OTAN : du retour sous conditions au retour sans conditions

Publié le par Pierre-Luc Seguillon

             

            Subrepticement, Nicolas Sarkozy est passé d’un projet de retour  de la France dans l’OTAN sous condition à un retour sans condition. Insidieusement,  le raisonnement s’est inversé : le chef de l’Etat estime aujourd’hui que c’est l’intégration de la France dans l’OTAN qui permettra l’européanisation de l’Alliance atlantique et le développement de l’Europe de la Défense. Il y a un an, il expliquait que c’était l’avancée de l’Europe de la Défense et  sa reconnaissance par les Etats-Unis qui permettrait le retour de la France dans les structures militaires de l’OTAN et plus particulièrement dans le Comité des Plans de défense où elle ne siège plus depuis 1966.

            Dans le discours qu’il a prononcé hier sur la Défense et la Sécurité, Porte de Versailles, Nicolas Sarkozy a clairement annoncé en effet que la France reprendrait toute sa place dans l’OTAN l’an prochain à l’occasion du  60ème anniversaire de l’Alliance.

Au début du mois d’avril, lors du sommet de l’Alliance atlantique  à Bucarest, le président français avait d’ailleurs déjà annoncé ce probable retour de la France dans l'OTAN pour l’an prochain, après la présidence française de l’Union européenne.  Il avait également  répondu à l'appel de l'alliance en confirmant l'envoi de nouveaux renforts militaires français en Afghanistan.

            Il y a à peine un an, en revanche, Nicolas Sarkozy posait des conditions très précises à une éventuelle réintégration de la France dans l’Exécutif militaire de l’Alliance. Répondant à une interview du « New York Times », Nicolas Sarkozy fixait deux préalables à une réintégration pleine et entière de la France dans l’Otan. Il expliquait qu’il conditionnerait ce mouvement « par une avancée sur l’Europe de la défense» et que ce retour «ne pourrait avoir lieu que dans la mesure où une place serait faite dans les instances de direction, au plus haut niveau, pour des représentants de la France». «Sans avancée sur ces deux préalables, il n’y aura pas de réintégration», ajoutait le chef de l’Etat dans les colonnes du quotidien américain. « «La France ne peut reprendre sa place que si une place lui est faite. Difficile de prendre une place que l’on ne vous réserve pas», notait alors le président de la République qui ne précisait pas le poste souhaité par Paris.

            Il n’est donc plus question aujourd’hui de préalables. Et c’est là un changement politique important davantage d’ailleurs que d’un changement stratégique.

            
           
Le retour complet de la France dans l’OTAN  ne changera pas grand chose à la situation actuelle. La France est l’un des contributeurs les plus importants de l’Alliance, le premier pour ce qui est de la force d’action rapide. La France participe à la KFOR au Kosovo où elle a engagé  3.400 hommes ainsi qu’à la FIAS avec bientôt quelque 3000 hommes.

            D’un point de vue politique, il en va tout autrement. Un tel retour aura une valeur symbolique forte pour nos alliés américains, pour nos partenaires européens et pour nos interlocuteurs étrangers.


           
Moscou et Pékin  qui appréciaient l’indépendance de Paris à l’égard de Washington y trouveront  un motif d’inquiétude. Les pays du Proche et du Moyen Orient pourront désormais identifier à tort ou à raison la France à cette sainte alliance occidentale prompte à déclencher des croisades et encline à se considérer comme le gendarme du monde. Les Etats-Unis se réjouiront de diriger un camp occidental désormais en bon ordre. Les nouveaux entrant dans l’Union européenne verront dans ce retour la confirmation de leur philosophie : l’Union européenne pour satisfaire leurs besoins économiques et l’Alliance atlantique pour garantir leur sécurité !

