Sarkozy, le faux pas

Publié le par blog-pl-seguillon

 

Avec son voyage aux Etats-Unis, Nicolas Sarkozy a sans doute commis la première grosse bévue de sa campagne  pré présidentielle.

Il a d'abord commis une double erreur tactique.

En critiquant à mots à peine couverts la, diplomatie pratiquée par le chef de l'Etat et par Dominique de Villepin lorsque ce dernier était ministre des Affaires étrangères , il a infirmé l'idée d'une  réconciliation de la majorité présidentielle. Le visage d'union affiché par les membres de cette majorité, lors de l'université d'été de l'UMP, apparaît désormais comme une leurre. La guerre intestine continue à droite jusque sur des terres étrangères . Ce déchirement chronique n'est  évidement pas bon pour la droite à quelques mois de la présidentielle.

Bien plus, en contestant la manière dont Jacques Chirac a résisté à la pression de Washington  lors du déclenchement de la guerre d'Irak , Nicolas Sarkozy met en cause ce que précisément les Français, toutes tendances politiques confondues, ont plébiscité dans l'action du chef de l'Etat depuis quatre ans et demi. Curieusement, le président de l'UMP semble ainsi vouloir " rompre" avec la séquence la plus populaire du quinquennat de Jacques Chirac  !

Mais , après tout, voilà qui pourrait n'être jugé que pour des maladresses mineures, bien que surprenantes , dans un parcours électoral.  

Il y a malheureusement plus grave.

Nicolas Sarkozy a commis une faute politique et un contresens stratégique.

La théâtralisation du discours prononcé par Dominique de Villepin aux Nations Unies peut certes être critiquée. On peut aussi à bon droit s'interroger sur l'opportunité qu'il y avait alors à mettre en scène le différent entre la France et les Etats-Unis sur le sujet de l'Irak et à lui donner une telle publicité. De nombreux diplomates français ont estimé à l'époque qu'en se montrant moins arrogante la France aurait peut-être pu entraîner dans son sillage un plus grand nombre de pays européens. Bref, il est parfaitement légitime de débattre de la méthode avec laquelle a été mise en oeuvre une décision qui faisait la quasi unanimité en France.

Mais aller formuler ces critiques à Washington, aller battre de la sorte sa coulpe devant les plus hautes autorités des Etats-Unis est incongru et irresponsable.

C'est d'abord une question de principe. Un responsable politique digne de ce nom et qui aspire à la stature d'homme d'Etat ne va pas de la sorte "débiner " la politique de son pays devant nos partenaires d’Outre Atlantique..  Aux pires temps de la cohabitation, le chef de l'Etat et son Premier ministre, pourtant d'opinions politiques opposées, ont toujours pris soin de parler d'une même voix en terres étrangères !

C'est ensuite une question d'opportunité: ce comportement est d'autant plus déplacé qu'il intervient à un moment où d'aucuns déplorent le déclin de notre pays, où notre diplomatie, telle que formulée par notre ministre des Affaires étrangères n'est guère flamboyante et où le chef de l'Etat s'apprête à en donner une image plus innovante à la tribune des Nations- Unies.

J'ajouterai que Nicolas Sarkozy commet  ( ou du moins paraît commettre aux yeux de l'opinion car son discours est plus nuancé à plusieurs formules malheureuses près ) un contre sens stratégique, ce qui est préoccupant lorsque l'on songe que la politique étrangère pourrait être un jour son domaine réservé en tant que chef de l'Etat .

Pour prix d’une photo avec Georges Bush junior, président aujourd’hui dévalué jusque dans son pays, Il donne le sentiment de sacrifier toute la spécificité de notre politique .Toute l'histoire de nos rapports avec les Etats Unis démontre en effet, que la France ne peut demeurer l'amie indéfectible des Etats-Unis qu'à deux conditions: être toujours à leurs côtés comme ils le sont aux nôtres dans les moments difficiles, mais être capable aussi de sauvegarder une indépendance de décision ombrageuse chaque fois que nous séparent de grave désaccord.

