RUPTURE ROYALE

Publié le par blog-pl-seguillon

 

La victoire sans appel de Ségolène Royal dans ces primaires  s’explique  par la manière dont le parti socialiste a commencé à s’affranchir, dans les faits,  de son histoire, de sa tradition et de son corpus doctrinal. Le paradoxe est que ce changement n’a été ni voulu ni décidé et moins encore assumé par ses instances dirigeantes. Bien plus, il a surpris et dérouté  les ténors de cette formation politique qui n’ont pas perçu que la sociologie du PS avait  changé et que ses militants se comportaient  de plus en plus comme des supporters plus que comme des militants. La candidature de Ségolène Royal est en quelque sorte  le produit naturel de cette mutation.

     Son succès est le résultat d’une rupture sociologique, générationnelle, politique, culturelle et idéologique. Ségolène Royal  est devenue la figure naturelle du changement auquel aspirent les adhérents socialistes et, au-delà des frontières partisanes, bon nombre de citoyens.

     Son accession à la présidence de la région Poitou-Charentes en mars 2004, lui a fourni le marchepied nécessaire à une candidature présidentielle. Mais jamais Ségolène Royal n’aurait pu s’affirmer de la sorte si sa candidature n’avait à ce point reflété les aspirations au changement des adhérents du parti socialiste.

     Ces derniers ont appelé au premier chef un changement de génération.  Il s’agit moins d’ailleurs d’une question d’âge que du refus du déjà connu, déjà entendu, déjà vu à l’œuvre.

    Ségolène Royal (53 ans) est certes la plus jeune des prétendants socialistes. Mais, en réalité, la différence est ailleurs. Ses   compétiteurs occupaient le devant de la  scène politique depuis deux sinon trois décennies.

     Tous deux ont occupé des fonctions ministérielles éminentes. Leur histoire est étroitement liée à celle de l’appareil socialiste et à celle des batailles internes au parti.

 

    En dépit de 25 années de carrière politique, Ségolène Royal, au contraire, a fait figure de nouvelle arrivante. Cette cinquantenaire, pour n’être pas dénuée d’expérience ministérielle,  n’a jamais vraiment été sous les projecteurs médiatiques jusqu’à son arrivée à la tête de la région Poitou-Charentes. Elles s’est toujours tenue à l’écart de l’appareil et des guerres intestines au parti socialiste . Elle incarne la nouveauté souhaitée par les sympathisants. Elle est, jusque dans sa morphologie, le contraire même de ce que l’on appelle au P.S les « éléphants ». Elle paraît être le roseau qui résiste à toutes les tempêtes quand se brisent les vieux chênes.

 

     La rupture symbolisée par Ségolène Royal est également culturelle. Elle incarne ce changement dans son être comme dans son verbe.

 

   Quand Dominique Strauss-Kahn, avec Anne Sinclair ,  en était  encore à mimer le couple Bill- Hillary Clinton, Ségolène Royal, elle,  reflétait une génération qui, au-delà d’un féminisme militant et revendicatif, pratique une parité naturelle homme femme. L’une et l’autre, dans l’esprit des nouvelles générations, sont  susceptibles d’assumer  de façon interchangeable,  alternativement ou successivement, responsabilités domestiques et responsabilités publiques. Au couple Bill-Hillary, la candidate socialiste a opposé le couple autrement novateur Ségolène- François.

 

    Sa parole est également à l’unisson de cette révolution culturelle. Au mâle raisonnement théorique et abstrait des leaders politiques duquel se déduisent quelques propositions plus concrètes,  Ségolène Royal a opposé un discours de proximité qui se nourrit d’abord de préoccupations quotidiennes des citoyens avant de prétendre aux solutions universelles. C’est précisément ce que voulaient entendre les adhérents socialistes lassés des grands discours, des promesses non tenues et des voltes face à répétition.    

 

    Mais le changement ne relève pas que des mots. La rupture se fait aussi dans le domaine des idées.

 

    Dominique Strauss Kahn , proposait un réformisme socialiste conjuguant le libéralisme d’une économie de marché avec le volontarisme d’Etat et la régulation qu’appelle un impératif social. Il s’inscrivait  ainsi dans une démarche qui a été celles de tous les gouvernements socialistes depuis 1983, date à laquelle François Mitterrand a décidé de tourner le dos à la logique marxiste du programme commun de la gauche. Il n’inventait  rien de nouveau sinon qu’il assumait enfin  cette conversion au marché que le PS n’a jamais confessé officiellement comme l’ont fait les sociaux démocrates allemands, dès 1959 , au congrès de Bad Godesberg . Le propos de Laurent Fabius n’était   qu’une version gauchisante de la même approche, une radicalité conçue à des fins purement tactiques, le PS ayant la réputation de se prendre par la gauche. Cette radicalité n’a pas trompé les militants et  le discours économique réformiste dont se prévaut Dominique Strauss- ne les a convaincu qu’à demi.

