TROIS CLES POUR ANALYSER LA CAMPAGNE

Publié le par blog-pl-seguillon

 

 

 

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       Trois clés permettent peut-être de décrypter cette campagne électorale et d’en comprendre les surprenants rebondissements , trois traits caractéristiques de l’actuel état d’esprit du corps électoral : sa profonde défiance à l’encontre des équipes qui ont exercé le pouvoir depuis une décennie, sa droitisation globale et son doute persistant quant à la meilleure manière de signifier dans les urnes son mécontentement et ses attentes.

       A quatre jours du scrutin de nombreux électeurs semblent encore indécis. Du moins, beaucoup d’entre eux estiment qu’ils pourraient encore changer d’avis d’ici à dimanche.       Deux facteurs expliquent l’incertitude de l’opinion. Cette élection présidentielle marque un changement d’époque, de style et de générations. Ce tournant historique, pressenti par les électeurs, engendre chez ces derniers une grande perplexité. Ceux-ci sont par ailleurs de plus en plus imprégnés d’une culture consumériste. Jusqu’au moment de pénétrer dans l’isoloir, beaucoup continuent de juger les programmes, de jauger leurs auteurs et de peser les arguments avancés par les uns et les autres de la même façon qu’ils évaluent la qualité, la marque et le prix d’un produit exposé sur un linéaire avant de faire le choix d’un achat.

      Voilà qui explique les fluctuations des intentions de vote auxquelles on a assisté depuis le début de la campagne et qui conduit les observateurs à ne pas exclure une surprise dimanche. Notons toutefois que, pour être dubitatifs, les citoyens n’en sont pas moins exceptionnellement intéressés par cette élection.

       Deuxième caractéristique, le glissement général vers la droite de l’ensemble du corps électoral. Cette droitisation a été occultée par les résultats du référendum de 2005. L’échec de cette consultation populaire a été interprété à tort comme l’expression d’une radicalisation du corps électoral. En réalité, le « non » des Français au référendum était la résultante d’une addition de peurs catégorielles et il ressortait d’un réflexe conservateur plus qu’il n’exprimait une volonté progressiste.

       La grande faiblesse de l’extrême gauche aujourd’hui n’a donc rien d’étonnant. Elle peut compromettre  les chances de la candidate socialiste. Ségolène Royal risque en effet, si elle est qualifiée pour le second tour, de manquer de la réserve de voix nécessaires pour battre son adversaire. Ce déplacement du centre de gravité de la population française vers la droite explique aussi qu’une frange de l’électorat socialiste envisage sans complexe de se reporter sur François Bayrou . Cette frange, prenant en compte les impératifs du marché et les contraintes de la mondialisation est aujourd’hui convaincue de la possibilité d’un mariage de la social démocratie avec la démocratie sociale. Enfin, cette droitisation du corps électoral permet de comprendre comment des idées défendues jadis par la seule extrême droite se sont à ce point banalisées dans le corps social que Nicolas Sarkozy peut les reprendre à son compte afin de capter les voix du F.N. sans pour autant encourir  les foudres de son électorat.

                                                         

     Mais le trait le trait le plus marquant de cette campagne électorale reste toutefois la formidable défiance des électeurs à l’encontre des équipes qui ont été aux affaires durant les dernières décennies et leur   forte aspiration au changement.

 

 

    Les Français ont le sentiment d’avoir  été trompés par des dirigeants qui n’ont pas tenu leurs promesses et n’ont pas répondu à leurs attentes. Les candidats ont perçu cet état de l’opinion. Tous ont fait de la rupture l’axe de leur campagne. Ce fut le premier mot d’ordre de la campagne de Nicolas Sarkozy. Ségolène Royal, par son style, son propos et sa féminité s’est voulue l’incarnation même de cette rupture. C’est en jouant sur ce registre qu’elle a conquis l’opinion  et, du même coup, l’investiture de son parti. François Bayrou a certes bénéficié du doute que suscite à gauche l’aptitude à gouverner  de la candidate socialiste. Il a profité, dans une moindre mesure de l’inquiétude que nourrit à droite la personnalité de Nicolas Sarkozy   Mais le succès du candidat centriste tient d’abord à sa volonté de transgresser la bipolarisation classique du paysage politique français. Quant à Jean-Marie Le Pen ,  il demeure l’expression la plus brutale mais aussi la plus vaine de cette dissidence électorale puisque ses chances d’être élu demeurent nulles.

