Les deux scénarios

Publié le par blog-pl-seguillon

      

Tout homme politique normalement constitué, c'est-à-dire tout homme de pouvoir - et être homme de pouvoir c'est aussi être secrètement un joueur (*), a la tentation de jouer le coup de trop.

Jacques Chirac ne fait sans doute pas exception à la règle.

Il pourrait d'ailleurs se convaincre qu'il a de bonnes raisons de poursuivre la partie et de solliciter un nouveau mandat.

Un an après son accident cérébral, il affiche une forme resplendissante.

Il est persuadé à tort ou à raison qu’une présidence de Ségolène Royal serait dangereuse pour le pays. A tort ou à raison encore, il estime également qu’une présidence de Nicolas Sarkozy ne serait pas sans risque. Dominique de Villepin l’a déçu et paraît de toutes les façons hors course. Alain Juppé n’est pas en mesure de concourir. Quant à Michèle Alliot-Marie, le chef de l’État ne croit pas vraiment à son destin présidentiel !

Certes, il semble évident, au vu des sondages, que les Français, dans leur écrasante majorité, ne souhaitent pas que Jacques Chirac sollicite un troisième mandat. Mais ce dernier peut se dire qu’il a par le passé relevé des défis autrement difficiles. En 1994, à la même époque, il était donné pour mort politique. Six mois plus tard, il entrait à l’Élysée!

En tous les cas, l’entretien qu’il a accordé hier au « Figaro » maintient le suspens et est susceptible d’une double interprétation. On peut le lire comme une préparation à une sortie honorable ou comme une mise en condition pour une nouvelle fois bousculer le jeu et créer la surprise le moment venu.

Jugez plutôt si vous l’avez lu.

Jacques Chirac se veut dans « l’action » jusqu’au bout. Voilà qui ménage les deux scénarios.

Le président de la République proclame son « obsession » de vaincre le chômage et sa satisfaction des résultats obtenus. Voilà qui pourrait lui permettre de prendre sa retraite avec le sentiment du devoir accompli. En 1995, il dénonçait la fracture sociale; douze ans plus tard, il quitterait l’Élysée après l’avoir pour partie comblée. Mais voilà qui lui permettrait aussi de rebondir sur des bases saines.

Le chef de l’État célèbre « l’assainissement » des finances publiques. C’est là une façon d’expliquer qu’il laissera la maison en bon ordre mais ce peut être aussi une façon de préparer sa propre pérennité présidentielle.

Jacques Chirac, enfin, s’affiche dans cet entretien en homme d’autorité. Tel le maître d’école en fin d’année scolaire, il distribue bon points et satisfecits à ses ministres. Mais il se situe du même coup au dessus de la mêlée en homme pour qui tout est encore possible.

L’ entretien qu’il a accordé au « Figaro » peut donc tout aussi bien être interprété comme la préparation d’une sortie réussie que comme la mise en condition d’une possible candidature.

Quand on demande à Jean-Louis Debré, qui est sans doute celui qui connaît le plus intimement le chef de l’État: «  est-ce que Jacques Chirac va se représenter »? Il répond immanquablement: «  je ne suis pas certain qu’il se soit déjà décidé en son for intérieur, mais je suis certain qu’il repoussera le plus longtemps possible le nomment de prendre cette difficile décision à la fois pour des raisons tactiques mais aussi pour des raisons psychologiques! »

 

* Pierre Bourdieu définit le pouvoir ou champ politique comme espace de jeu

 

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Mirino 07/11/2006 16:39

Pour avancer encore une opinion à l’égard des candidats aux

présidentielles (qui, venant de celui qui n’a pas le droit de vote, a d’autant plus, sinon d’autant moins de valeur).

S’il n’avait que la gauche, donc point d’alternance, donc obligatoirement point de gauche) DSK serait/est le plus convaincant.

Mais il me parait toujours évident qu’il n’y ait qu’un candidat parmi tous qui qualifie largement et semble avoir en outre les capacités nécessaires pour remettre le pays de nouveau sur les rails.

Un autre scénario aurait été peut-être envisageable cependant si Mr Raffarin présentait son candidature. Je serais alors tenté à croire que Raffarin comme président et Sarkozy comme premier ministre pourrait être un arrangement efficace.

Si Sarkozy a un point faible, il se peut que ce soit justement sa volonté, son ardeur d’aller en avant pour obtenir des résultats positifs au plus vite.

Raffarin pourrait le tempérer sans le décourager. Il serait donc un bon modérateur ainsi qu’un bon médiateur. Il a la stature solide pour arrondir les coins quand c’est nécessaire. N’étant pas trop partisan, il représenterait peut-être encore mieux tous les français, et naturellement la nation. Le fait qu’il a été discrète, diplomatique et calme, tandis que tout le monde se pressait à jouer fiévreusement leurs cartes, est aussi bien entendu à sa faveur.

