La friovolité des candidats

Publié le par blog-pl-seguillon

    Ce n’est pas faire preuve de mauvais esprit que d’estimer que les deux candidats actuellement en tête dans les sondages font preuve d’une grande frivolité comptable. J’entends pas frivolité, une grande légèreté et un  manque de sérieux.

    Ségolène Royal propose aux Français un pacte présidentiel dont elle ne se préoccupe ni d’évaluer le coût ni de garantir le financement. La candidate socialiste dénonce à juste titre une dette publique insupportable mais ne dit ni comment ni quand elle pense pouvoir la réduire si elle est élue. Quant à Nicolas Sarkozy , le chiffrage de son programme, comme celui des baisses de recettes qu’il envisage, est à ce point fantaisiste que pas un seul économiste ne le prend au sérieux.

    Voilà qui est tout de même surprenant de la part de deux candidats qui nous ont expliqué depuis des mois,  qu’ils allaient  faire de la politique autrement.  Sitôt en campagne, les voici qui  procèdent en réalité comme l’on fait leurs prédécesseurs.  Ils  promettent sans compter, laissant à une très hypothétique croissance le soin, s’ils sont élus,  de les aider à boucler des fins de mois impossibles ! Souvenons-nous qu’en 2002, déjà, et Lionel Jospin et Jacques Chirac s’étaient montrés en parole d’autant plus généreux que l’un et l’autre prenaient pour hypothèse commode une croissance de 3%...ce qui n’a évidemment pas été le cas !

    Le contrat présidentiel décrit et détaillé en 100 propositions par Ségolène Royal est un catalogue de mesures sociales plus généreuses les unes que les autres mais dont le seul moteur est l’argent public.

    Cela va de la construction  de 120 000 logements sociaux chaque année durant cinq ans à la création de 500 000 emplois jeunes en passant par le doublement du budget de la justice, l’augmentation de celui de la recherche et de l’enseignement supérieur, la rétribution, durant un an, des chômeurs à hauteur de 90% de leur dernier salaire ou à l’augmentation des retraites.

    Modestement, les portes parole  du parti socialiste évaluent  à 35 milliards d’euros le coût de ce programme. Hier soir, dans les couloirs de L.C.I., Jean-Marie Le Guen , député strauss-khanien rallié à Ségolène Royal, cherchait à  rassurer ses interlocuteurs  en s’efforçant de démontrer que le programme de la candidate socialiste était d’autant moins coûteux… qu’elle était restée « très floue et ambiguë » sur de nombreux points dans son discours de Villepinte!

    Les experts neutres de « Débat 2007 »sont moins optimistes et chiffrent  à quelque 53 milliards d’euros le coût du programme de Ségolène Royal alors même qu’elle n’a pas dit un mot de la fiscalité dans son discours de Villepinte et qu’il n’est pas une mesure fiscale dans ses 100 propositions qui esquisse la moindre piste de financement.

    Nicolas Sarkozy , pour sa part, fait preuve de la même légèreté. Certes, il avancent des chiffres. Mais ceux-ci paraissent hautement fantaisistes aux yeux des économistes. L’UMP évalue son programme à quelque 27 milliards. Les mêmes économistes, qui évaluent le programme de Ségolène Royal à 53 milliards d’euros, estime celui du ministre de l’Intérieur à 50 milliards. Mais tandis que Nicolas Sarkozy   distribue les cadeaux d’une main, il se prive de recettes de l’autre. Outre un bouclier fiscal abaissé à 50% des revenus et la suppression des droits de succession, le candidat de l’UMP annonce en effet qu’il va réduire de quatre points en cinq ans les prélèvements obligatoires, soit quelques 70 millions d’euros ! Ce qui ne s’est jamais fait dans aucun pays. Conscient de l’énormité de la proposition, Nicolas Sarkozy propose maintenant d’ailleurs, sans crier gare,  d’étaler cette baisse sur dix ans et non plus sur cinq ! Ce semblerait accréditer l’idée que les candidats formulent leurs proposition avec une légèreté déconcertante !

    Ce débat sur le chiffrage des proposition n’est un faux débat que si l’on admet a priori que dès lors qu’il est en campagne présidentielle, un candidat peut sans autre forme de procès promettre tout et son contraire à seule fin de séduire l’électeur, les promesses de campagne ‘tant supposée ne pas engager  réellement celui ou celle qui sera élue. Ceci  revient à dire que Ségolène Royal, fidèle à une tradition de gauche,  peut promettre augmenter les dépenses sans vergogne et que Nicolas Sarkozy , fidèle à une aussi vieille tradition de droite, peut promettre  réduire de même les impôts sans être pris au mot.

    Si, en revanche, l’on doit prendre pour argent comptant les promesses formulées, il n’est que trois possibilité de les réaliser: une croissance à la chinoise, ce qui est exclu ; un réduction drastique du périmètre de l’Etat ce qui n’est ni possible ni sans doute souhaitable. Reste alors une seule voie : augmenter les déficits et creuser l’endettement !

   

   

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charles 15/02/2007 10:55

Merci pour votre très sympathique commentaire Mirino. J'ai également beaucoup de plaisir à vous lire car vos propos ont cette vertu très appréciable (et très rare) de sortir des sentiers battus et du prêt-à-penser insipide. Vous apportez de l'oxygène à nos débats franco-français et c'est une grande satisfaction pour moi de voir que nous partageons la plupart du temps les mêmes points de vue.

