Bizarre, vous avez dit bizarre !

Publié le par blog-pl-seguillon

    Etrange ? débat que celui qui s'ouvre ce jour à l'Assemblée nationale sur le dossier de la fusion GDF Suez !

 

     Cocasse, ? en premier lieu, parce qu'il ne s'agit nullement, en réalité, pour les élus de se prononcer sur le bien fondé ou non de cette union. Il leur est seulement et formellement demandé de dire si oui ou non ils estiment que la participation de l'Etat dans Gaz de France peut ou non descendre en dessous de la barre des 70% dont Nicolas Sarkozy ? , lorsqu'il était ministre de l'Economie et des Finances, avait promis qu'elle ne serait jamais franchie.

 

Surprenant ? plus encore lorsque l'on sait qu'en toute hypothèse, les députés ne pourraient débattre d'un mariage qui accouchera d'un groupe dont nul aujourd'hui ne pourrait dire quel sera le périmètre. Les deux fiancés, en effet, sont encore en discussion avec Bruxelles pour savoir de quelles activités ils devront se défaire pour satisfaire les règles de la concurrence au sein de l'Union européenne!

Déroutant   ce débat lorsque l'on constate que les mêmes arguments qui plaident en faveur d'une fusion de l'entreprise gazière avec Suez, militent à l'inverse contre ce mariage.

 

Ce regroupement ? a été conçu pour pallier une éventuelle OPA hostile de l'Italien Enel sur Suez. Soit! Pourquoi pas ? Mais chacun sait que ce regroupement, dès lors que le nouvel ensemble devra, sur injonction de Bruxelles, céder une partie de ses actifs, ne sera pas du même coup à l'abri d'une OPA.

 

D'aucun expliquent que cette union va permettre de constituer un groupe solide, susceptible de discuter en position de force avec des partenaires aussi complexes et aussi durs que la Russie ou l'Algérie. C'est porbablement vrai. Mais le même argument plaiderait en faveur d'un rapprochement entre Gaz de France et EDF.

 

Certains évoquent encore la nécessité de construire un géant européen. Ils ont bien raison. Mais Enel ne serait-il pas européen ?

 

D'autres brandissent le patriotisme économique. C'est judicieux. Toutefois l'intérêt national sera-t-il mieux défendu à partir du moment où l'Etat perdra le contrôle de GDF et où la fusion fera naître un concurrent à EDF ?  

 

En somme , comme dirait le bon sens populaire, il y a du pour et du contre!  Et trancher ce débat qui n'est ni idéologique ni financier mais qui ressort essentiellement d'une question complexe de stratégie industrielle mériterait un climat serein.

 

Or , il n'en sera rien!

 

Bizarre est ce débat qui devrait prendre son temps et se dénouer  dans le calme et qui va se dérouler dans l'urgence et dans l'excitation que donne la proximité d'une élection présidenteille.

 

L'enjeu politique occulte toutes les considérations économiques !

 

Si la gauche a multiplié jusqu'à l'absurde les amendements au point d'étouffer le fonctionnement parlementaire c'est évidemment pour mettre le gouvernement en porte à faux.

 

Il s'agit pour elle de démontrer que le gouvernement de Dominique de Villepin veut passer en force sur un sujet largement contesté par l'opposition, les organisations syndicales et une partie de la majorité ( l'U.DF. et une quarantaine élus de l'UMP) Par avance, la gauche a fait en sorte que le gouvernement ne puisse se tirer de cette impasse que par l'usage de l'article 49,3.

 

L'opposition veut prouver que ce gouvernement n'hésite pas, selon elle, à brader les intérêts du pays six mois avant l'échéance présidentielle. Et c'est pour gâcher la rentrée du Premier ministre qu'elle met tant d'énergie à paralyser l'institution parlementaire.

 

En outre, le scénario spectaculaire mis en oeuvre par la gauche lui permet de mettre dans l'embarras u n Nicolas Sarkozy dont chacun sait qu'il ne s'est rallié qu'à regret à une position gouvernementale qu'il n'approuve pas.

 

Saugrenu enfin ce débat du point de vue d'une majorité qu'il met mal à l'aise et dont l'urgence ne s'imposait nullement hormis l'envie qu'avait le Premier ministre de prouver qu'il agit encore et toujours quitte à bousculer ses amis et à forcer ses adversaires.

 

Le plus biscornu  dans cette affaire est qu'à ce bal des hypocrites les faux culs sont rois. L'avalanche des amendements que conteste la droite et dont la gauche prétend regretter la nécessité arrange tout autant celle-ci que celle là.

 

Les socialistes, à la vérité, ne sont pas aussi unanimes qu'on le dit pour condamner cette fusion GDF Suez. En obérant un véritable débat, la pluie d'amendements permet de dissimuler ces hésitations voire ces désaccords. Les députés de l'UMP, on le sait, sont nombreux à ne nourrir aucun enthousiasme pour cette fusion. L'usage du 49,3, entraîné par l'abondance des amendements, permettra de ne pas faire état de ces divergences.

 

Saugrenu enfin est la manière de rapporter le prix de l'énergie à ce débat. Ce prix, hormis une régulation par l'Etat, ne dépend nullement de la taille des groupes distributeurs ou producteurs mais, chacun le sait, pour le gaz du coût du baril et pour l'électricité de celui des investissements destinés au nucléaire.

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