Un président sous influence

Publié le par blog-pl-seguillon

            Ceux qui déplorent l’influence qu’exerce encore Dominique de Villepin sur le chef de l’Etat devraient se souvenir que Jacques Chirac a toujours agi, dans sa vie politique, sous la coupe d’une sorte de tuteur.

            Ce fut, il y fort longtemps, dans les années 70, le couple Marie-France Garaud Pierre Juillet . On leur doit la fameuse déclaration de Cochin dans laquelle Jacques Chirac dénonçait le parti giscardien comme "le parti de l’étranger".

            Pierre Juillet est mort depuis. Marie-France Garaud  ? qui possède une intelligence très fine et très percutante de la vie politique m’a confié un jour : « Jacques demeurera jusqu’à la fin de ses jours un adolescent prolongé. Son manque de confiance en lui le conduit à toujours rechercher à ses côtés un guide et un tuteur. Nous avons joué ce rôle   jusqu’a notre rupture. Charles Pasqua a pris le relais. Puis ce fut Edouard   Balladur. C’est aujourd’hui Dominique de Villepin ».

            J’ai gardé ainsi un souvenir très vif de la soirée d’ouverture des assises du RPR qui se tenaient à Menton, en 1985,   quelques semaines avant que je n’anime avec Anne Sinclair le débat qui devrait opposer Jacques Chirac et Laurent Fabius . L’ambiance était festive. Charles Pasqua poussait la chansonnette sous l’oeil rigolard   de Jacques Chirac. Mais il ne faisait aucun doute, par delà cette image ludique, que le second n’agissait que sous la tutelle du premier.

            Charles Pasqua s’est éloigné de Jacques Chirac jusqu’à mener une fronde à son encontre avec Philippe Séguin au début des années 90. Ce fut une rupture. Mais depuis longtemps déjà, le maire de Paris avait changé de parrain. Edouard Balladur était désormais omniprésent à ses côtés et Jacques Chirac ne décidait plus rien sans avoir l’aval de son ancien ministre de l’Economie et des Finances.

            Mais on vit très tôt ce dernier commencer à prendre de sérieuses distances avec Jacques Chirac .

            Un jour de 91 je crois, que nous déjeunions ensemble, Edouard Balladur que j’imaginais totalement dévoué au président du R.P.R. me posa soudain en plein milieu du repas cette question surprenante de sa part : «  Cher ami, croyez-vous que Jacques pourrait vraiment encore être élu et faire un bon président de la République » et ce avec une moue discrète dont Edouard Balladur a   l’art mais qui semblait en dire long sur ses doutes et peut-être déjà sur sa secrète ambition.

            C’est Dominique de Villepin   qui, très vite, est devenu dès son entrée à l’Elysée et est resté jusqu’à aujourd’hui   le nouveau et incontournable mentor du président.

            C’est lui qui a entraîné Jacques Chirac dans la désastreuse dissolution qui a gâché le son premier septennat. C’est lui qui vient, à travers le fiasco du CPE, de gâcher la fin de ce quinquennat.

            Je mets à part le cas d’Alain Juppé le fils spirituel aimé dont le conseil est recherché mais point déterminant.   Et Claude Chirac la fille aimante qui conseille et enferme le président dans son château loin de tout contact avec l’opinion comme avec la presse.

            Osons une hypothèse audacieuse ! Agir pour la première fois sans et non plus sous influence, Jacques Chirac a peut-être une chance de sauver cette fin de règne de plus en plus calamiteuse.

             

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