Voilà qui est vrai depuis les origines et plus encore depuis un demi-siècle.

Les rapports de De Gaulle et de Roosevelt durant la seconde guerre mondiale furent orageux. N'eut été le refus obstiné du chef de la France,  libre notre pays eut été placé sous le contrôle d'un gouvernement d'occupation des forces alliées et réduit à l'Etat de puissance vaincue et secondaire, ce qui n'en lève rien au courage et au sacrifice des troupes américaines qui ont libéré le territoire national  et qui font  que notre pays est redevable des Etats Unis.

N'eut été la liberté de décision sauvegardée de De Gaulle, la France ne se serait jamais dotée de l'arme nucléaire. Les Etats-Unis y étaient opposés. La même liberté  a poussé le même De Gaulle a critiquer l'intervention des Etats-Unis en Asie et à prononcer le célèbre discours de Pnom Penh. Voilà qui n'a pas empêché la France d'être totalement solidaire des Etats-Unis dans la crise de Berlin en 1961, dans celle des missiles russes de Cuba en 1962 ou,   vingt ans plus tard, avec François Mitterrand , dans le dossier des missiles pershing  2 opposés aux SS20

De même, Jacques Chirac a-t-il récusé l'intervention des forces de la coalition en Irak. Ceci  n'empêche pas une étroite coopération de la France et des Etats-Unis en Afghanistan, dans le domaine du renseignement ou dans la lutte contre le terrorisme.

Mais peut-être parce que les Etats-Unis sont plus encore aujourd'hui qu'hier une hyper puissance et parce que la France est une puissance moyenne, les dirigeants de cette dernière ne doivent jamais oublier le mot de De  Gaulle à Churchill qui lui reprochait de n' être pas suffisamment conciliant avec Roosevelt,  « Je suis trop pauvre pour me courber ! »

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Letard 23/09/2006 11:12

M. Sarkosy est alle chez le president des USA,c'est tout.C'est une forme de catharsis,c'est mieux que de ne pas y aller du tout.Depuis le temps que le mode de vie des USA nous fascine et que nous le rejetons avec vanite,que nous condamnons ses interventions et que l'histoire finit par les justifier,et puis a une autre epoque aller voir Mao ou Brejnev etaient des initiatives diplomatiques toujours acclamees.C'est un coup de pocker tente par un candidat dont l'aptitude a gouverner pourrait s'etoffer.Une telle place faite au dialogue democratique (mot clef de gauche) ne devrait pas susciter autant de commentaires parfois inconvennants

palloporo 22/09/2006 21:49

Compariasons. D'aucuns ont appelé M. Sarkozy le nouveau Blair; d'autres ont prétendu que cette photo n'était qu'un cliché épouvantail pour les électeurs français, alors qu'un cliché avec le n° UN Russe ou Chinois eut été un trophée exceptionnel. Les adeptes de la politicaillerie saisissent là l'occasion inésperée pour tenter "d'abattre" le plus que probable candidat à la présidentielle. Les dires de l'ex premier ministre socialiste, le traitant de futur caniche du président Bush, en est la preuve indéniable. Si faux pas il y a eu, celui-ci ne peut être que dans la forme et non pas dans le fond du discours. Vouloir comparer Sarkozy-Bush à De Gaulle-Roosevelt cinquante ans après, dans des situations internationales totalement incomparables ce n'est pas l'évidence même. De De Gaulle il y en a eu qu'UN, Le Général, unique et incomparable à qui que ce soit. Remercié d'ailleurs par des électeurs versatiles et inconscients des consequences de leur geste. Je ne vois aucune bévue dans la rencontre avec le Président des USA en la personne de M. Bush. Vouloir rénover un dialogue positif avec une puissance économique de trois cent millions d'ames, avec un chômage de 4,5% et une croissance effective de 3%, je pense qu'il est normal de s'inspirer d'un système économique gagnant. Les réactions de responsables socialo-gauchistes nous confirment l'absence de progrès de ces politiciens depuis cinquante ans. Lorsque M. Sarkozy dit: "Les français savent que je dis la vérité", je crois qu'il dit vrai. Il dit tout haut ce que beaucoup de français pensent tout bas. Quant à la guerre intestine de la droite, elle aurait continuée même sans le voyage; celui-ci n'étant qu'une puerile excuse d'alimentation de potins. Il en faut pas plus pour effrayer l'électeur à la versatilité facile.