 

   La démarche suivie par Ségolène Royal a été autre.  Loin de toute approche dogmatique,  elle a bousculé, l’air de n’y point toucher,  tous les articles du catéchisme socialiste. De sa conception du travail à sa vision de la sécurité, de sa référence à la nation à sa célébration de "l'ordre juste" , de sa valorisation de l’autorité à ses propositions pour l’école, elle a fait exploser le corpus doctrinal socialiste et a tenu  le discours attendu par une génération de sympathisants et de militants à la fois épris de changement et paradoxalement plus conservateurs que leurs aînés.

 

    Enfin, la rupture incarnée par Ségolène Royal est éminemment politique.

 

   Alors que ses concurrents s’échinaient à bâtir leur candidature à l’intérieur du parti socialiste et à partir de ses structures représentatives,  Ségolène Royal a suivi une démarche exactement inverse.  C’est à partir d’une popularité acquise dans l’opinion qu’elle s’est efforcé avec succès d’imposer le caractère incontournable de sa désignation comme porte drapeau des socialistes dans la campagne présidentielle. En ce sens,  elle est le produit d’une mutation profonde de la vie partisane et de la vie citoyenne de plus en plus proches de ce qui se passe aux Etats-Unis. Le parti des supporters, s’est substitué peu à peu au parti des  militants. La démocratie de représentation  a cédé progressivement la place à la démocratie d’opinion.

 

    Deux figures de la rupture sont ainsi proposés désormais à l’opinion.

 

    Une rupture d’image et de valeurs , celle incarnée par Ségolène Royal, parce qu’elle est une femme, parce qu’elle semble nouvelle pour s’être toujours tenue à l’écart des appareils, en dépit de sa longévité politique, et parce qu’elle a une autre manière d’aborder la politique allant toujours du particulier et du concret à l’universel plutôt que de suivre le chemin inverse. Une mélange de modernité et de conservatisme plus  séduisant que vraiment construit

 

    Une rupture néolibérale structurée, mélange de propositions et de comportements nouveaux,  celle que se propose d’inscrire dans les faits  

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guy achille 21/11/2006 16:33

Cher Gillot,

Vous rentrezdans un débat sans objet. Je crois q l'on peut spéculer sur tout sauf sur les résultats obtenus sur le plan économique par M. Jospin. En effet, et là je suis parfaitement d'accord avec vous, l'homme n'est pas q'un homoéconomicus, ce qui suppose donc qu'il y avait des points d'insatisfaction, je l'entends et je le répète, je vous le concède. Mais delà à faire passer l'extrême droite au second tour.

Je ne souhaite pas que nous nous égarions comme  d'habitude et je pars sur des faits et je vous interpelle, pour ce peu, à être factuel dans votre analyse.

Si nous nions l'évidence aujourd'hui, je vous souhaite demain, face àSarkozy tout le plaisir parce que l'à-peu-près n'aura plus de place. Je ne sais pas qui des deux vous soutenez, mais j'ai ma petite idée dessus. et je ne manquerais de vous rappeler vos propos d'aujourd'hui.

Cher Gillot, j'ai appris une chose dans ma modeste vie, c'est bien que l'histoire rattrape les hommes.

Eric Gillot 20/11/2006 15:33

Cher Guy-achille,   Votre attitude démocratique vous honore.   Mais, selon que l'on soit puissant ou misérable.......... on juge les résultats de Jospin positifs ou négatifs.   N'oublions jamais que ces résultats dont vous parlez ont été obtenus dans une période de croissance Européenne dont les plus défavorisés n'ont jamais profité, pas plus que le monde qui vous fait vivre, les PMI/TPE.

guy-achille 20/11/2006 14:22

Reconnaître la victoire, sans appel, de Mme Royal est assurément l'obligation qui nous interpelle lorsque l'on se prête au jeu de la démocratie.

C'est vrai, M. PLS, cette victoire peut finalement légitimer tous vos propos marquant les avantages de s candidature. L'histoire, aujourd'hui vous donne raison.

Je suis simplement inquiet quant à l'avenir et je comprends, en effet, le côté très contradictoire de la société française qui déjà au 21 avril 2001 mettait Lionel Jospin hors de course malgré les résultats qu'on lui connait. A ce moment là, le débat sur la sécurité avait pris le pas qur le reste, avec le concours des média. Aujourd'hui, c'est la volonté du changement des responsables du parti qui prend le pas sur le reste. Je ne suis pas ceratin que les idées proposées par Mme Royal arait pu accrocher si elles avaient plutôt été présentées par un tout autre candidat. Alors, expliquer dans vos propos que la rupture dans le discours a contribué à faire de sa candidature l'innovation du parti,je n'en suis pas certain.

 

SolidaireEnSomme 20/11/2006 09:39

ce sont les médias qui ont fait cet homme, à force de photos de blabla, c'est une honte, il n'a pas la carrure d'un président. Faux et coléreux, ambitieux et arriviste. 

cindi21 19/11/2006 16:11

ce sont les médias qui ont fait elire cette femme. à force de photos de blabla. c'est une honte , elle n'a pas la carure d'une présidente. Fausse et colèreuse, ambitieuse et arriviste.