 Quant aux progrès préalables que Nicolas Sarkozy espère accomplir dans l’ Europe de la Défense durant sa présidence de l’Union, pour être souhaitables, ils sont peu probables. Il est douteux , en tous les cas, que l’annonce du retour de la France dans l’Otan suffise à convaincre nos partenaires européens d’accroître leur effort. Depuis six ans, les dépenses militaires américaines ont augmenté de 59% . Durant la même période, la hausse des budgets d’armements a été de 6% dans l’Europe de l’Ouest !

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Alain 19/06/2008 14:15

Cher PLS,

Vous vous êtes souvent attaché à théâtraliser vos articles, j’hésite aujourd’hui à le qualifier, entre les différentes casquettes de vos talents ; Le polémiste réducteur, le manipulateur d’opinion maladroit ou le comique amnésique.
Il y a là, dans cet article, manifestement des trois à la fois.

()) Il fallait le faire, l’amnésique

Déjà votre rubrique du 8 avril dernier, vous nous aviez servi votre analyse du sommet de l’OTAN sans aucune référence aux travaux, auditions et points d’étape, du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale.

Vous récidivez aujourd’hui. Toujours pas un mot en référence à ces travaux, faisant preuve d’une amnésie persistante au lendemain de la parution finale du livre blanc de la défense après une année de travaux et de préparation.
C’est d’autant plus curieux pour un journaliste soucieux de ses sources que s’agissant de l’OTAN, le chef de l’Etat reprend à son compte, à l’identique, les conclusions du livre blanc.
J’ai pris le parti d’en rire, c’est comique !

()) Le polémiste réducteur

() Le chef de l’Etat déclarait mardi 17 juin 2008 : « Commençons par relancer la Défense européenne dans les prochains mois. Car dans mon esprit il ne peut y avoir de progrès sur l’intégration de la France dans l’OTAN que s’il y a préalablement un progrès dans l’Europe de la défense. »

Cette phrase ne peut souffrir d’aucune ambiguïté, vous pouvez tenter de tordre les mots comme bon vous semble, la volonté du chef de l’Etat de promouvoir la Défense européenne est intacte ! On sait par ailleurs que cet objectif est l’une des priorités de sa présidence du conseil européen.
Rien ne sera simple, il connait parfaitement tous les obstacles. Cependant il aurait déjà à son actif l’appui discret de grands européens. La venue au sommet européen de Gordon Brown avec la ratification du traité de Lisbonne de son pays en poche est un gage important (et une pierre dans votre jardin).


Par ailleurs au sommet de l’OTAN, les américains avaient accepté de voir se développer la défense européenne. Cher PLS vous citiez le 8 avril dernier : « Georges W. Bush, au sommet de l’OTAN de Bucarest, est certes convenu que L’Union européenne devait être un acteur important sur la scène internationale y compris en matière de sécurité ».

() Le chef de l’Etat déclarait également mardi : « La Commission du Livre blanc conclut que rien ne s’oppose à ce que nous participions aux structures militaires de l’OTAN. La France est un allié indépendant, un partenaire libre. Les principes posés en son temps par le Général de Gaulle, je les fais miens intégralement.
- la France gardera en toutes circonstances une liberté d’appréciation totale sur l’envoi de ses troupes en opération ;
- la France ne placera aucun contingent militaire de façon permanente sous commandement de l’OTAN en temps de paix ;
- la dissuasion nucléaire de la France restera strictement nationale »

Si demain la France rallie le commandement intégré de l’OTAN aux conditions ci-dessus, tous les paramètres de notre indépendance nationale seraient préservés. On peut d’ailleurs s’interroger de l’intégration totale à l’OTAN avec une dissuasion nucléaire nationale apparemment située hors du groupe des plans nucléaires de l’OTAN ?

()) Manipulateur d’opinion, les peurs

Le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN dans le cadre fixé par la Commission du Livre Blanc et approuvé par Nicolas Sarkozy ne peut à mon sens modifier la réelle perception stratégique des pays que vous citez : Russie, Chine, proche et moyen orient.
Au plus fort des différentes crises la France de Charles de Gaulle (missiles de cuba), de François Mitterrand (Irak), de Jacques Chirac (Afghanistan), la France s’est toujours retrouvée aux côtés de nos alliés de l’Alliance Atlantique.
Aucun pays ne peut douter de cette réalité maintes fois confirmées !

