La faute politique de Villepin

Publié le par blog-pl-seguillon

       Q uand je vois la situation dans laquelle se trouve aujourd'hui Dominique de Villepin quand j’entends les commentaires des personnalités politiques que je croise quotidiennement, amies ou adversaires du Premier ministre, quand je lis, sous la plume d’habitude fort modérée d’ Alain Duhamel un réquisitoire cruelle à l’encontre de celui qu’il considère désormais comme «  le dernier fanion d’un chiraquisme caricaturant la Vème République jusqu'à la limite extrême du déséquilibre des pouvoirs compatibles avec la démocratie »( Libération 03.05.06. page 33 ), je suis de plus en plus convaincu que le chef du gouvernement   a fait à son détriment une erreur politique grave en ne démissionnant pas lors du retrait du CPE. il y a quinze jours.

            Dominique de Villepin avait fait du CPE son affaire. Il l'avait défendu avec constance envers et contre tous, ses propres ministres sceptiques, les organisations syndicales hostiles, les étudiants contestataires, la gauche opposée. C’était, à ses yeux, l’outil adéquat pour pallier le chômage des jeunes. Il estimait que le courage politique était de l’imposer et de ne pas céder à la rue. C ’était aussi une manière de démontrer que le gouvernement était capable de résister à la démocratie d’opinion, fort de sa majorité élue. C’était enfin une façon de prouver que, pour la première fois, un gouvernement avait le courage de tenir bon, de ne pas céder aux défilés et de refuser ce qui ne pouvait être à ses yeux qu’un renoncement   démagogique.

            Si Dominique de Villepin avait présenté sa démission au chef de l’Etat lorsque ce dernier a décidé de retirer de fait le C.P.E. il aurait quitté Matignon avec le panache de celui qui refuse de se déjuger, avec l’aura de celui qui   avait le courage de résister à la rue, avec surtout l’adhésion à sa personne d’une partie des élus, des militants et des sympathisants de l’UMP, voire plus largement de la droite qui a par la suite déploré que l’Exécutif se soit déballoné.

          D ans cette hypothèse, le Premier ministre quittait Matignon   avec l’image d’un homme politique déterminé, courageux voire audacieux. C’est lui devenait à terme héros de la rupture. Il retrouvait de la sorte   une petite chance de pouvoir encore concurrencer Nicolas Sarkozy dans la course à l’Elysée.

            L ’affaire Cleastream qui contribue aujourd’hui à l’asphyxier n’aurait évidemment pas eu le même impact sur sa personne. N’ayant plus de fonction officielle, il n’aurait pas de la sorte focalisé les projecteurs non plus que l’attention des médias.

            E n demeurant à Matignon avec le secret et vain espoir de rebondir, Dominique de Villepin a tout perdu. Il est aujourd’hui un Premier ministre à la ramasse qui s’efforce de faire illusion par une agitation débridée. S’il doit quitter Matignon dans quelques jours ou quelques semaines soit parce que la justice ne l’aura pas épargné soit parce que Jacques Chirac refusera d’être entraîné dans sa chute vertigineuse de popularité, il en sortira piteusement licencié par le chef de l’Etat. Et s’il parvient à durer jusqu’à la présidentielle, il a toute chance de terminer en lambeaux.

            A se cramponner à son poste alors que les Français ont déjà tourné la page Dominique de Villepin   risque de perdre chaque jour un peu plus de crédit et de ne laisser trace dans l’histoire.

 

 

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