David972 21/09/2006 21:54

Mr Séguillon, je pensais votre analyse politique bien plus poussée que cela...

Nicolas Sarkozy a fait une erreur en allant rencontrer Bush? Très bien. Alors je suis plus que persuadé que si la France avait aussi eu un désaccord profond avec Clinton mais pas avec les conséquences de la crise irakienne, votre discours aurait été bien plus conciliant anvers Sarkozy. Sarkozy aurait pu critiquer la politique française lors de cette crise hypothétique et faire tout pour rencontrer alors Clinton, personne en France n'aurait protesté. Mais voilà, il s'agit de Bush : ce Président si détesté dans son pays et si détesté en France.

Sauf que ce Président a été élu très démocratiquement, qu'il est le Président de la première puissance mondiale et qu'il est simplement le Président. Bush n'est pas un dictateur... Bush n'est pas Poutine... Blair n'est pas Poutine par exemple... Sarkozy rencontre le Président des Etats-Unis et pas Bush car le Président des Etats-Unis est une institution et pas une personne!

De plus, vous verrez que la cote de Sarkozy n'a point souffert de ce voyage puisque Sarkozy gagne encore des points en terme d'intention de vote... Cela signifie que les Français ont bien compris que Sarkozy ne supporte pas Bush mais qu'il est venu rencontrer un Président et rien de plus. Les Français ne sont pas idiots comme certains médias pourraient le faire croire.

Il serait aussi bon de s'intéresser à l'impartialité médiatique de certains journalistes. L'écrasante majorité des journalistes est une bande de gauchiste et cela est bien triste mais il faut le reconnaître. Vous aussi monsieur Séguillon vous me paraissez être aussi particulièrement gauchiste tant votre article me paraît si peu objectif.

Je vous poserais la question : Bush part le 20 janvier 2009 donc Sarkozy, si il est élu bien sûr, devra travailler avec lui de mai 2007 à décembre 2008. Alors Sarkozy devrait-il ne pas travaillé du tout avec Bush? Sarkozy ne doit-il pas s'affirmer sur la scène internationale et montrer son originalité car Sarkozy n'est pas Chirac?

Je crois que vous avez la réponse. Alors je crois qu'il faut redevenir plus objectif et regarder la réalité en face. Les Etats-Unis ont un chômage de 4,7% avec une économie qui semble atterrir en douceur... De plus, contrairement à la l'Europe dont la population diminue d'année en année, la population des Etats-Unis se renouvelle grâce à un taux de naissance de 2,1 enfants par femme. L'Amérique a donc de beaux jours devant elle. Pourquoi ne devrait-on pas prendre ce qui fonctionne aux Etats-Unis et admirer certaines parties de la société américaine?

Reprenez donc vos esprits monsieur Séguillon!!!

ll 20/09/2006 18:25

Effectivement, je disais que M Sarkozy manquait d'envergure internationale dans un précédent message et cela ne fait que confirmer mon opinion.Grosse erreur plus les problèmes des régularisations...

Je me demande s'il n'est pas parti trop tôt en campagne...

Ph.Vieil 20/09/2006 16:21

Bonjour,

Vu des US, ou je reside 50% du temps, je trouve la ligne editoriale de LCI tres engagee a gauche. Dommage car ici nous n'avons pas la meme vision des choses. Je vais finir par croire que savoir un pays avec 4,5% de chomage depuis 15 ans, ici en Floride, on atteint les 2,5%, une croissance de 3% en moyenne et pas d,impots sur le revenu dans cet etat, cela peut rendre jaloux voir aigri.

Dommage

Ph.Vieil