Un triomphe romain

Publié le par blog-pl-seguillon

En quelques jours, les contours possibles du paysage de la prochaine élection présidentielle semblent s'être précisés.

A droite , la cause paraît désormais entendue ( j'use du mot " paraître ", bien sûr, dans le sens des apparences ): Nicolas Sarkozy est et devrait être le candidat de la majorité présidentielle sortante en avril 2007.

A gauche , maintenant, une clarification s'est opérée ces derniers jours en dépit des apparences de grande confusion. La primaire au sein du parti socialiste a toute chance de se transformer en duel Ségolène Royal - Lionel Jospin.

A la droite toute honneur,   puisque ce week-end était consacré aux universités d'été de l'UMP, huit jours après celles des socialistes ( Je vous donnerai un peu plus loin mon sentiment sur le cours des événements au PS )

Le terme d'université d'été n'a d'ailleurs pas grand sens en l'occurrence. Sa seule justification est le soleil estival qui brillait sur Marseille et la jeunesse des fidèles venus assister à ces cérémonies. Ce ne fut pas en effet un amphi politique mais bien plutôt un sacre. Que dis-je? Une sorte triomphe romain organisé par et pour Nicolas Sarkozy. Si vous avez regardé la transmission télévisée qui fut donnée de cette cérémonie, vous aurez noté ces étranges instants durant lesquels, après son long discours, le président de l'UMP donna l'accolade à ses affidés mais l'accorda aussi aux ministres fraîchement ralliés à sa personne. Ce qui fait qu'il embrassa de la sorte la quasi totalité du gouvernement !

C'est que désormais l'on ne voit plus qui ou quoi pourrait empêcher le président de l'UMP d'être l'unique porte drapeau de son parti à l'élection présidentielle.

Sa formation politique lui est acquise. Comme l'on dit vulgairement, il tient le parti.


Il a pour lui l'opinion. Couronné chaque semaine par les instituts de sondages, il caracole en tête des souhaits de candidature à 45 contre 8 pour Dominique de Villepin, 5 pour Jean-Louis Borloo, 4 pour Michèle-Alliot Marie et 3 pour ce pauvre Jacques Chirac !


Le Premier ministre semble ne plus avoir grand espoir de se mettre en travers de la route sarkozienne. Incontestablement, la santé politique de Dominique de Villepin est meilleure qu'elle ne l'était à la fin du printemps dernier. Une bonne croissance et des chiffres du chômage durablement inclinés à la baisse ont joué le rôle de remontant. Cette embellie automnale ne saurait pourtant faire illusion. Le Premier ministre a été carbonisé par le CPE. Son entêtement à imposer une réforme dont nul ne voulait, à commencer par ses propres ministres, a eu raison de son ambition présidentielle.


Quant à Jacques Chirac, son retour sur la scène internationale , s'il a été apprécié de l'opinion, ne lui a pas pour autant valu passeport pour un nouveau mandat. L'embrassement brutal du Proche-Orient cet été n'a pas modifié le jeu présidentiel.

Donc, miser sur une candidature - je nai pas dis une élection - de Nicolas Sarkozy en 2007 hors de toute concurrence ne relève plus du pari mais du raisonnement de bon sens.


Et pourtant ... si toute les apparences valident cette conclusion, il convient de s'en méfier. Tant d'événements peuvent encore se produire d'ici à 250 jours. La politologie n'est pas une science exacte ! L 'expérience démontre que rien ne se passe ni ne s'est passé conformément aux prévisions des pythies médiatiques et sondagières .

Que les plus anciens d'entre nous se souviennent ! En 1964, la presse annonçait un De Gaulle plébiscité dès le 1er tour de l'élection présidentielle. François Mitterrand mit le général en ballottage. Dix ans plus tard il, ne faisait aucun doute que le sémillant Jacques Chaban-Delmas , héros de la nouvelle société, emporterait la palme. Il fut écrasé par Valéry Giscard d'Estaing. Au terme du septennat de ce dernier, la majorité des observateurs pariaient pour une réélection. C'est François Mitterrand qui remporta une victoire sans conteste. Six mois avant l'élection de 1995, journalistes et sondages installaient déjà Edouard Balladur dans le fauteuil présidentiel et promettait à Jacques Chirac une piteuse et solitaire retraite. La suite est connue. Et qui, je vous demande, qui eut imaginé 250 jours avant l'échéance de 2002 que Jacques Chirac l'emporterait à plus de 80% des voix - un score de président africain ! devant Jean-Marie Le Pen après que Lionel Jospin avait éliminé dès le premier tour.

