EADS: "confusionisme " politico-industriel

Publié le par blog-pl-seguillon

    

     Dirigeants politiques et candidats à l’élection présidentielle ne pouvaient évidemment pas ignorer le problème d’Airbus. L’enjeu de cette crise en effet est triple.

     Il est social. Le plan Power 8, destiné à palier les difficultés de l’entreprise, prévoit 10000 licenciements. Des licenciements secs pourraient suivre si, d’ici à 18 mois, la société n’a pas retrouvé l’équilibre.

     Il est économique. Airbus est un fleuron de l’aéronautique européenne dont l’avenir ne saurait être compromis.

     Il est politique. Airbus est l’expression d’une volonté collective européenne en même temps qu’un sujet de tension entre les différents pays représentés dans le capital de la maison mère  EADS.

     Mais la manière dont les uns et les autres prétendent se saisir du dossier est source de multiples contradictions.

     Tous critiquent la gouvernance bicéphale de l’entreprise.

     Toutefois, lorsque Ségolène Royal s’en prend à ce mécano industriel complexe, elle oublie qu’il a été mis en place, en 1999, lors de la fondation d’EADS,  par le gouvernement de Lionel Jospin et par celui de Gerhard Schröder. Ce sont ces deux socialistes qui ont imposé une direction  « intergouvernementale » à EADS et  qui ont fait de la « parité » entre les deux pays l’alpha et l’oméga de toute décision industrielle.   

 

     Mais lorsque Nicolas Sarkozy s’en prend également à la gestion d’EADS et d’Airbus, il omet volontairement de rappeler comment sa propre famille politique a contribué à déstabiliser l’entreprise. L’ Elysée a en effet encouragé et béni   l’éviction de Philippe Camus de la coprésidence d’EADS et son remplacement par Noël Forgeard qui s’est révélé comme un piètre gestionnaire d’Airbus et qui a du être licencié en 2006. 

      Faut-il augmenter la participation de l’Etat qui n’est aujourd’hui que de 17% et qui réduit ce dernier à n’être en fait qu’un actionnaire dormant ? C’est ce que demande Ségolène Royal. Nicolas Sarkozy , lui propose après,  l’avoir récusé, que l’Etat procède à une augmentation de capital. Il suit en cela Dominique de Villepin qui a annoncé hier, contrairement à ce qu’avait dit la veille son ministre de l’Economie au Grand jury RTL LCI Le Figaro, que l’Etat était disposé à remettre au pot.

     Mais une augmentation de la participation de l’Etat supposerait que nos partenaires allemands soient disposés à faire de même ce qu’il n’envisagent nullement.

 

     Mais une augmentation de capital supposerait que les actionnaires privés soient enclins à suivre. Ce qui n’est absolument pas le cas.

 

     François Bayrou , lui, refuse que les décisions de l’entreprise soient prises « sous l’interférence du politique ». Il souhaite néanmoins que l’Etat soutienne Airbus comme l’Etat américain a soutenu Boeing. Mais il reste vague sur la manière de procéder : apport de capitaux ? Commandes ? Promotion ?

 

     Les régions doivent-elles entrer dans le capital d’EADS ?

     Là encore, on nage en pleine confusion. Martin Malvy , le président de la région Midi Pyrénnées , avait proposé dans un premier temps que les huit régions concernées prennent 10% du capital d’EADS. Il n’avait sans doute pas mesuré l’effort que cela représentait soit quelques 2 milliards d’euror !  Ce qui est sans commune mesure avec le budget des régions ! Ségolène Royal a repris à son compte cette proposition en la ramenant toutefois à un niveau plus raisonnable soit un peu moins de 1 % du capital d’EADS.  Pourtant, outre qu’un tel apport serait une goutte d’eau, il n’est pas possible juridiquement. Tout au mieux,  les régions pourraient-elles, à travers les pôles de compétitivité,  faciliter la reprise par des sous traitants de certaines activités de l’avionneur.

 

    Faut-il enfin revoir le plan proposé par Louis Gallois  ?

 

    Ségolène Royal a proposé un moratoire et promis, si elle accédait à l’Elysée, d’exiger la remise à plat de ce plan.  Outre que la direction d’Airbus n’a guère  le temps d’attendre l’échéance électorale pour prendre les disposition nécessaires à son redressement, l’Etat n’a ni les moyens financiers ni la possibilité juridique d’intervenir directement dans la gestion de l’entreprisse.  

 

    François Bayrou , de son côté, a demandé que l’on réfléchisse « de manière approfondie » au pan Power 8  « notamment en ce qui concerne les chaînes de montage de Toulouse  et l’avenir du site de Méaulte » ;  mais il na pas dit dans quelle direction devait s’orienter cette réflexion !

 

    S’il est légitime pour les candidats de se préoccuper de la crise d’Air bus, on aimerait néanmoins qu’ils ne confondent pas leur rôle avec celui des dirigeants de l’entreprise.

 

    De l’Etat, ou plus exactement des Etats européens concernés, on attendrait aujourd’hui trois choses et trois seulement.

 

    Qu’il accepte et encourage une réorganisation de la gouvernance du groupe EADS de telle sorte qu’elle devienne monocéphale ce qui est la condition de son efficacité.

 

    Qu’il favorise une restructuration  de l’actionnariat autour d’un opérateur industriel solide.

 

    Qu’ils fassent leur métier qui est d’assurer un filet de protection pour les salariées licenciés et ne se mêlent pas de gérer  l’entreprise.  

 

 

 

 

 

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ll 07/03/2007 21:55

Qu'en est-il des responsabilités des anciens dirigeants, des actions avec plus value avant la débacle?

Qu'en est -il de l'enquête de l' AMF?

Des réponses svp

Juriste 06/03/2007 20:21

Je suis étonné, M. Séguillon, qu'un journaliste de votre envergure répande, par ce billet, la confusion entre licenciement et suppression de poste ; ce qui n'est pas tout à fait la même chose.

Mirino 06/03/2007 19:19

Le problème tombe mal avec la campagne présidentielle française où chaque candidat veut tout de suite se montrer aussi d’une responsabilité exemplaire. Mais naturellement toutes les décisions doivent être déterminées uniquement par la direction, et il faudra qu’elle se retrouve sa propre unité elle aussi pour le faire.

On dirait que l’entreprise a été mal lancé, de façon myope et avec trop d’ingérence politique dès le début de la part de tous les pays concernés. En considération de la probabilité que l’Europe possède la meilleure technologie, c’est bien tragique et stupide.

Que les gérants puissent faire le nécessaire pour résoudre les problèmes sous la meilleure conditions possible, de manière aussi centralisée que possible, et sans davantage d’ingérence politique. Lorsque la meilleure solution est alors établie par la direction, elle

peut la présenter pour obtenir le soutien financier nécessaire en fonction et selon leur projet de restructuration.

xavier 06/03/2007 17:16

c'est le monde à l'envers, après avoir tant privatisé, la gauche veut réinjecter de l'argent public...