CHIRAC:LES FRANCAIS AU COEUR

Publié le par blog-pl-seguillon

      Comme prévu, Jacques Chirac a donc annoncé ce soir qu’il ne solliciterait pas un nouveau mandat. Comme prévu encore, il a remis à une date ultérieure le moment de donner son sentiment sur l’issue souhaitable, selon lui, de cette campagne.

      Il n’en reste pas moins que sa déclaration était émouvante et que les polémiques aux quelles certains se sont livrés ce soir sur le bilan d’un homme présent sur la scène politique depuis quarante ans étaient me semble-t-il prématurées.

      Il est clair en effet que le contexte électoral se prête mal à une analyse froide et objective d’un bilan qui est sans doute moins noir que ne le prétendent les adversaires du chef de l’Etat et probablement aussi moins avantageux que ne le disent ses partisans ou  qu’il ne l’a lui-même dressé en introduction à son propos. Sans doute faudra-t-il attendre les lendemains de l’élection présidentielle pour froidement et lucidement – en dehors de tout enjeu politique immédiat, décider de ce qui doit être mis à l’actif  et de ce  qu’il convient de mettre au passif d’une présidence de douze ans et d’une carrière politique de 40 ans.

      La boussole idéologique de Jacques Chirac a souvent varié. On l’a connu tour à tour pompidolien, souverainiste, travailliste à la française, reaganien, ultra libéral ou libéral social. On l’a vu ainsi souvent changer de pied au gré des nécessités de sa stratégie de conquête ou de conservation du pouvoir.  Mais il y a  aussi chez cet homme des invariants qui expliquent l’attachement que lui ont porté les Français en dépit de ce qu’ils savaient ou de ce qu’il subodorait de lui, notamment des financements pour le moins peu orthodoxe de sa carrière politique.

       Il  a répété ce soir ces constances

 

       Le refus de l’extrémisme et du racisme et l’attachement à l’unité et à l’intégrité du corps social. Ce qui explique son aversion pour le Front national mais aussi parfois sa timidité à imposer des réformes qui risqueraient à ses yeux de déchirer le tissu social.

       La fidélité à un modèle social français qui, pour mériter d’être réformé, ne doit pas être abandonné. C’est en négociateur des accords de Grenelle, en pleine crise de  mai 68, que commence la véritable carrière politique de Jacques Chirac alors jeune secrétaire d’Etat aux Affaires Sociales.

       Le choix délibéré de l’Europe auquel il s’est progressivement résolu après, c’est vrai, avoir joué la corde souverainiste pour combattre Valéry Giscard d’Estaing à la fin des années 79. Jean Claude Junker , le Premier ministre du Luxembourg et président de l’euro groupe,  a rendu hommage à l’authenticité de ce choix.

       La lutte contre le sous-développement et la solidarité entre les peuples. Elle a sous-tendu sa vision du monde et notamment de  l’Afrique même s’il faut dénoncer à juste titre les dérives néocoloniales de la politique dite de France Afrique.

       Mais, ce soir, l’émotion est sans doute venue de  cet amour confessé pour la France et pour son peuple. Une affection dont on peut penser qu’elle n’était ni feinte ni de circonstance.  Il existe entre Jacques Chirac et les Français une véritable empathie. Il a toujours voulu  aller à leur contact – moins ces dernières années où sa fille Claude, pour le préserver, l’avait en quelque sorte enfermé dans la solitude élyséenne.  Il a toujours aimé  plonger dans la foule et serrer des mains même si ce geste a pu devenir à la longue caricatural. En fait, admirateurs ou procureurs, amis ou  adversaires politiques, militants de son camp ou militants du camp adverses, les Français percevaient  chez ce grand fauve politique capable d’exécuter politiquement et sans remords quiconque entravait sa marche vers le pouvoir, une qualité rare dans le personnel politique : sa formidable attention aux autres et son exceptionnel capacité  à s’associer à leurs joies comme à compatir à leurs souffrances.

     Ce qui ne fait pas nécessairement un grand président. C’est l’histoire qui en décidera plus  tard. Mais ce qui fait un homme que les Français et plus particulièrement ceux qui l’ont approché trouvaient sympathique.

   

      

 

 

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Jean-Charles 13/03/2007 07:59

Bonjour tout le monde ,

Je NE suis et de loin un admirateur du Président de la République.

Mais je tiens tout particulièrement à rendre hommage à " SOPHIE" qui dans son post révèle une vérité que beaucoups devraient prendre en compte.

La renaissance de notre société passe obligatoirement par là. Respectons les autres et nous nous respecterons nous même.

Merci!

