La semaine sarkozienne

Publié le par blog-pl-seguillon

Nicolas Sarkozy possède une vertu particulière : il a une manière bien a lui d’être en permanence l’épicentre du débat politique. Il en a fait une nouvelle démonstration la semaine passée sur quatre dossiers sensibles : la relation de la France avec l’Amérique à l’occasion de son voyage aux Etats-Unis, l’exercice de la justice dans notre pays lors de sa dénonciation de « la démission » des magistrats,  la laïcité,  et l’immigration avec un voyage éclair à Dakar.

Le ministre de l’Intérieur a cependant un défaut. A force de lancer de manière provocante, répétée et incessante plusieurs débats à la fois, il suscite la polémique et  l’enflure médiatique qu’il favorise contribue à brouiller les questions mises de la sorte sur la place publique.

Prenons l’exemple de sa dénonciation brutale de « la démission » des magistrats face à la violence juvénile. Elle a donné lieu a moult confusion.

Ainsi, beaucoup ont-ils conclu un peu vite qu’il avait enfreint la sacro sainte règle démocratique de la séparation des pouvoirs.

A la vérité, Nicolas Sarkozy , en rigueur de termes constitutionnels,  n’a pas porté atteinte à l’indépendance de la magistrature. Un membre de l’Exécutif  n’est dans ce cas que s’il  prétend dicter aux juges leurs jugements ou les sanctionner pour les jugements prononcés. Le président de l’UMP s’est contenté d’exprimer un constat et une  opinion.

Mais,  en dénonçant le laxisme supposé des magistrats du tribunal de Bobigny, il a contredit un usage républicain qui veut qu’un ministre en exercice s’abstient de toute appréciation sur la manière dont les magistrats exercent leur fonction.

Sa critique était-elle fondée ?  Là encore la réponse doit être nuancée.

 Le rapport d’audit du Parquet de Bobigny démontre que cette critique était indue si l’on s’en tient au travail remarquable et considérable accompli par les magistrats . Ce rapport prouve que les peines infligées par le tribunal de Bobigny ne sont pas moins sévères que celles infligées par d’autre tribunaux. Mais le même rapport démontre aussi que l’institution judiciaire manque cruellement de moyens dans ce département. Ce qui, a contrario, donne raison à  la critique du ministre de l’Intérieur.

Cette philippique était-elle opportune ?

On peut raisonnablement estimer que non s’il est vrai que ce n’est pas en stigmatisant et donc en déstabilisant des magistrats qui travaillent dans des conditions très difficiles  qu’on les aidera à mener à bien leur mission  La violence croissante des jeunes est un problème extrêmement difficile posé à notre société . Il mérite une réponse collective, concertée qui conjugue l’approche préventive, répressive et sociale.

Quel est maintenant l’effet politique de la sortie de Nicolas Sarkozy  ?

Dans le court terme,  Cette intervention lui  est trop évidemment avantageuse.

Voilà qui  permet au ministre de l’Intérieur de se défausser des ratée d’une politique sécuritaire dont les résultats, contrairement à ce qu’il proclame un peu vite, ne sont  pas spectaculaires mais mitigés. A preuve, les derniers événements de l’Essonne ou le rapport du préfet de la Seine-Saint-Denis.

Voilà surtout qui permet au candidat à l’élection présidentiel de mettre les problèmes de sécurité au centre du débat. Or, les derniers sondages attestent une nouvelle fois que Nicolas Sarkozy est celui que l’opinion considère comme le mieux à même de résoudre les questions de sécurité.

Toutefois, l’on peut se demander si, à force de tenir des propos provocateurs et anxiogènes, du  « kasher » à destination des voyous de banlieues à la « démission » des magistrats,  au motif de lancer un débat souhaité par l’opinion, le président candidat de l’UMP ne va pas effrayer à la longue un électorat indécis.

On peut aussi s’interroger sur la possibilité pour le ministre de l’Intérieur de longtemps demeurer au sein du gouvernement s’il continue sur tout sujet à se trouver en contradiction avec le Premier ministre et avec le chef de l’Etat. Le candidat veut le peuple pour juge. Mais le ministre n’a-t-il pas pour juge le chef de l’Etat . ?

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Alexandre 02/10/2006 00:09

Je suis d'accord avec Philippe ! Qu'on nous explique pourquoi seul le PS a le droit de s'allier avec les extrêmistes,le PC et qu'on accuse la droite de vouloir récupérer les voix du FN qui sont dans leur majorité des déçus du socialisme que Mme Royal voudrait elle aussi faire revenir au bercail?

GR83 30/09/2006 22:32

On se prends à rêver qu'enfin un politicien ferait  autrechose

que de l'électoralisme :

Je suis persuadé que bon nombre d'électeurs s'abstiennent 

ou vôtent  aux extrêmes par dépit  , bien sur que ces gens sont plus

que respectables  et "clean" , ce qui n'est pas le cas de tous  les

politiciens et/ou hauts fonctionnaires .

Le retour à la morale et à la crédibilité souhaitée par la majorité

de nos concitoyens  sera-t- elle au rendez vous à partir de 2007 ?

prenez le risque d'y croire  ,d'ailleurs  que risquons nous ?:

Faute de se réveiller  nous seront

dévorés tout crus par ceux qui avancent  , ouvrez les yeux

du côté de l'EST( plus ou moins lointain) ces gens travaillent

plus dur et plus longtemps que nous; même si leurs

dirigents ne sont pas parfaits ces peuples réussirons .

A nous d'être aussi performents dans nos choix et nos idées

A suivre

philippe 28/09/2006 13:33

Pour répondre à inri,

quand le PS fait des promesses en direction des tous mouvements d'extrême gauche, personne n'y voit quelque chose d'anormal.pourtant les Besancenot, krivine, laguiller, buffet, bové et consort flirtent avec des thèses nauséabondes qui rappellent les heures sombres des pays de l'ex-bloc communiste.

alors pourquoi Sarkozy se priverait-il de ramener vers lui des gens qui votent Le pen? Où est le problème? Les gens qui votent Le Pen sont aussi des électeurs aussi respectables que ceux d'extr^me gauche.

inri 28/09/2006 08:23

Quoi que dit Nicolas Sarkozy bon ou mauvais,il est incontestable qu'il flirte avec l'électorat de l'extrême droite qu'il voudrait récupérer à sa cause.

Ses interventions brusque souvent répond sans nulle doute à l'attente de beaucoup de monde et particulièrement à cette tranche de l'électorat

Alexandre 28/09/2006 00:53

D'accord avec Charles et Paul sur les syndicats des magistrats! Les magistrats ne doivent pas pouvoir utiliser les syndicats pour faire de la politique.Ils doivent être là pour n'appliquer que la loi et rien que cela.A quoi ça sert que l'Assemblée fasse des lois pour qu'ensuite les juges ne l'appliquent pas . Chaque fois que quelqu'un de sensé et courageux ose émettre un jugement dans ce pays,le politiquement correct s'affole et les médias concourent pour le stigmatiser! On ne peut plus appeler un chat un chat !Ces interdits sont une atteinte à la liberté et çà devient grave si on ne fait pas attention.Il ne reste plus que l'autocensure!Dommage que la France soit dans cet état là!