Le point faible de Raffarin cependant c’est de ne jamais avoir manifesté aucun désaccord avec Président Chirac lors de son poste de Premier ministre, car il est difficile à croire qu’il était toujours de son avis, ou qu’il voyait les choses de la même manière que Chirac.

Mais c’est une autre histoire, et un tel arrangement pour 2007 n’est qu’une hypothèse, mais sait-on jamais?

jean-marie wolff 06/11/2006 22:40

Soyons sérieux ! Jacques Chirac n'a aucunement l'intention de se représenter. Elu par défaut en 1995 grâce à la bienveillance du machiavélique Mitterrand, il n'a dû sa réélection en 2002 qu'à des circonstances abracadabrantesques. Il restera dans l'histoire comme le président qui, à la suite de Mitterrand, a accéléré le déclin et la décadence de ce pays. Un président qui a grugé son électorat, un président à la petite semaine, un président par défaut : en 2007, il serait laminé et ça, il ne le sait que trop...Peut-être nourrit-il simplement l'envie d'imiter son mentor (qui avait flingué Rocard juste pour le plaisir) : se payer Sarko pour un ultime bonheur post-présidentiel  ?

 

Mirino 04/11/2006 10:49

Mr Sarkozy, candidat aux présidentielles, avait donc pris l'initiative de faire une visite aux EU, aussi pour faire connaître ses intentions au Président lui-même. Tout à fait correcte et normale sous les circonstances, mais n'empêche que cette initiative franche et sincère avait créé un tollé, même dans son propre camp.Le seul candidat d'avoir fait un geste semblable est DSK, mais le sien était plutôt un petit compromis partisan et clintonesque, ainsi qu'une manière de montrer un manque de respect pour Président Bush. Une façon aussi de ne pas froissé son électorat, mais myope au fond et manquant d'envergure, car si jamais il serait élu il pourrait alors être obligé de traiter aussi avec l'actuel Président républicain.Fabius préfère montrer que selon lui la vraie nature de la France est de gauche, et elle n'a plus besoin de ses alliés. Elle est parfaitement indépendante dans tous les égards y compris celui de l'économie et les 35 heures. Mam semble suivre les consignes de son maître. Point de visite donc aux EU, pas encore au moins. Pas d'annonce officiel à l'égard de ses intentions de candidature non plus, suivant les mêmes tactiques de son maître- pour faire planer ces doutessubtils, mystérieux et brumeux. Comme si un annonce positif éventuel, avec celui de Chirac lui-même, vont faire subitement dégager les cieux en nous ouvrant et en nous indiquant l'unique voie vers le paradis.

Mirino 03/11/2006 18:44

Il est aussi à constater que Jacques Chirac se trahit aussi bien que son ministre de l'Intérieur lorsqu'il estime que la présidence de Nicolas Sarkozy ne serait pas sans risque... Si telle est son estimation pourquoi avait il nommé Mr Sarkozy comme ministre de l'Intérieur? Pour un tel poste il faut au contraire quelqu'un de solide, quelqu'un sur le quel on peut compter, faire confiance. Quelqu'un capable de gérer les affaires de la sécurité interne pour que justement les risques soient généralement diminués !

Mopsus 03/11/2006 14:55

"Quant à MAM" , J.Chirac ne croit pas à son destin présidentiel"...Cela n'empèche pas cette apparatchik, version militarisée, de lancer ces jours-ci sa "Feuille de Chêne", un festival d'autopromotion , de poncifs ,qui sent à plein nez la torpille anti-Sarkozy balancée par son Maître; à tel point qu'on se demande si MAM ne nous prend pas pour des glands...Il est toujours effarant de constater à quel point le moindre pouvoir peut faire disparaitre toute lucidité; MAM nous parle de ses "homologues " D. Rumsfeld et Condoleeza Rice. Celle qui aura surtout impressionné les militaires pour sa propention à arborer des tenues militarisée avec chic et gants de midship, ses postures un peu autoritaristes -mais peu convaincantes- dans la gestion du bourbier Ivoirien, du liban sud ( où elle envoie le Génie réparer les voies d'approvisionnement du Hezbollah), de la pantalonnade du Clemenceau; et qui affichait dans un Envoyé Spécial son népotisme dans le sens pur , puisqu'ell se vantait d'avoir nommé sa "nièce" dans son cabinet....Seul point positif: son point de vue sur la discrimination positive qu'on aimerait la voir argumenter dans un vrai débat avec l'autre candidat de l'UMP.