L'histoire du demi siècle écoulé encourage la modestie des prédictions !

Voyez la situation aujourd'hui. l'échappée de Nicolas Sarkozy est époustouflante. Soit !

Mais, méfions-nous des sondages. Les souhaits de candidature ne sont pas des intentions de vote.

Mais, Dominique de Villepin n'a pas renoncé. Lucide, il sait qu'en l'état actuel des choses, il ne peut espérer concurrencer son ministre de l'Intérieur sur le terrain de la présidentialisation. Voilà d'ailleurs pourquoi il a adopté pour l'heure un profil consensuel. Mais il se tient prêt à saisir la moindre occasion de rebond. Il se met en condition de pouvoir le faire. Et tandis que Nicolas Sarkozy exerce jusqu'à s'égosiller le ministère de la parole, Dominique de Villepin "agit" encore et toujours et promet de le faire jusqu'à la dernière minute de son mandat matignonesque.


Et qui peut raisonnablement prévoir ce qui se passera en effet durant ces 250 jours. Nicolas Sarkozy n'est pas à l'abri de l'accident politique ou du dérapage idéologique. Dominique de Villepin le sait et le sent. Imaginez un nouvel embrasement des banlieues, quelque bavure policière qui tourne aigre, une évacuation de squat par trop violente sans compter quelque explosion internationale...

Mais peut-être et surtout est-ce le propre discours de Nicolas Sarkozy dont nul ne sait si, en définitive, il ne va pas dérouter ses propres partisans avant éventuellement de dérouter l'électeur lui-même.

A Marseille , dimanche dernier, Nicolas Sarkozy a prononcé un fort beau discours, bien écrit, bien charpenté et bien dit. Mais un discours des plus droitiers! Haro sur la génération 68  coupable de tous les abandons. Vive le retour aux bonnes vieilles valeurs d'ordre et d'autorité ! Que la nation soit et que triomphe un patriotisme des plus gaullien. Seulement, à force de jouer d'un pieds sur l'autre, un jour libéral convaincu, le lendemain dirigiste inspiré, un jour communautariste, le jour d'après républicain, parfois européen, parfois nationaliste, hier entonnant l'hymne social, aujourd'hui encourageant l'antienne patronale, Nicolas Sarkozy pourrait bien à la longue tournebouler les esprits. Qu'est-ce donc que cette " rupture " tour à, tour chantée allegro ou moderato sur le ton du pragmatisme: une rupture avec une droite jugée archaïque ou une rupture avec une droite qui ne le serait pas suffisamment, une voie ouverte vers la modernité ou le nostalgique retour aux temps anciens ?

Autrement dit... et pour le dire prudemment, tout semble écrit de ce côté-ci de l'échiquier politique et, cependant, tout demeure possible !

Publié dans blogpls

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

fwi282 06/09/2006 10:38

Souvent Homme varieLa campagne présidentielle ne se fera pas sur le people ou sur les sondages. Parti trop tôt, Sarkozy va lasser et c'est vrai que cette notion de rupture n'est pas claire. Il ne faut cependant pas oublier que ce ne sont pas les militants UMP ou PS qui feront la victoire des uns ou des autres, ce sont tous les français. Pour l'instant cela ressemble à un jeu d'alliances et à qui sera le mieux placer. Cela me rappelle le temps ou Sarkozy a soutenu Balladur en espérant y trouver son compte. Si d'autres ministres ou ministrables le soutiennent je doute que ce soit dans l'intérêt des français mais plutôt dans leur intérêt. C'est la nouvelle façon de faire de la politique et je serais curieuse de connaitre le taux d'abstention le moment venu. Quant à la nouvelle façon de faire la politique people de Sarkozy, sans vouloir faire de pub, j'ai lu un excellent article sur le sujet sur le monde.fr et là aussi on comprend que chacun travaille dans son propre intérêt....... Dommage.