Sus aux sondeurs

Publié le par blog-pl-seguillon

     Comme il en va dans chaque campagne électorale, les sondages sont tour à tour appréciés et contestés par les candidats selon qu’ils leurs sont bénéfiques ou leur deviennent défavorables.

     On voit ainsi François Bayrou mettre aujourd’hui en cause les résultats donnés par des enquêtes d’opinion qui concluent à son recul dans les intentions de vote des Français pour la présidentielle. Le candidat centriste soupçonne certains instituts d’avoir gonflé ses scores dans un premier temps pour faire un coup de presse, ce qui a eu  pour effet de mobiliser ses adversaires et de concentrer sur sa personne le feu croisé de leurs critiques. Et d’imaginer que, dans un second temps, les mêmes ont exagéré à dessein le tassement qu’il enregistrerait désormais  dans l’opinion.

     La vérité est sans doute ailleurs. François Bayrou a effectué une percée dans les sondages aussi longtemps qu’il est apparu comme le candidat antisystème, renvoyant dos à dos ses deux compétiteurs. Dès lors qu’il s’est employé à crédibiliser son projet et à donner de lui même l’image d’un présidentiable responsable, son image de porte drapeau d’une révolte contre le système existant s’est estompée et le  candidat centriste s’est « notabilisé ». Il a du même coup perdu son originalité de porte drapeau de la rébellion contre le système. Il n’en a été que plus exposé aux critiques de ses compétiteurs. C’est la raison pour laquelle d’ailleurs il revient aux fondamentaux de sa campagne : la dénonciation de la captation du pouvoir et de ses avantages par les deux grands partis que sont l’UMP et le PS.

     Ceci n’interdit cependant pas de s’interroger sur la valeur des enquêtes d’opinion. Celles-ci sont commandées par des organes de presse, par les partis ou par les états majors des candidats. Les résultats bruts de ces enquêtes sont ensuite lissées, redressées, aménagées en fonction d’un certain nombre de critères en sorte de mieux refléter la réalité. Pendant longtemps les résultats bruts des intentions de vote en faveur de Jean-Marie Le Pen ont été largement redressés à la hausse, les enquêteurs estimant que les électeurs hésitaient à avouer un vote favorable au président du Front national. Ce redressement est aujourd’hui de moindre amplitude, les instituts de sondages jugeant l’électeur d’extrême droite moins dissimulé.

    On ne peut exclure toutefois que ce «  lissage » qui comporte une part d’arbitraire et qui diffère d’un institut à l’autre se fasse parfois dans le sens souhaité par le commanditaire de l’enquête : tel organe de presse qui entend faire un coup, tel état major politique que l’institut ne veut point trop décevoir !

    On notera que la presse française fait un usage beaucoup plus abondant de ces sondages que ne le font les médias des autres démocraties en pareille circonstance. On remarquera aussi que, pour critiquer les enquêtes d’opinion, les candidats n’en sont pas moins otages. Ils les scrutent quotidiennement et modifient leur campagne et les thèmes choisis au gré de leurs fluctuations. On formulera enfin la proposition, à l’avenir, que les instituts publient à côté des résultats lissés, les résultats brutes de leurs enquêtes ce qui aurait raison de certaines polémiques.

   

    

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Marc 31/03/2007 19:59

Les sondages ne seraient ils pas devenu des instruments de propagande? Un sondage par jour depuis plus d'un mois ,des heures et des heures passées à commenter ces sondages et les petites phrases des candidats .Et les programmes dans tout ça est ce qu'ils existent , pourquoi ce vide sidéral entre l'espace consacrés à ces sondages et le peu de commentaires sur les programmes.

Qu'est ce qui est le plus important?

isabelle 31/03/2007 02:10

j'ai bien été appelée pour des cuisines mais jamais pour m'interroger sur mes intentions de vote ! dommage car je dispose de tous les moyens de communication possibles...

Trève de plaisanterie, le passé nous a pourtant bien appris que les sondages ne sont pas une photographie de l'opinion, trop de paramètres viennent en considération : volatilité d'un certain électorat, volonté de manipulation de ce dernier ainsi que la phase électorale pendant laquelle ces derniers sont réalisés.

