Social: la méthode Sarkozy

Publié le par Pierre-Luc Seguillon

 

Pour mener à bien ce qu’il considère comme les indispensables réformes sociales et ce que ses adversaires qualifient de démantèlement du modèle social français, Nicolas Sarkozy joue sur trois registres : la division des organisations syndicales, la privatisation du mécontentement et l’étourdissement des salariés et de leurs représentants.

 

En pressant et en multipliant les réformes sans laisser aux catégories concernées le temps de réaliser ce qui va leur advenir, l’Elysée soûle littéralement l’opinion et neutralise les éventuelles réactions des organisations syndicales qui ne savent plus quel cheval de bataille enfourcher tant sont nombreux les sujets qui mériteraient leur mobilisation. En l’espace de quelques semaines, les syndicats et leurs mandants ont été confrontés à la réduction du nombre de fonctionnaires, désormais massive, au démantèlement des trente-cinq heures, au passage à 41 annuités des cotisations retraite, au contrôle renforcé des chômeurs, à l’obligation d’accepter les offres d’emploi dites raisonnables, aux sanctions plus sévères à l’encontre des faux chômeurs, au service minimum d’accueil dans les écoles sans parler de l’acceptation à Bruxelles d’une durée hebdomadaire de travail de 60 ou 65 heures pour les intérimaires. De quoi brouiller toutes les pistes.

 

En ne tenant pas compte de l’accord ratifié d’une part par la CFDT et la CGT et, d’autre part, par le Medef, le gouvernement estime avoir fait d’une pierre deux coups. Il a bousculé les syndicats et les a divisés. Ces centrales syndicales s’étaient entendues en effet  sur la durée réelle du travail. Elles étaient convenues que, dans une entreprise, le temps de travail ne pourrait excéder la durée légale qu’à titre expérimental et s’il y  avait un accord majoritaire des organisation syndicales. Le gouvernement a décidé de passer outre cet accord pour respecter les engagements du chef de l’Etat et casser de manière définitive le carcan des trente-cinq heures par une nouvelle loi. Toute entreprise pourra remettre en cause les trente cinq heures; il suffira pour se faire d’un accord majoritaire. Les autres organisations et notamment FO qui avaient refusé cet accord avec le Medef, accord  aujourd’hui caduc,   ont  beau jeu désormais de dénoncer la naïveté de la CGT et de la CFDT et de refuser de participer à la manifestation que ces dernières organisent le 17 juin.

 

Enfin, le gouvernement tire profit d’un phénomène nouveau révélé par les enquêtes d’opinion : la privatisation des mécontentements. C’est la préoccupation de leur pouvoir d’achat érodé chaque jour un peu plus par l’envolée des prix et la hausse de l’essence qui taraude les Français au premier chef et qui polarise leur grogne contre la politique de Nicolas Sarkozy. Cette préoccupation est aujourd’hui si forte chez les citoyens qu’elle occulte tout le reste et ne les portent pas à se battre autour des  objectifs collectifs que défendent les syndicats.
 

 

Cette méthode, fondée sur la multiplication des annonces, la division des syndicats et la privatisation des mécontentements, a cependant ses limites.

 

Saisis d’indigestion du fait de cette surenchère législative, les parlementaires oscillent entre épuisement et révolte. Abasourdis par cette avalanche de réformes, les citoyens en perçoivent de plus en plus difficilement le sens et le cap si ce n’est que le modèle social auquel ils étaient attachés est détricoté par tous les bouts.

 

Aujourd’hui atout, la défiance et la division syndicales deviendront  demain un handicap quand il faudra négocier la réforme des retraites.

 

Pour être privatisé et peiner aujourd’hui à se donner une expression collective, le mécontentement n’en est pas moins réel. Il nourrit un climat. Un climat maussade qui, à long terme,  n’est guère propice à  la réforme !

