Alain Juppé idénonce un retour dans l'OTAN sans conditions

Publié le par Pierre-Luc Seguillon

    
     Pour alimenter la réflexion de ceux qui dénoncent l'esprit " partisan " de l'article intitulé " Otan: du retour sous conditions au retour sans conditions" publié sur ce blog,  je me permets de proposer cette citation d'Alain Juppé lors d'une conférence organisée hier à Paris par la Fondation pour l'innovation et en réponse à une question de la salle sur le Gaullisme et l'OTAN:

    « En 1995, Jacques Chirac avait dit qu’il était prêt à entrer dans l’OTAN si la Américains partageaient le pouvoir et si l’Europe construisait une défense. Aujourd’hui, je crains que le «  si » ait disparu. …Donc je me demande si on n'est pas en train de faire un marché de dupes en rentrant sans conditions …Cette réintégration n’a de sens que  dans la mesure où l'Europe progresse dans l'affirmation de ses propres capacités de défense. Je pense qu'il faut que les deux aillent de pair, et je ne voudrais pas qu'on aille plus vite dans un sens que dans l'autre !» 

    Sans doute, mes censeurs estimeront-ils que l'ancien Premier ministre est un dangereux gauchiste !

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Lucrece 27/06/2008 22:52

Droit de suite:allez sur al1jup.com pour clore cette controverse "au sommet" entre le petit caporal et l'ex-Premier.Je suggère à tous les stratèges et autres trousseurs de Livres Blancs sur la Défense et les Affaires Etrangères d'aller visiter les Invalides, ou les services de psychiatrie pour les retours d'Afghanistan.. Car on est puceau de la stratégie comme de la Volupté, tant qu'on n'a pas senti l'odeur de la mort, du sang et des tripes on pourra jamais s'imaginer les conséquences des alliances, des guerres, des engagements.Tout le reste c'est des gamineries, cela ne mérite "ni claque , ni fessée" la dernière préoccupation du Conseil de l'Europe..; l'Europe de la Défense, c'est pas demain la veille..

Jeff de Burlats 23/06/2008 10:05

Merci à Alain, ce discours confirme au mieux des ambitions au moins des idées, mais la réalité n'en est que plus abrupte: L'europe de la Défense, ça n'existe pas! Merci en tous les cas de cet éclairage. Je vais du coup relire ce discours. Bonne journée.

Lucrece 21/06/2008 19:31

Alain Juppé s'ennuie à Bordeaux:pour exister il se laisse parfois aller à des commentaires sur les affaires étrangères ( il s'indignait récemment sur son blog du cynisme de la realpolitik au sujet du Tibet) maintenant on lui prète une interrogation sur la réintégration dans le commandement de l'OTAN. Rien sur son blog à ce propos, cela couperait court au débat .Il faut dire que ledit blog-note, très actif et "participatif" au moment du référendum , puis lors de sa cavale au Canada, est devenu une feuille de chou paroissiale depuis sa réélection comme Maire.Le "meilleur d'entre-nous" présiderait la rédaction d'un Livre Blanc sur la Politique Extérieure.Dans ce domaine, il a de l'expérience , et surtout pour ce qu'il ne faut pas faire : il a vécu de près les erreurs grossières des deux derniers responsables de ce domaine réservé, au Ruanda comme au Liban, ou en Côte d'Ivoire. Il y a eu des Commissions Parlementaires pour relever les erreurs et pour suggérer un autre fonctionnement de nos institutions ; en tiendra-til compte?Son probléme, c'est qu'il croit toujours à la necessité d'une oligocratie , voire d'un leadership éclairé ( ce Normalien en est encore à Périclès et De Gaulle).Les temps changent,les dirigeants aussi , et il faudrait peut-être abandonner l'idée qu' au XXI° siècle, au pouvoir , il faut des durs , et du calibre( contrepéterie). Ps: Claude,et Jeff continuez à argumenter , c'est toujours intéressant .

Alain 21/06/2008 17:16

Pour Jeff de Burlats

A la question posée: que représente et comment s'articule exactement l'Europe de la Défense, vaste sujet. Le plus simple et d’actualité, c’est de tenter d’y répondre à partir du discours du chef de l’Etat sur la Défense et la sécurité nationale du 17 juin 2008, voici ce qu’il déclarait :

() Objectif général:
« Construire, en Europe, de façon pragmatique, des capacités modernes, robustes, flexibles et interopérables, c'est-à-dire capables de travailler ensemble »

() Objectif Opérationnel :
« Les Européens doivent pouvoir déployer 60 000 hommes, simultanément, dans des opérations lointaines ».

() Atouts d’une « Défense européennes » :
« Seule l’Union Européenne dispose de l'ensemble des instruments militaires, politiques, financiers permettant une stabilisation en profondeur des régions en crise. Nous devons pouvoir adjoindre aux moyens militaires déployés des capacités civiles européennes, des policiers, des gendarmes, des douaniers, des magistrats.

