.

Démocrate chrétien ne veut pas dire que les UDF sont des curés. C'est simplement une référence à leur doctrine sociale qui s'apparentait, à la fin du XIX°, à celle des églises. Elle s'inspirait des idées des penseurs chrétiens. Je vous rassure l'UDF était oeucuménique. C'est cependant vrai que les références vieilles de plus d'un siècle sont souvent désuètes. C'est Monseigneur Lamourette qui a inventé ça sans penser à la politique. Ce n'est que vers 1850 que "démocratie chrétienne" est utilisé à peu près comme aujourd'hui (vous connaissez Lamennais ? c'est une sorte d'ancêtre un peu éloigné du Bayrou d'il y a quelques années).

Quand les socialistes adopteront clairement une politique libérale (pas la caricature de libéralisme qu'ils colportent pour servir de repoussoir), qu'ils croiront plus à l'initiative individuelle qu'à un Etat directif, quand il comprendront que moins on confisque de fruits du travail plus les gens produisent, quand ils comprendront que le travail est plus vertueux que la sieste, quand ils comprendront que le travail crée le travail et que le farniente détruit le travail, quand ils comprendront que les entreprises sont constituées de personnes de toutes natures et qu'elles ne sont pas des choses impersonnelles abstraites et dévoreuses d'hommes, etc. etc. alors peut être la politique de gauche commencera à ressembler à une politique de centre droit.

Mais vu mon âge et la vitesse à laquelle ils progressent j'ai peu de chance de voir ça.

Quand à Sarkozy qui est ce qu'il est, je vous rappelle que déjà dans son discours d'investiture il annonçait qu'il tendrait la main à des personnalités de centre gauche ou de gauche. Mais il ne leur a pas dit de venir avec leurs idées. Il leur a demandé de faire la politique promise par lui mais avec leur sensibilité (et il est probable qu'en plus il les écoute).

Bayrou n'a jamais parlé de travailler avec des gens de droite ou de gauche. Il parlait du ralliement inéluctable des gens de droite et de gauche, avides de pouvoir, qui, dans son rêve, cessaient par conséquent d'être de droite ou de gauche pour devenir bayroutistes. Présenter les choses de cette façon lui permettait de prétendre à un raz de marée législatif en sa faveur. Et là, si un jour il est élu, ce n'est pas gagné.

Cordialement,
Claude