Vouloir faire croire que cette réintégration va augmenter le risque d’être assimilé au grand Satan, et donc d’être plus volontiers victime d’attentats, serait une vilaine action, une manipulation.
Ce risque existe déjà depuis plusieurs années au niveau le plus élevé, seules notre vigilance quotidienne et nos moyens de sécurité sont susceptibles de nous protéger de la folie meurtrière de certains fanatismes.

Par contre le fait de s’opposer à une intégration dans le commandement de l’OTAN nous pose un réel problème politique au sein de la nouvelle Europe des 27. Notre message de défense européenne s’en trouve brouillé, certains de nos partenaires ne voulant pas voir se développer un antagonisme au sein de l’Alliance.

Cher PLS vous évoquez avec justesse le déséquilibre entre les budgets de défense USA et UE. Il ne vous aura pas échappé que les aspirants américains à la présidence, sensibilisés par leur opinion publique, devront drastiquement en limiter l’expansion.

L’Union européenne serait bien avisée de s'attacher à prendre en main son propre destin et sa sécurité.
Alain

annick 19/06/2008 11:20

Ce n'est pas la première fois que NS fait le contraire de ce qu'il a dit...et pourtant "je ferai tout ce que j'ai dit"!
Géostratégie? Difficultés budgétaires? Realpolitique? Impréparation lors de la campagne électorale?
NS est très américanophile.Très imprégné d'une culture sécuritaire et de l'épouvantail terroriste. Le malaise vient du fait qu'on ne sait pas s'il s'agit de sa décision personnelle idéologique ou d'une décision fondée et partagée par la diplomatie et par l'armée...et par le peuple de plus en plus écarté!
Réintégration dans l'OTAN et alliance méditerrannéenne (contestée) pour contrebalancer l'image de bloc occidental sous contrôle américain ? Grand écart instable!
N'aurait-il pas fallu faire l'Europe, la vraie, enfin, avant que de la diluer encore?
Les américains ont toujours vu l'Europe forte et indépendante d'un mauvais oeil...
Quelque soit la pertinence stratégique, c'est la fin de l'ère gaullienne et des pères fondateurs de l'Europe. "Plus jamais la guerre", une Europe humaniste devient "le bloc contre" beaucoup plus conflictuelle, au risque de son inexistence réelle. L'Europe a-t-elle encore une histoire commune unissant les peuples?
"Bloc contre" largement provoqué par une politique de Bush irresponsable...
Ainsi va le monde. En boucle!

Roum1 19/06/2008 11:16

PLS est un tel militant de Bayrou que son blog n'est qu'une tribune politique partisane rédigé par un journaliste qui a perdu toute objectivité... dommage... sur le fond, Sarkosy met fin à une hypocrise de plus. MAsi ca l'hypocrisie les francais adorent... le pays fonctionne comme ca! D'ou sa schysophrenie permanant et hysterisante.

Erick 19/06/2008 10:53

C' est marrant comme j' ai tendance à penser que PLS ne comprend que ce qu' il veut et que sa vérité n' est pas celle des propos qu' il commente.
Veuillez prendre la peine de vous reporter au texte du discours, pages 9-10 :

http://www.elysee.fr/edito/?lang=fr&id=64

Que dit Sarko ?
1) Priorité à la Défense Européenne et 2) le progrés de la Défenqe Européenne est un préalable au progrés de l' intégration de la France dans l' OTAN. Je passe sur un certain nombres de conditions que PLS ne voit pas.

SEDAT 18/06/2008 22:35

Bsr Pierre-Luc Séguillon...!
A notre douce Béa,pétrie de qualités...!
Autant en emporte le vent de la bise des ventes d'armes mondiales...!
Reynaldo.