René Rémond ou l’exigence intellectuelle

Publié le par blog-pl-seguillon

 

   De René Rémond dont certain d’entre vous ont lu les ouvrages ou l’ont aperçu sur les antennes, vous saurez tout en lisant vos journaux. Vous y apprendrez que l'historien et politologue français est décédé dans la nuit de vendredi à samedi à Paris, à l'âge de 88 ans, qu’il était né en 1918, qu’il avait été président de la Fondation nationale des sciences politiques de 1981 à janvier 2007 et avait été élu à l'Académie française le 18 juin 1998 au fauteuil de François Furet.

 

    Vos quotidiens vous rappelleront encore que son ouvrage le plus célèbre, "La droite en France de 1815 à nos jours", réédité plusieurs fois, fut une référence pour les historiens, les journalistes et les hommes politiques. L’auteur  y dresse une typologie des trois familles de la droite française: la droite orléaniste, la droite légitimiste et la droite bonapartiste. L’on vous rappellera aussi,  parmi ses nombreuses publications, ses livres les plus lus "L'anticléricalisme en France de 1815 à nos jours" (1976), de "L'histoire de la France religieuse" et l’ "Introduction à l'histoire de notre temps" (1974).

 

    Mais, pour avoir connu et souvent rencontré René Rémond, je voudrais ajouter à cette notice convenue, qu’il était l’homme le plus affable,  le plus simple et le plus généreux que l’on puisse rencontrer. Remarquable historien des idées politiques, il était toujours accueillant vis-à-vis du visiteur venu le consulter, fut-il un modeste journaliste. Il  prenait alors le temps de l’écouter et de l’éclairer. D’une honnêteté intellectuelle  peu commune, jamais il ne cédait aux modes médiatiques mais s’en tenait à une analyse rigoureuse et lucide des faits et des courants de pensée. Discuter avec lui, de temps à autre, était pour le journaliste une manière d’exorciser le prêt à penser si prégnant dans notre univers médiatique.

     Homme d’un grand savoir, René Rémond était aussi un homme d’une forte spiritualité. Ne mettant pas sous le boisseau sa foi chrétienne sans pour autant jamais la brandir, René Rémond s ’aventurait volontiers sur le terrain des relations entre foi et raison, Eglise et monde profane. Fidèle à ses amitiés anciennes,  il ne cessa jamais de collaborer, ne serait-ce que de manière épisodique, à plusieurs publications catholiques dont la Croix, La Vie ou Témoignage Chrétien.

    Je garde, pour ma part, un souvenir ému des propos qu’il tint lors des obsèques de  François Bédarida, autre historien, qui fut  directeur de l'Institut d'histoire du temps présent, auteur de « Le Nazisme et le Génocide, histoire et témoignage » , ancien résistant et diffuseur, durant la deuxième guerre mondiale, « cahiers clandestin du Témoignage Chrétien ».

 

    Pour le journaliste politique, René Rémond était à la fois une référence pour la connaissance de l’histoire de notre temps,  un modèle de rigueur et  d’ouverture intellectuelle et  un exemple  de grande modestie.

 

 

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geronimo 16/04/2007 14:07

Merci pour cet hommage à un brave homme qui respirait l'intelligence et l'humilité.

Bruno Hargous 16/04/2007 11:40

Merci pour votre hommage appuyé à René Rémond. Pour ma part, j'ai encore dans l'oreille sa voix grave, posée, sûre de ses effets, j'ai encore dans les neurones des restes de connexions sublimes, illuminant des pistes de réflexion inconnues...                                     C'était à Sciences Po au début des 70's. Après 68, c'était encore un peu plus de liberté de penser qu'il nous apportait, mais avec une rigueur intellectuelle intransigeante. Peut-être de son enseignement ai-je ainsi gardé un tel rejet de "l'à peu près" et surtout de toute malhonnêté intellectuelle,  que de ce séjour à l'IEP, j'ai conçu paradoxalement une aversion définitive pour l'engagement politique au sens où il oblige peu ou prou à épouser une utopie ou une vision politique collective (au sein d'un parti) au mépris de toutes les nuances voire des doutes qui doivent habiter en permanence l'honnête homme. 

Merci M. René Rémond de m'avoir appris que sans le doute, et aussi sans la curiosité, une vie d'homme ne vaut guère.

deslilas 16/04/2007 09:07

D’une honnêteté intellectuelle  peu commune, jamais il ne cédait aux modes médiatiques mais s’en tenait à une analyse rigoureuse et lucide des faits et des courants de pensée. Discuter avec lui, de temps à autre, était pour le journaliste une manière d’exorciser le prêt à penser si prégnant dans notre univers médiatique.

Avec ces phrases vous avez synthétisé l'apport de René Rémond à la réflexion sociale et politique et ce qui va nous manquer dans ces temps troublés où la modestie ne caractérise pas les donneurs de leçon dyslexiques. Il serait des plus profitables de relire ses ouvrages sur les droites en France pour décoder les postures des candidats à l'élection présidentielle de 2007.

kader 15/04/2007 17:21

Cher Mr Séguillon,Je ne connaissais pas cette homme exceptionnel dont vous parlez mais j'imagine que si vous avez un profond respect pour lui c'est qu'il fut un "grand".Vous êtes un homme que je respecte beaucoup et les qualités que vous administrez à ce personnage sont  les mêmes que celles que je vous attribue.Je vais maintenant tenter de lire ses oeuvres .Paix à son âme et aussi bonne continuation Mr Séguillon!

samira 14/04/2007 20:27

Cher Pierre-Luc Séguillon,

Je partage votre analyse personnelle sur l'homme qu'est René Rémond. J'en parle au présent, car un homme qui a marqué plusieurs générations ne s'éteint pas. Sa flamme continue et continuera donc à vivre à travers ceux qui ont connu sa pensée directement, ou par l'intermédiaire de ses ouvrages ou de ses prises de positions.

Cela m'impressionne toujours de voir qu'il existe des hommes incroyablement intelligents qui savent demeurer des gens simples et ouverts aux autres. C'était en effet sa qualité suprême. Peut-être est-ce ce très haut degré d'intelligence et de connaissances, qui permettent à certaines personnes d'atteindre la sagesse et de ne plus voir les hommes que comme des hommes, désabillés de leurs attributs de pouvoir qu'ils soient économiques, politiques ou intellectuels. Cela ouvre donc la porte...