Mais qui peut croire qu’une industrie européenne, fragmentée, concurrente sur des marchés étroits, répondra à nos besoins et survivra à la concurrence internationale ? Qui peut croire que nous resterons longtemps compétitifs avec un effort de recherche cumulé six fois inférieur à celui des Américains ? »

() Indépendance de l’UE, efforts de recherche et de technologies avancées
« Ecoutez, les grandes protestations d’indépendance, cela m’amuse, quand on fait six fois moins, tous ensemble, que les Américains. Les nations européennes ont besoin d’industries de défense fortes et compétitives, appuyées sur un effort de recherche et de technologie renforcé et partagé ».

() Muscler & Consolider nos industries de défense :
« Dynamiser le marché européen de l’armement, encourager partout la coopération et les rapprochements pour former des groupes européens de taille suffisante au niveau mondial, encourager les exportations dans le respect des règles internationales et du principe de responsabilité. Si nous ne le faisons pas, nous en paierons le prix demain. Il n’y a pas d’autre choix.
On ne va pas tous construire des chars, tous construire des avions, tous avoir des industries d’armement concurrentes. Tous des sous-marins, naturellement, au nom de l’unité européenne. »

() L’Union Européenne dispose déjà d’un haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) en la personne de l’espagnol Javier Solana.
Il avait précédemment assumé pendant plusieurs années la tâche de secrétaire général de l’OTAN. Il dispose ainsi d’une expérience militaire et diplomatique appréciée.
A ces deux postes il aura en effet traité de nombreuses interventions militaires en collaboration entre OTAN, ONU et la politique de défense européenne : celles, dans les Balkans, au Kosovo, en Afghanistan, au Liban et récemment au Tchad.

() La Politique de Défense et de sécurité de l’Europe est un acquis de Maastricht puis du traité de Nice avec la création de l’Agence européenne de Défense EDA (acquisition d’armement).

() L’Europe de la défense peut-être satisfaite de certains programmes, tels le ravitailleur EADS-Airbus A400, l’hélicoptère NH90, le chasseur Eurofighter typhoon.
Le lancement du programme de navigation Galileo contribue pour la part militaire et économique à l’indépendance européenne vis-à-vis du dispositif GPS Navstar des USA.

Cependant c’est plutôt l’arbre qui cache la forêt en matière d’interopérabilité des matériels pour envisager des interventions communes.
Notre pays n’a pas été un modèle de bon élève européen, absent du programme européen de chasseurs multi-rôles Typhoon, nos coûts de production du Rafale ont explosé et les résultats à l’export ont été, à ce jour, déroutants !

() En matière de "Défense Commune" européenne, le traité de Lisbonne stipulait que cette disposition devait intervenir à l’unanimité : « La politique de sécurité et de défense commune inclut la définition progressive d’une politique de défense commune de l'Union. Elle conduira à une défense commune, dès lors que le Conseil européen, statuant à l'unanimité, en aura décidé ainsi. »
Par contre des coopérations renforcées peuvent être développées. L’absence de l’Irlande qui disposait déjà d’une opt-out n’est pas vraiment préjudiciable.
Cependant on peut penser que les dispositions complètes du nouveau traité pouvaient pleinement assurer le développement de l’Agence européenne de défense.

Alain

Jeff de Burlats 21/06/2008 10:06

Bonjour Pierre-Luc Séguillon,

Je me bornerai à quelques interrogations, ayant vécu de l'intérieur les évolutions de notre défense et "flirté avec certaines éruptions" de l'histoire récente de nos relations internationales impliquant notre pays...
Peut-on me dire ce qu'est, ce que représente et comment s'articule exactement aujourd'hui l'Europe de la Défense? D'ailleurs, avec le "NON" irlandais, qui peut me dire ce qu'est et ce que va devenir la Diplomatie Européenne, préalable institutionnelle à toute idée de défense ou d'engagement?

L'OTAN née de l'après-guerre a évolué pour compenser dès 1949(déjà)les carences de l'ONU, encourager une paix active et la coopération entre états membres, rompant d'ailleurs avec l'isolement traditionnel des Américains. La France n'était pas membre de l'OTAN mais demeurait membre de l'Alliance Atlantique au motif d'indépendance voulue par le Général DE Gaulle sur la force de frappe nucléaire, empêchant ainsi toute action directe des américains sur les forces armées françaises. Cette organisation agit en outre sur la base du consensus (unanimité). Aujourd'hui, les 25 Etats membres sont-ils tous affidés des Etats Unis d'Amérique? L'Otan est-elle ce gendarme du monde, craint par certains? Avec quels moyens, quelle volonté politique?

Intégrer le commandement et l'organisation de l'OTAN, n'est-ce pas là une autre logique d'amorce d'une Europe de la Défense en panne? L'intervention au Kosovo ne fut-elle pas d'ailleurs une initiative de l'Organisation?

Revenir sur l'histoire en brandissant un "slogan gaulliste" (ce qui est tout de même "délicieux" venant de la part d'une gauche socialiste et communiste) est réducteur et mensonger; On ne peut s'affranchir des réalités des époques; les comparaisons avec l'actualité sont sinon mensongères au moins trompeuses. Qu'en pensez-Vous?