 

Alceste 12/03/2007 16:15

Lucie, permettez-moi d’emprunter à Eluard les mots qui pourraient faire écho à vos points d’interrogation …

Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu Sans toi je ne vois rien qu'une étendue déserte Entre autrefois et aujourd'hui(…)Je t'aime pour ta sagesse qui n'est pas la mienne Pour la santé Je t'aime contre tout ce qui n'est qu'illusion Pour ce coeur immortel que je ne détiens pas Tu crois être le doute et tu n'es que raison Tu es le grand soleil qui me monte à la tête Quand je suis sûr de moi.

J’ai à l’idée que cela ne déplairait pas au Président. En tout cas, au moins en tant qu’hommage à la France aimée, j’avoue que j’y trouverais personnellement plaisir. Pour ce qui est de Bettelheim, c’est plutôt vers sa Psychanalyse des contes de fées que les événements nous conduisent, me semble-t-il. Je vous laisse deviner à qui je pense.

guezelle 12/03/2007 13:33

J'ai 40 ans et Jacques Chirac fait forcément partie de ma vie (tout comme l'a été François Mitterand !) Mais bien qu'ayant mes opinions politiques qui ont toujours penché à droite, je dois reconnaitre que c'est le côté humain, proche, la stature, la representation de notre pays à travers le monde qui me font dire que j'ai toujours eu du respect et j'avoue de l'affection pour Monsieur Chirac ! On pourra longtemps épiloguer sur son empreinte politique et son bilan mais laissons un peu de temps pour que les français comprennent qu'une page de l'histoire se tourne !

J'ai été très émue par son discours ! Je suis sure qu'il pourra d'une façon ou d'une autre pouvoir encore rayonner sur le plan international et ainsi continuer de nous représenter avec toute son expérience et la sympathie qui le caractérise !

lucie 12/03/2007 10:33

Evidemment, il est de bon ton de saluer la sortie du Président. et sans doute est-il trop tôt pour donner une analyse critique, mais je prends le risque:

On lui reconnait très fréquemment un bon positionnement sur la guerre d'Irak. Cependant,la forme était mauvaise pour la France. Certes, il y a eu de nombreux  heureux de ces cocoricos, mais, de fait, la France a payé très cher cette expression d'orgueil : à la fois économiquement et politiquement pendant un bon 3 ans!

Il a été l'artisan essentiel de la dégringolade de la France au niveau mondial et il a encouragé le refus d'adaptation. Il l'a d'ailleurs pratiquement reconnu, en regrettant d'avoir été trop faible face aux corporatismes.

Il a amorcé  le flou artistique sur les lignes de démarcation politique, maintenant exploité par Bayrou. Et oui, je pense que sur ce point, nous ne pouvons encore en évaluer les conséquences: refonte du PS,de force? poussée vers les extrêmismes? qui sait?

Enfin, après tant de mensonges, comment croire vraiment ce "je vous aime"... lancé hier soir ? c'est juste une compréhension de sa fille Claude Chirac sur l'émotionnel dégoulinant qui nous manoeuvre actuellement... j'avoue que je l'entends comme une manoeuvre de plus....j'ai peut-être tort.. car je ne le connais pas personnellement. Mais je l'ai ressenti comme une manoeuvre.

De plus, il conviendrait peut-être de se souvenir  de cet excellent livre du psychanalyste Bruno Bettelheim "l'amour ne suffit pas". L'amour exige, pour être vraiment reçu, cohérence, respect, etc. et je fais très court! Mais, à l'évidence le " je vous aime " a des significations très différentes selon les personnes :je vous aime... pour moi ? ou je vous aime... pour vous? ce n'est pas le même.

sophie 12/03/2007 10:22

Coup de gueule ! C'est vous qui prenez, Monsieur Séguillon, mais si vous pouviez faire l'écho de ce coup de gueule dans toute votre profession...

Votre titre "Chirac..." est révélateur du manque de respect qui se généralise dans la société française ;  Cela aurait-il été si difficile pour vous d'écrire "Le président de la Répulbique" ? Vous donnez, vous les journalistes, souvent du "président" long comme le bras à votre président de chaîne, ou aux présidents de clubs de foot... Mais dès qu'il s"'agit du président de la république, terminé.

De la sorte vous participez - oui je pèse mes mots- à la dérive de notre société, au manque de respect (un pas vers la violence) de jeunes en mal de repères.

Je suis intervenant en communication dans un BTS composé de jeunes issus des banlieues ; les profs que je cotoie souffrent de cette dificulté à se faire respecter ;

alors aidez les, vous les journalistes, en montrant l'exemple ; si vous donniez cours, accepteriez vous que vos élèves vous interpellent ainsi "Séguillon ! " Non, et c'est normal. Accepteriez vous qu'ils écrivent par exemple dans le journal du lycée "Séguillon" au lieu de "le professeur de....", ou "Monsieur Séguillon...."

 

Merci de réfléchir à ce commentaire (si possible de le publier) ; je pense ne pas être la seule à l'avoir fait,

et j'espère toujours que les journalistes puissent régulièrement se remettre en question.