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Bea 16/06/2008 10:36

Il faut bien avouer que les journalistes ont perdu aujourdhui toute credibilité! Ils sont fait elire leur beau prince, celui qui leur avait promis de reduire leurs impots: Je dirais donc que les journalistes sont les plus grands cocufiés du sarkozisme! Car le prince est du genre ingrat et ne pense qu'a son image! Et oui, chers journalistes, si vous aviez ete independents des le debut, meme virés, vous auriez au moins gardé votre dignité! Voila, c'est le retour du baton, pour avoir coup sur coup descendu Bayrou et Royal! Vous les avez traité d'incapables, de nuls, d'incompetents, ... etc.. Chacun son tour chers journalistes!
Le prince souhaite aujourdhui couler France 2 à petit feu: la moitié du personnel va se faire virer, et pourtant dieu sait comment france 2 a soutenu le prince il ya un an pendent le fameux etat de grace, et meme avant l'election! Et oui, sarko tient ses promesses: il avait voulu faire virer le personnel de France 3 car il avait ete mal accueilli un soir ou il etait invité a un debat.
Moi, je dis que cest bien fait pour vous chers journalistes, et que sarko a bien raison! Allez hop, tout le monde virés! Ca vous fera reflechir la prochaine fois, au lieu de rester dignes et de ne pas s'acharner contre les concurrents du prince, au lieu de ne penser uniquement qu'a vos reductions d'impot, au lieu de garder votre impartialié!

Bea 16/06/2008 10:21

et ben ya plus ue des sarkozistes sur ce blog! et le spites fanatiques en plus! Je vous laisse entre vous! bon courage cher PLS!

Babouche 14/06/2008 11:03

Avez vous remarqué comme, il y a quelques spécimens féminins qui s'expriment sur certains blogs,ou émissions radiophoniques du type "les auditeurs".. qui ont la même voix, le même style de récriminations, et qui sont les participantes de campagne d'intox du Parti, véritables mégères et harpies qui sont chargées de servir d'exutoirs à toute lES jaloux, les envieux, les morfondus de naissance qui sévissent malheureusement dans notre société...?

reric 14/06/2008 10:55

La guerre que font les médias au Gouvernement ne leur réussit pas : les baisses d'audience sont proches d'un tremblement de terre, l'audimat est en berne, Mr. Séguillon en vous aplatissant devant les leaders de l'opposition qui montrent jour après jour leur incurie à être efficaces, objectifs, innovateurs, pragmatiques et de bonne foi, vous allez finir par arriver au contraire de ce que vous souhaitez : la côte du Président remonte, les français finissesnt par comprendre que ses réformes commencent à faire leurs effets, et vous allez finir par vous trouver en mauvaise posture. Quant aux envieux jaloux qui observent avec un microscope les frais de l'Elysée qu'avec le sens de la Démocratie qui le caractérise, le Président met à la disposition de tous les voyeurs, chacun sait qu'ils représentent le dixième de ce que Mr. Mitterand dépensait aux frais de la Réublique pour ses familles, ses fastes, ses bassecours de courtisans et de profiteurs en FXrance, et dans toutes les AMABASSADES où ils séjournaient dans le plus grand luxe. Atteindre à ce point les sommets de la "dévoyance," relève de l'exploit !

Alain 12/06/2008 20:05

Cher PLS,

Après les réformes réputées tueuses de gouvernements, telles celles des régimes spéciaux de retraites, du service minimum et tant d’autres aussi dangereuses qui auront été menées à bien en un an. La méthode Sarkozy appliquée au domaine social est un succès éclatant !

Ce succès est à lui seul objet de spéculations, de Jean-Marie Colombani à Bernard-Henri Lévy, ils sont nombreux ceux qui s’intéressent à Nicolas Sarkozy cet OPNI, Objet Politique Non Identifié, qui bouscule les règles établis.

Cher PLS, vous tentez vous-aussi cet exercice. A vous lire je crains que quiconque aurait la malheureuse idée de suivre à la lettre vos élucubrations du succès de la méthode Sarkozy, aurait bien des déboires, ceux là mêmes que vous anticipez et bien d’autres, tant votre analyse est partielle, biaisée et dans bien des exemples mensongère !

Quelles sont à mon sens les vraies raisons du succès de la méthode Sarkozy ?

Tout responsable économique qui a pour objectif de construire un contrat en connait les ressorts principaux, rien de mystérieux, pas de formules magiques. Encore faut-il les appliquer avec courage et détermination.