     Or, on constate que l’évolution des intentions de vote, au cours de ces derniers mois, a été liée pour bonne part à la capacité des quatre grands candidats à traduire cette dissidence ou, à l’inverse, à leur difficulté à rompre avec tout ce qui incarne la continuité : appareils politiques ou action gouvernementale passée.

     Ségolène Royal a marqué des points chaque fois lorsqu’elle s’est affranchie du parti socialiste. Elle a donné le sentiment d’être à la peine  chaque fois qu’ elle renoue avec les éléphants. François Bayrou a fondé sa percée sur sa capacité à bousculer les frontières partisanes. Il a plafonné quand il a banalisé son projet en voulant crédibiliser sa capacité à gouverner. Nicolas Sarkozy a triomphé en célébrant la rupture Il a marqué le pas en s’inscrivant néanmoins dans la continuité. Il a retrouvé ses  couleurs en mariant de manière provocante  identité nationale et immigration ! Après avoir un temps cultivé une notabilisation rassurante, Jean-Marie Le Pen   renoue depuis dimanche  avec un discours provocateur dans l’espoir  de retrouver son rang de troisième voire de deuxième homme de la campagne.

      Doute, droitisation et dissidence du corps électoral ne permettent pas de prévoir l’issue incertaine de la  compétition. Mais ces trois clés permettent peut-être de mieux comprendre le cours d’une campagne au terme de laquelle nous arrivons.

 

 

 

 

 

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Hichem Guerfali / 3C Etudes 04/05/2007 23:38

Bonsoir, monsieur Seguillon, bonsoir tout le monde.

Je voulais préciser que nos enquêtes sont réalisées aurprès de français habitant en France métropolitaine et non expatriés en Tunisie. Sinon, bien sûr ça n'aurait eu aucune représentativité.

Hichem Guerfali / 3C Etudes 04/05/2007 23:35

Communiqué 3C Etudes. Royal plus appréciée chez les décidés, majoritaires. Sarkozy encore plus apprécié chez les hésitants. Intention de vote au 2 mai de 50,3% pour Sarkozy et 49,7% pour Royal. 8% d’hésitants, 32% d’indécis. Débat pouvant déplacer l’avis de 17% des votants.

 





 



3C Etudes a réalisé les 1er et 2 mai 2007 un sondage auprès d'un échantillon représentatif de la population française de 1000 personnes âgées de 18 ans et plus, interrogées à leur domicile

en France

métropolitaine. Méthode des quotas (sexe, âge, PCS) après stratification par région et catégorie d'agglomération. Ce sondage donne des intentions de vote au deuxième tour des présidentielles 2007 qui se présentent comme suit, Ségolène Royal 49,7%, Nicolas Sarkozy 50,3%. Par ailleurs, 8% des personnes interrogées étaient hésitantes et 32% indécises. 42% des Hésitants et des Indécis soit 17% des votants validés affirment pouvoir changer d'avis suite au débat du 2 mai entre les deux candidats. Conclusion : en date du 2 mai 2007 avant le débat, léger avantage pour Sarkozy à 50,3%, mais compte tenu de la marge d'erreur, les jeux sont encore ouverts. Le taux d'indécis, à 32% reste très élevé. 17% des votants affirment qu'ils peuvent changer d'avis en fonction du débat. Tout porte à croire que le Débat jouera un rôle décisif. Si une partie de ceux qui affirment qu'ils peuvent changer d'avis le font, ces changements se faisant inévitablement d'un camp à l'autre, et certainement dans les deux sens, et si la résultante de ces croisements est égale ne serait-ce qu'à 1 ou 2%, vu la configuration actuelle des deux candidats, cela risque de peser très lourd dans la balance ! Une analyse plus détaillé montre que Ségolène Royal est loin devant chez les personnes décidées avec un taux de 57%, contre 43% pour M. Sarkozy, ceux-ci représentant les 60% de l’électorat pris en compte. Nicolas Sarkozy recueille les faveurs d’une majorité encore plus écrasante des voix hésitantes avec un taux de 61% contre 39% pour Mme Royal, le taux des hésitants étant de 8%. Au final, notre redressement étant basé sur l’hypothèse que les indécis devraient se répartir de la même manière que les hésitants, c’est M. Sarkozy qui l’emporterait d’une courte longueur grâce au vote des hésitants et des indécis. Plus de détails, données brutes, méthode de redressement, interprétation et limites d'interprétation, en particulier marges d'erreur, sur le site web : www.3cetudes.fr3C Etudes précise par ailleurs, qu’à cause d’un planning trop chargé, l’institut n’a pas réalisé d’autre sondage relatif au deuxième tour, chose fort regrettable. Cela aurait pu contribuer à l’analyse des mouvements d’après débat et contribuer à mieux estimer les scores des deux candidats au deuxième tour.

