Ségolène et les graphomanes

Publié le par blog-pl-seguillon

   Cela relève de l'épidémie. A gauche, les présidentiables, déclarés ou potentiels, sont atteints d'une graphomanie aiguë. Tous ou presque prennent la plume afin de porter à la connaissance du public leurs idées et leurs propositions.  

 

   Le moins candidat, pour l'heure en tout cas, mais le plus précoce a été Lionel Jospin. Dès l'an passé, l'ancien Premier ministre nous a livré sa vision du devenir de la planète. "Le monde tel que je le vois" (Gallimard) est un ouvrage austère et  argumenté. De l'écrit solide et sérieux à consommer à petites doses sauf à risquer l'indigestion.  

 

   Jack Lang, candidat déclaré de longue date, ne sera peut-être pas, in fine, désigné par les militants socialistes. Il mérite toutefois le titre de polygraphe le plus prolixe du PS. Une production politique digne du livre des records ! L'homme qui inventa la fête de la musique publie  en moyenne un ouvrage tous les trois mois. Aucun sujet n'échappe à sa sagacité d'infatigable  plumitif. Le candidat promet de réformer les institutions avec la description d' "Un nouveau régime politique pour la France" (éd.Odile Jacob,2004), complétée, l'année suivante, par un nouvel ouvrage "changer" publié chez Plon. Jack Lang a aussi ses solutions pour régler le problème de l'immigration. Il les détaille en collaboration avec Hervé Le Bras sous l'intitulé "Immigration positive" ( Odile Jacob 2006). Et, bien entendu, notre candidat polygraphe sait comment " Vaincre le chômage " C'est aux éditions Grasset (2006) qu'il livre cette fois sa réflexion.

 

   Admirable Jack Lang que l'on présente parfois à tort comme un dilettante et qui, bien au contraire, est un bourreau de l'écriture avec l'aide, j'imagine, car il lui arrive sans doute de dormir un peu, de quelques nègres fraîchement sortis de Sciences po.

 

   J'ai déjà évoqué dans ce Blog le dernier ouvrage de Dominique Strauss-Kahn , "365 jours" présenté de manière fort mondaine la semaine passée afin de tenter de relancer une pré campagne présidentielle qui n'en finit pas de ne pas embrayer. L'ancien ministre de l'Economie demeure fidèle à Grasset. Il l'est moins à ses idées d'antan: "365 jours, journal contre le renoncement" est plus social démocrate et moins social libéral que ne l'était "La Flamme et la cendre" livre publié en 2002. 

 

   D'un fil, Dominique Strauss-Kahn a été battu par François Hollande . Prenant son monde par surprise, le Premier secrétaire du PS qui n'exclut ni dans sa tête ni dans les faits d'être candidat si d'aventure se dégonflait comme baudruche la popularité de sa compagne, a publié son propre ouvrage quelques jours avant celui de l'ancien ministre de l'Economie. Après le devoir d'inventaire de  Lionel Jospin , François Hollande a décidé de remplir ses "devoirs de vérité" (Stock), sollicités, cornaqués et commentés par Edwy Plenel . Prônant une gouvernance modeste, celui dont on ne sait pas trop encore s'il serait ou sera candidat à l'Elysée, à Matignon ou à Bercy, trace avant l'heure les grandes lignes du programme socialiste que ses camarades s’échinent à rédiger   et y décrit surtout sa méthode pour le mettre en oeuvre.

 

   L'édition n'a jamais vraiment souri à Laurent Fabius . Souvenez-vous de son amour pour les carottes râpées ou de sa passion pour Star Academy proclamés dans "Cela commence par une balade !" L'ancien Premier ministre n'échappe cependant pas à la graphomanie. Mais il  préfère désormais les tribunes austères dans la presse aux livres confidences qui ne lui ont guère réussi.

 

   Tous ces champions de la plume sont néanmoins totalement déstabilisés par le Ségolisme triomphant. Ségolène Royale,  elle,  se garde bien d'écrire aux Français. Elle leur demande au contraire de lui écrire : Dites-moi sur le Net ce que vous voulez. Ce que vous souhaitez, je le ferai. Il suffisait d'y penser.  La formule est originale. Elle est maline. Elle est moins fatigante. Elle est autrement payante. Elle fait son formidable succès. Elle laisse loin derrière tous les camarades  graphomanes laborieux.

 

   Kundera souligne- je le cite de mémoire, que "La graphomanie n'est pas la manie de créer une forme mais d'imposer son moi aux autres. Version la plus grotesque de la volonté de puissance". Version autrement subtile et effeicace de la volonté de puissance, Ségolène Royal impose de manière magistrale son moi en laissant aux autres le soin d'écrire !

 

 

 

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