Ainsi pour le projet sur la Représentation syndicale et le Temps de travail;
Les quatre phases décrites ci-après, depuis la légitimité du Contrat-mandat, au Cadre fixant le cap, à la Construction et enfin la Confirmation en assumant ses responsabilités ; personne n’est pris en traite, chacun dans son rôle et chacun connait la détermination du Chef de l’Etat élu de la nation.


() Le Contrat- mandat du peuple français:
Moderniser la représentation syndicale, sortir du carcan des 35 heures
C’est l’engagement pris devant les français, répété et expliqué devant nos concitoyens c’est la base contractuelle, la LEGITIMITE du chef de l’Etat.

() Le Cadre et le cap :
Des syndicats plus représentatifs, une durée légale de 35heures avec plus de souplesse sur la durée hebdomadaire.
La feuille de route fixant le cap, cet objectif défini par le mandat, les modalités d’accès faisant l’objet de négociations.

() La Construction, la négociation, la réflexion :
C’est le temps de la construction, des compromis des étapes sans perdre en chemin ni le cap ni l’objectif final du mandat de référence.
Ce sont les négociations menées par les partenaires sociaux, le moment des tractations, des crochets, des uppercuts et des sucres d’orge.
C’est en partie le document signé par la CGT, la CFDT et le Medef dit accord de position commune, qui loin d’être caduque a servi de base en particulier sur la représentation.
Les faiblesses de cette position commune étant de ne pas traiter, comme le premier ministre le rappelait dans sa lettre du 26 décembre 2007 :
- La représentativité des millions de travailleurs des très petites entreprises,
- La sortie effective du carcan des 35 heures.

() La Confirmation, le gouvernement après la phase de construction du compromis confirme les décisions négociées et assume les divergences par un texte politique, le projet de loi qui fera l’objet des débats parlementaires.
Le cap étant fixé, les compromis et accords observés, il reste à assumer les désaccords.

Au gouvernement, à l’issue d’une longue période de négociation sur la représentativité et du temps de travail, de prendre ses responsabilités et d’assumer son mandat devant les français.

C’est ce que vient de faire François Fillon et Xavier Bertrand qui ont présenté le projet de loi au conseil des ministres pour être transmis à la représentation nationale.

() Contrairement à vos affirmations la multiplication des réformes engagées, ce vaste chantier n’est pas une méthode, c’était une obligation pour la France de 2007 si l’on souhaite voir s’améliorer rapidement le sort des français.

Cette avalanche de réformes est en soi un facteur important d’instabilité.
Facteur du risque de voir se cristalliser les mécontentements. Ainsi le troisième choc pétrolier, l’augmentation des produits alimentaires font partie des aléas qui peuvent conduire à la moindre erreur à cette cristallisation des révoltes.

Alors que le risque intérieur et extérieur est maximum, pour quelles raisons n’assistons-nous pas à un tsunami social associant tous les mécontentements des nombreuses réformes engagées ?
Pour trois raisons essentielles :
() Les réformes sont conformes aux engagements du candidat, au mandat de la majorité des français. Elles ont par ailleurs été lancées en respectant les quatre phases énoncées plus haut.
() La plupart des réformes bénéficient du soutien des français. Même lorsque les enquêtes d’opinion n’étaient pas favorables au président, les réformes demeuraient approuvées.
() Le président détenteur de la légitimité de la nation s’implique toujours personnellement, votre première illustration au milieu des travailleurs en témoigne.

Aucune des réformes sociales engagées ne détricote le modèle social français, bien au contraire. Les réformes vont vers plus de justice sociale pour les retraites par exemple.
Le service minimum, dans les transports ou demain à l’école, toujours plus de justice pour ne plus pénaliser les plus faibles. Les lois TEPA pour revaloriser le travail, augmenter pour ceux qui le veulent les revenus du travail. Les lois sur le handicap sont en faveur de la justice sociale, le cinquième risque de la sécurité sociale participe également à cet objectif.
Le Grenelle de l’environnement, les lois contre la récidives et les mesures de sureté sont également des mesures de justice pour les victimes,afin de protéger les plus faibles.


Gouvernement, syndicats salariés et syndicats patronaux n’ont pas les mêmes objectifs, les divergences sont une composante de la normalité des rapports de forces, le management par objectif en passant par un dialogue constructif avant d’assumer les responsabilités de la charge gouvernementale est plutôt nouveau, il faut s’en féliciter.

Alain