Mr Bayrou fustige tour à tour les médias, les sondages à moins qu'ils ne soient en sa faveur.

Mais la réalité est peut être plus simple : la montée dans les sondages d'un candidat est prévisible dès lors que celui-ci commence sa campagne. Vous le dites en effet, il s'agit de renvoyer dos à dos les deux candidats en tête du peloton. Il n'y a donc pas besoin à ce moment là d'annoncer clairement un programme...

Evidemment, les fluctuations apparaissent alors avec l'étape suivante : l'exposition d'un programme avec des prises de position ou le flou artistique (là, il y en a deux qui sont forts en la matière). Cela explique pourquoi un candidat, notamment, reste très stable (mais qui ça ? ...)

Sourire figé et "moi je" (sur un tracteur) sont à la recherche d'une réelle politique, presque absente de sensiblerie et un peu plus pragmatique et donc, peut être, si pas efficace au moins pas nuisible, qui va gagner ?

 

vincent 30/03/2007 22:47

Je suis effectivement en plein accord avec la proposition de publier les résultats des sondages avec les données brutes en parallèle, ne serait ce qu pour la transparence !!!Ensuite le 22 avril nous dira qui sera au second tour mais avancer d'ores et déjà que Ségolène Royal en fait parti me semble un peu présomptueux, et surtout faire peu cas de l'avis des français.Comme les 2 cas Mme Royal contre Nicolas Sarkozy ou contre François Bayrou, le cas François Bayrou contre Nicolas Sarkozy ne parait pas dénué de sens. Quand on y regarde de prêt, il y a vraiment des différences notoires entre les 2 projets de société proposés.Concernant les propositions, la mise en place d'une taxe sur les mouvements financiers, la suppression des exonérations de charges sur les grosses entreprises (gain de 9 milliards d'euro pour réduire le déficit), mise en place d'une taxe sur la valeur ajoutée des entreprises, possibilité de garder l'allocation unique créée de manière dégressive lors du retour à l'emploi, réformes sur les retraites avec augmentation d'une minimum vieillesse à 90% du SMIC dans les 5ans me semblent des propostions allant parfois plus loin que celles de Ségolène Royal et en tout cas n'ayant rien à voir avec celles de Nicolas Sarkozy !!

ARMOR 30/03/2007 14:36

Laissez aux électeurs le droit d'exprimer leur désir. Cessez de tirer des plans sur la comète et observez attentivement ce qui se passe chaque soir dans les meetings de F.Bayrou. Des milliers de concitoyens se déplacent et ce ne sont pas des militants car nul n'ignore que la force militante UDF est pratiquement inexistante. Alors pourquoi ces Français se déplacent-ils sinon pour dire que , devant la gravité de la situation de la France et de celle de nombre de Français, il est temps que des femmes et des hommes démocrates et sans préjugés de droite ou de gauche se mettent ensemble autour d'une table pour TRAVAILLER. Sans préjugés ne signifie pas qu'il s'agisse de renoncer à ses convictions mais chacun sait que tout problème a besoin d'être analysé dans sa complexité et cela ne peut plus se faire par une seule entrée qu'elle soit de droite ou de gauche. Et d'ailleurs ni Ségo, ni Sarko n'auront de majorité pour gouverner ...alors nous nous promettons des jours heureux si nous ne sortons pas du sempiternel "gauche/droite"...

georges 30/03/2007 10:18

Une question me taraude ?? où les sondeurs vont-ils chercher les sondés ? En Ile de France uniquement? La province fait-elle partie des panels d'appels ?

Car si l'on écoute les sondeurs, aussi bien que les commentateurs politiques.. Toute la France c'est Paris. Je vis dans le Morbihan..pas d'agressions télévisuelles,pas de flics calliassés, pas démeute..

Je crois savoir, et c'est un scoop, que la province vote aussi..Alors, messieurs les sondeurs, messieurs les commentateurs, vous risquez d'avoir des surprises...

A moins que la loi de Pareto fasse partie du nouveau code éléctoral.(20% des français votent pour le restant de la France)