Mirino 14/02/2007 11:53

C’est toujours un plaisir de vous lire, Charles, car vos observations sont souvent très bien fondées et rafraîchissantes. Ce n’est pas nécessairement à cause de la possibilité que nous partagions souvent le même point de vu que j’ajoute mon avis que parmi d’autres, vos commentaires haussent le niveau intellectuel de ce forum.

gillou 14/02/2007 11:33

Je voudrai bien que l'on m'explique ce que veut dire :?

"descenseur social"

Mot que j'ai entendu par Madame Royal dimanche dernier.

charles 13/02/2007 22:25

Cher Pierre-Luc Séguillon,

 

Ne m'en veuillez pas mais je suis révolté quand je lis que les programmes économiques de Sarko et de Mme Royal souffriraient d'un même manque de crédibilité quant à leur financement. C'est en lisant ce genre de choses que je mesure le niveau déplorable de la culture économique en France tant il me semble évident que le programme de Sarko est porteur de dynamisme tandis que celui de Mme Royal multiplie les usines à gaz, les contraintes et les lourdeurs (évidemment je ne vous reproche rien personnellement car je sais que vous ne faites que relayer ce qui se dit ici ou là). 

 

Nous avons d'un côté un candidat qui prône des dépenses d'investissement en évoquant avec honnêteté et courage les mesures d'économies qui seront prises pour les financer (réduction des effectifs de la fonction publique, alignement des régimes spéciaux sur le régime général, suppression des innombrables observatoires et autres commissions qui ne servent à rien, exercice d'une activité minimum en contrepartie des minima sociaux, etc...). Sarko a également le mérite de conditionner certaines dépenses à la mise en place de réformes structurelles; en effet chacun sait par exemple qu'une montagne de subventions supplémentaires au CNRS n'améliorerait en rien la qualité de sa recherche sans une réforme profonde de son organisation. De la même façon, l'augmentation vertigineuse du budget de l'Education Nationale depuis 20 ans n'a pas permis d'endiguer le déclin de notre système éducatif dans tous les classements internationaux; asperger l'Education Nationale de moyens supplémentaire sans s'attaquer à des réformes de fond consiste tout bonnement à jeter l'argent par les fenêtres; à ce propos je considère que tous les candidats à la présidentielle seraient bien inspirés de rencontrer notre illustre ami Alceste dont les réflexions sur l'école sont souvent empreintes de beaucoup de pertinence et de finesse (même s'il m'arrive de ne pas les partager toutes). Bref, contrairement à Mme Royal, aucune des dépenses voulues par Sarko n'a vocation à alimenter des puits sans fond...   

 

De l'autre côté, nous avons une candidate qui multiplie les dépenses non productives dans des proportions invraissemblables sans évoquer à aucun moment les moyens pour les financer (chacun aura néanmoins compris qu'une hausse sensible des prélèvements obligatoires serait inévitable même si celle-ci ne suffirait toujours pas à financer le quart des promesses faites à Villepinte). Autant dire que la création de richesses en France serait définitivement asphyxiée et que la politique économique se limiterait à partager la pénurie (dans la plus parfaite égalité comme il se doit...). Bref, la politique socialiste dans toute son horreur...  

 

La réalité, c'est que cela fait une bonne vingtaine d'années que tous les acteurs économiques savent parfaitement ce qu'il faut faire en France pour faire redémarrer la machine, donner du travail à tous et augmenter le pouvoir d'achat. Cela se résume à 2 chantiers principaux:

 

1- Fluidifier le marché de l'emploi en assouplissant le code du travail. (On n'a jamais rendu service à personne en dissuadant l'embauche. On n'a jamais amélioré les conditions de vie d'un salarié en piégeant l'entreprise dans laquelle il travaille. Et c'est un petit salarié lambda qui vous le dit... ).

 

2- Réduire drastiquement les dépenses de fonctionnement de l'Etat. Et ceci dans un double objectif: réduire la dette et réduire les prélèvements obligatoires.

 

C'est sur ce deuxième point que je souhaite insister car reprocher à Sarko de vouloir baisser les prélèvements obligatoires au nom de l'orthodoxie budgétaire est une absurdité économique. La baisse des prélèvements obligatoires (et plus particulièrement ceux qui pèsent sur les entreprises) est une condition "sine qua non" du redémarrage de la croissance. 

 

Tout ceci pour dire qu'un chiffrage arithmétique des programmes est complètement dénué de sens si l'on ne cherche pas à savoir si les mesures préconisées sont susceptibles de créer ou non de la croissance. Or, la plupart des mesures prônées par Sarko sont de nature à relancer la croissance, à commencer par les baisses d'impôts. A contrario, les mesures redistributives de Mme Royal ne peuvent qu'accentuer l'étouffement progressif de l'économie française; ce à quoi il faut ajouter que les hausses d'impôt induites par le programme socialiste finiront d'achever les entreprises et les initiatives privées. 

loïc 13/02/2007 18:45

"le candidat de l’UMP annonce en effet qu’il va réduire de quatre points en cinq ans les prélèvements obligatoires, soit quelques 70 millions d’euros !"Milliards, pas millions, malheureusement.Pour le reste, je suis entièrement d'accord. Soit ils mentent sur leur programme, et c'est une honte ( rappelez-vous d'ailleurs la condamnation de Mme Royal envers le premier ministre hongrois qui avait osé mentir pendant la campagne électoral), soit ils croient réellement que tout ceci est applicable, et auquel cas, ce sont de vrais incompétents.Le bilan de tout cela, aucun des 2 n'aura ma voix au premier tour.