Un président sous influence

Publié le par blog-pl-seguillon

      Chaque jour un peu plus, au gré des échanges informels que j'ai avec mes invités du matin ou avec des personnalités politiques croisées dans la journée, je suis frappé par la fascination que Dominique de Villepin exerce sur Jacques Chirac .

 

        Pour des raisons qui tiennent à leur psychologie respectives et à leur histoire commune, les deux hommes forment un couple atypique dans lequel les rapports de forces semblent inversés. Ce n'est plus le président qui commande et le Premier ministre qui exécute, c'est le chef du gouvernement qui semble décider et le président de la République qui paraît s'incliner.

 

      Cette emprise du Premier ministre sur le chef de l'Etat s'est vérifiée lors de l'affaire du CPE. Jusqu'au dernier moment et jusqu'à cette déclaration absurde du président de la République annonçant qu'il signait un projet de loi qui ne devait pas être appliqué (sic),  Dominique de  Villepin a en quelque sorte dicté sa conduite à Jacques Chirac. Il en va de même aujourd'hui. Pour exister, démontrer qu'il est encore capable de prendre des risques, le Premier ministre poursuit la fusion GDF-Suez en dépit des réticences de sa propre majorité ou décrète la suppression de 15000 fonctionnaires en 2007 au risque de décourager les propres électeurs de la droite. Le président opine du chef sans barguigner   Il pourrait même autoriser son Premier ministre à demander une session spéciale au parlement afin de permettre   la privatisation de GDF ce que ne souhaite pourtant aucunement l'UMP.

 

       Qui ne se souvient d'ailleurs qu'alors que Jacques Chirac envisageait de nommer Michèle Alliot-Marie à Matignon, au lendemain du 29 mai 2005, Dominique de Villepin a en quelque sorte forcé la main du président en réussissant à convaincre in extremis ce dernier qu'il était le seul à pouvoir sauver la France du marasme dans lequel elle était en train de sombrer !

 

     Les propres collaborateurs du Premier ministre sont frappés du ton qu'utilise Dominique de Villepin pour s'adresser au chef de l'Etat, tout particulièrement quand celui-ci hésite à approuver son Premier ministre. C'est le ton en l’occurrence du commandement voire parfois celui de réprimande.

 

     L'affaire serait après tout anecdotique et ne mériterait pas de retenir l'attention s'il ne s'agissait que des relations entre deux animaux politiques parmi d'autres. Mais, il s'agit bien des rapports entre le Premier ministre et le chef de l'Etat. Or, dans l'esprit de la Cinquième République, le Premier ministre est à la fois l'exécutant, le bouclier et le fusible du chef de l'Etat. Or, en la circonstance tout donne à penser que c'est exactement l'inverse qui se produit. Jacques Chirac obéit à Dominique de Villepin   et   le protège. Ce qui n'est guère propice à un fonctionnement heureux des institutions non plus qu’à une fin sereine de mandat. Comme dans la, pièce de Berthold Brecht, "Maître Puntila et son valet Matti" , le serviteur, dès lors que le maître est affaibli, fait montre d'une insolence qui confine à l'arrogance et… c'est, du même coup, la République qui semble de plus en plus marcher sur la tête !

 

 

 

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