 



3C Etudes est un institut de sondages tunisien opérant depuis 5 ans exclusivement ou presque sur le marché français. Il a rempli les conditions et a obtenu l'aval de la commission française des sondages pour réaliser des enquêtes relatives au premier et au second tour des présidentielles 2007.

Alex 22/04/2007 16:49

Pour Mekil: Même si l'institut de sondage est tunisien, rien n'indique que les sondés sont des fançais expatriés en Tunisie.

Mekil 20/04/2007 23:30

A 3cetudes, les sondages d'expatries ne sont pas representatifs de la population metropolitaine, loin de là.

Pour les avoir cotoyes par mes parents en Afrique, je peux vous dire qu'ils sont loin de connaitre les veritables considerations des français non expats.

Souvent embauches pas de grandes multinationales et de categorie moyennes sups, on ne peut pas dire que le panel du sondage soit representatif de la population française dans sa globalite, desole!!

palloporo 20/04/2007 19:42

Trois clefs, trois caractéristiques et deux facteurs attirent votre attention sur le déroulement de cette campagne électorale présidentielle qui provoquent l'incertitude du vote et le défiance de l'électorat. Après avoir lu et relu votre analyse, j'en retiens une simple phrase qu'à mes yeux peut résumer à elle seule l'incértitude qui règne dans l'opinion.Et l'opinion c'est nous! tous le citoyens français. Nous voulons tout, et nous ne voulons rien concéder. La France est un Pays riche et chacun veut sa part. La France est un Pays tellement riche qu'Il est au bord de la faillite. Par la faute de tous les Gouvernements depuis 1974. Depuis donc 33 ans. Donc pour revenir à votre phrase, vous dites: "Cette élection Présidentielle marque un changement d'époque, de style et de générations". Cette phrase amène une réflexion en trois points.  1)-  Depuis 1974 avec l'élection de M. VGE cela fait 33 ans ((pourquoi depuis 1974? parce que tous les commentaires nous parlent que depuis 25 ou 30 ans, etc) que les mêmes politiques se succèdent et se remplacent à la tête de l'Etat et du Gouvernement. L'on constate ainsi que les Socialistes on présidé pendant 14 années; que le RPR puis l'UMP ont présidé pendant 12 années; que l'UDF a présidé pendant 7 années.  2)-  Depuis 1974 nous avons eu 15 années de Gouvernement Socialiste; 12 années de Gouvernement RPR-UMP; 6 années de Gouvernement UDF(années en chiffre arrondi).Tous ces Gouvernements ont un point commun: "Celui d'avoir permis le NON restect des lois par une grande majorité de français sous le faut principe de la tolérance et de fauts prétextes de coutumes venus d'ailleus".La Loi c'est la Loi et la même pour tous. Point. Tous ces Politiques qui ont occupé le paysage politique pendant 40 ans, ont du mal à admettre qu'il est temps de laisser la place à d'autres générations. J'irais plus loin dans mon analyse, il faudrait une loi limitant à 70 ans tout mandat politique.  3)-  La question essentielle: Les changements d'époque, de style et de générations. Dans les changements de générations il ne faut pas comprendre qu'il faut changer tous les politiques qui ont participés à des instances gouvernementales. C'est ce qui prônent certains mal pensants à propos de Mme Royal et de M. Sarkozy. Ces deux Personnalités Politiques ont fait, chacun à sa façon, la rupture! Chacun à sa façon a imposé et réussis son OPA sur l'establishment. Ces deux Personnalités ont lancé, sans vraiment le vouloir, le processus de la bipolarisation politique à laquel nul ne pourra échapper. Que l'on le veuille ou pas. Tous les autres discours ne sont que des histoire de "blablaïstes" cherchant à se faire "une place au soleil, sur une plage politique". Ces discours dénonçant "l'incapacité de l'Une", ou encore "l'épouvantail de l'Autre", sont relatés par des catégories socio-professionnelles corporatives, craignat surtout la remise en cause des régimes speciaux et de leurs acquis (au temps des vaches grasses) Cela n'a rien à voir avec le mécontentement ou la défiance de l'électorat. En cette fin de semaine il est déconseillé à "tout citoyen sensible" de lire tout journal, quel qu'il soit, n'étant pas sérieux.