François Fillon : endurer pour durer ou partir pour rebondir ?

Publié le par Pierre-Luc Seguillon

      
      Il ne se passe guère de jour sans que François Fillon ne soit l’objet des  vexations et des humiliations que lui inflige sans vergogne Nicolas Sarkozy. Le Premier ministre a vu ainsi le petit déjeuner hebdomadaire de la majorité être transféré de Matignon à l’Elysée. De même, le chef de l’Etat a-t-il pris l’initiative de constituer une sorte de task force de sept ministres réputés plus politiques que les autres, sorte de gouvernement bis dont le président  s’est entouré pour décider et expliquer les mesures importantes et dont le chef du gouvernement ne fait même pas partie. Lorsqu’un voyage à l’étranger lui coûte ou ne convient pas à son propre agenda, le président charge son Premier  ministre de l’effectuer. Pas plus tard que lundi, le président a vertement reproché à son Premier ministre d'avoir effectué une visite dans un collège lors même que lui-même entendait présenter son projet de réforme des lycées! En dépit des propos officiels lénifiants tenus à l’adresse du titulaire de Matignon, Nicolas Sarkozy, lorsqu’il cède à des mouvements d’humeur,  ne se gêne pas pour traiter le Premier ministre de « connard » ou de « crétin » devant ses conseillers  sachant pertinemment que ces propos particulièrement désagréables ne manqueront pas d’être rapportés à l’intéressé.
 

         Quasi quotidiennement, le président s’essuie donc les pieds sur son Premier ministre considéré comme un vulgaire paillasson.

        François Fillon dure, endure, parfois fait discrètement part au chef de l’Etat de son mécontentement, le plus souvent se tait et garde pour lui son amertume.

        Le Premier ministre justifie sa souffrante impassibilité en expliquant à ses conseillers que les Français lui sauront gré au bout du compte de son calme et de sa détermination réformatrice inébranlable. Il se prend même à croire, contrairement aux pronostics des observateurs , que Nicolas Sarkozy le gardera à Matignon l'an prochain après la présidence française de l’Union européenne et que le président ne changera de Premier ministre que lorsque approcheront les échéances présidentielles.

        Jean-Paul Huchon, qui fut le directeur de cabinet à Matignon de Michel Rocard au début des années 90,   raconte que ce dernier, qui était l’objet des vexations de François Mitterrand, avait lui aussi fini par se convaincre qu’il demeurerait longtemps à son poste. Jusqu’au jour où le président de la République l’a congédié sans autre forme de procès. Et Jean Paul Huchon d’expliquer que rien n’est plus difficile que de quitter Matignon. Les Premiers ministres  y sont  progressivement englués,  affirme-t-il,  et  se trouvent toutes sortes de bonnes raisons pour ne pas remettre leur tablier comme le leur commanderait à un moment donné leur dignité.

         Un seul a eu l’audace de le faire. Jacques Chirac en 1976 .

 

        Voilà qui pose trois questions que je vous soumets.

 

        Est-il bon pour le pays que le Premier ministre et sa fonction soient de sorte rabaissés ?

Est-il préférable pour le pays  que le Premier ministre tire les conséquences de cette situation et présente sa démission au chef de l’Etat ?

Au regard de son propre avenir politique, François Fillon doit-il plutôt endurer pour durer, ou plutôt partir dans l’espoir d’un jour rebondir ?

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Bea 09/06/2008 08:39

Bien joué Annick!!

Sachez cher Claude, que tous les retraités ne sont pas tous des "tontons makouts nantis et peinards :). Il ny a avait pas de quoi vous sentir visés, allons! Ayez plus confiance en vous quand meme!

Mais bon, je dois dire que la, pour un fois, vous avez bien eu raison Claude,
.... de vous sentir visé :))

Claude 07/06/2008 12:24

Je me suis senti visé parce qu'il faut être très con pour parler de retraité si ce n'est pas de retraité que l'on veut parler (je suis le seul retraité déclaré qui fréquente ce blog).

De plus je suis le seul à mettre votre sottise acharnée en lumière, alors...

Un blogueur des Landes qui semble vous reconnaître me dit que je j'ai du flair et que je ne suis pas tombé très loin en parlant d'esthéticienne et que vous essayez de faire aussi la loi chez les radicaux des Landes. C'est surement pas un ami... Que veut il dire ?

Claude 07/06/2008 10:02

Bonjour,

"Un seul a eu l’audace de le faire. Jacques Chirac en 1976."

Oui, et il a créé les conditions de l'élection de Mitterrand et ses innombrables sottises de bonne foi (dont une, pas la plus grave, mais emblématique des marches arrières impossibles : la hausse de la TVA dans la restauration qui a fait perdre des dizaines de milliers d'emplois, qui a accéléré la malbouffe et ses conséquences économiques et dont on n'est pas prêt de se dépatouiller). Il est également le seul président de la 5e République à avoir prononcé la dissolution de l'assemblée sans crise politique, pour être plus malin que l'opposition, avec les conséquences que l'on sait et les 35 heures et probablement 1 million de chômeurs en trop à fin 2001 (solde de ceux que la croissance du moment aurait dû remettre au travail et de la création nette d'emplois dues aux 35 heures. Cela représente, avec leurs familles, plusieurs millions de français dans la mouise mais personne n'en a honte à gauche).

Il y a des crises qu'il vaut mieux éviter de provoquer inconsidérément surtout en période de réformes indispensables et urgentes.

Cordialement,
Claude

annick 06/06/2008 21:04

Vous vous êtes senti visé m'sieur Claude?
Mais pourquoi donc!

Jeff de Burlats 06/06/2008 14:02

"A MOI, PERES, DEUX MOTS..."
..."une Constitution c'est un esprit, des institutions, une pratique... C'est pourquoi l'esprit de la Constitution nouvelle consiste, tout en gardant un parlement législatif, à faire en sorte que le pouvoir ne soit plus la chose des partisans, mais qu'il procède directement du peuple, ce qui implique que le Chef de l'Etat en soit la source, et le détenteur..." (CH. De Gaulle, conf.de presse - 31/01/1964)

...Et pourtant, que de contradictions... C'est en premier lieu la dualité entre le Président de la République et le Premier Ministre. L'élection au suffrage universel a clairement posé le principe de la priorité du Chef de l'Etat... Le Premier Ministre comme l'indique son nom n'est que le premier des ministres. Le rôle de coordination qu'il joue dans le gouvernement, la responsabilité qu'il exerce et engage devant le Parlement, ne peuvent effacer cette subordination fondamentale...Je pense donc que nous devons jouer loyalement le jeu des institutions de la Vème république et ne considérer le régime présidentiel que comme le dernier recours le jour où nous serions près de tomber dans le régime d'assemblée...(Georges Pompidou - Le noeud gordien)

Il est une donnée incontournable, nous sommes passés au QUINQUENAT... Il n'y a plus "unité de temps dans la Vème". Cette Présidence, cherche les équilibres, se cherche dans les rapports de la diarchie de l'exécutif. C'est un travail long et en profondeur, masqué par les péripéties sondagières de la POPULARITE.

Par ailleurs, s'agissant du Premier Ministre êtes-Vous à ce point aveuglé par l'écume sensationnaliste de la politique qu'il vous est impossible de penser que ces hommes sont capables de servir pour l'intérêt majeur et exclusif de la Nation au détriment de leur propre "carrière"?

Enfin, est-il digne de "rapporter" ces rumeurs nauséabondes, sans signature, dont l'anonymat donne une piètre idée des rapports entre le politique et le journaliste. Donner du fond, plutôt que de la "petite forme". Vous savez si bien le faire.