LE PRESIDENT ET SON DOUBLE

Publié le par blog-pl-seguillon

     

François Fillon ne cesse de le répéter : « l’Etat a deux têtes a vécu ». Il n’y a plus d’un côté l’Elysée, de l’autre Matignon. Il n’est plus de rive droite et de rive gauche, mais un seul fleuve !

     Le Premier ministre n’a sans doute pas tort, du moins en ces premières semaines du quinquennat. L’attelage qu’il forme avec le chef de l’Etat paraît satisfaire pleinement aux critères de la raison et illustrer cette présidentialisation « modérée » du régime qu’il appelait de ses vœux l’an passé dans un ouvrage intitulé « La France peut supporter la vérité ».

     Entre le président manager et son Premier ministre directeur général la complicité repose sur une remarquable complémentarité de rôles et de caractères. Les deux hommes se connaissent de très longue date. Ils se sont jaugés, opposés puis alliés.

     Le président est sur tous les fronts. Il parle, court, décide, corrige, parle à nouveau et n’a de cesse de mettre en scène le retour du politique et du volontarisme.

     Le Premier ministre, expérimenté, habile négociateur, met en œuvre des réformes qu’il travaillé, préparé depuis des mois au service de Nicolas Sarkozy et avec l’aide du meilleur cabinet de consultants.

     Il ne faut pourtant pas se faire illusion.

    Ce qui paraît aller de soi à l’heure de l’affichage flatteur des réformes et de l’état de grâce sans nuage ne sera plus aussi évident quand viendra le moment d’entrer dans le vif des réformes, celles-là même qui risquent d’être douloureuses : la suppression des régimes spéciaux de retraite, l’imposition d’un service minimum ou l’instauration d’une franchise sur les soins médicaux. Qu’en sera-t-il lorsque la dure logiques des comptes se rappellera au bon souvenir d’un Nicolas Sarkozy prompt à combler son électorat avec la  suppression des droits de succession, la réduction du bouclier fiscal à 50% ou la déduction fiscale des emprunts pour l’accession à la propriété ?

     Sous ses airs modestes d’enfant sage, François Fillon est un dur. C’est même, selon Nicolas Sarkozy qui y voyait une qualité « un méchant ». Preuve en est la manière dont le Premier ministre  n’hésite pas à régler ses comptes avec Jacques Chirac ou avec Jean-Pierre Raffarin dont il fut le ministre et dont il explique aujourd’hui qu’il n’était pas préparé à ce rôle et improvisa plus qu’il ne gouverna durant le temps qu'il fut à Matignon.

     Si les choses se durcissent, si l’opinion renâcle, alors renaîtra la tension entre les deux rives de la Seine. Alors Nicolas Sarkozy sera tenté de se moins exposer. Alors le Premier ministre retrouvera un rôle classique dans les institutions de la Veme République , celui de possible fusible.

     Aujourd’hui l’attelage est ce que l’on peut imaginer de plus raisonnable. Mais «  la raison ne voit que ce qu’elle produit d’après ses propres plans » et le réel pourrait bien le jour venu bousculer ce duo idyllique !

 

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Kate 05/06/2007 12:43

Les cartes ont bien été distribuées.

Cependant, le Président-qui-court-plus-vite-que-son-ombre (au propre comme au figuré) garde la main.  Le ton est donné.

"Gouverner c'est choisir", mais surtout, bien s'entourer.

 

 

ll 04/06/2007 16:04

comme dans tout management de projet, quand "ça plante", on cherche et on trouve toujours un coupable !!!

Christophe Menard 04/06/2007 12:15

Oui ce tandem fonctionne bien... Mais attention face à la montée des conflits et à la rentrée qui s'annonce chaude. Attention au revers de la médaille, avec les partenaires sociaux...

lucie 04/06/2007 09:09

Tandem Fillon / Sarkozy.

oui, c'est un tandem qui fonctionne bien, mais apparemment, cela fait un bon moment qu'ils travaillent ensemble et qu'ils se connaissent. ça aide beaucoup.

je ne puis m'empêcher de rappeler le conflit Chirac/Sarkozy. que n'a-t-on dit alors! c'était insensé... il n'y avait qu'à droite qu'on voyait ça, et j'en passe... oui, ça devait aussi tuer l'UMP pour les élections présidentielles, etc etc. en fait, il s'agissait d'un gros conflit de pouvoir. mécontentement...

maintenant nous avons un tandem qui marche : doute : ça ne va pas durer !

là, de quoi s'agit-il? d'une équipe qui s'est constituée avec une idée dominante : le management de leur projet. or,le management de projet, ça lie beaucoup. je l'ai vécu en entreprise. l'équipe sait qu'elle va rencontrer des difficultés, mais que c'est gagnable. des efforts, certes, mais inscrits dans un objectif.... cela donne des forces.

hier dimanche, j'ai manqué le début du grand jury avec Raffarin pour regarder un peu plus longtemps une autre émission : ripostes. et à voir les journalistes dans les 2 émissions, pourtant différentes, j'ai été frappée par le positionnement des journalistes. ils donnent l'impression d'être "largués" par le nouveau style, ou la nouvelle approche de ce gouvernement, ou peut-être par sa popularité. ce dernier point était développé dans ripostes quand "l'envoûtement" des français était évoqué... (traduction :les français ont tort, ils ne sont pas eux-mêmes puisqu'ils sont envoûtés, à part bien sûr les quelques invités qui dénonçaient cet envoûtement... un peu court comme raisonnement ). ce n'était pas vous, Mr Seguillon, ni LCI, mais c'est intéressant cette réaction. en ce qui me concerne, j'y vois un cri d'incompréhension!

c'est vrai que la stratégie de ce gouvernement ne facilite pas le travail des médias, notamment en ouvrant beaucoup de feux en même temps.... ce qui est, d'ailleurs une excellente stratégie!

dans ce nouveau paysage, j'aimerais bien voir se développer un nouveau style de questions aux invités. bien sûr que dans la façon d'évoquer les sondages et de poser sa question, Mr Aphatie était dans l'intox : sous couvert de poser sa question, il faisait ressentir son sentiment en filigrane. c'est un exemple. il est peut-être temps de sortir de cette passion des questions pièges...

il faut savoir ce que l'on veut.

je crois que nous sommes nombreux à penser, à travers tous les partis, que quand un pays comme la France en est là où nous en sommes, malgré toutes les cartes que nous avons en main, il faut arrêter de toute urgence de faire ce que nous avons toujours fait jusque là. car les mêmes causes produisent les mêmes effets. c'est ça le soutien à ce gouvernement. il y a si longtemps que nous discutaillons juste pour discutailler, parce que ça permet l'immobilisme, en utilisant les mêmes arguments éculés.

oui, il y aura des difficultés, oui, nous serons mécontents à tour de rôle, tant pis si nous bougeons enfin!

evelyne44 03/06/2007 22:15

La dualité président-premier ministre me semble importante. Le président fixe des objectifs, incarne des valeurs communes. Le premier ministre les traduit dans la pratique. Or, le fait de ne pas savoir traduire dans la pratique une idée ne signifie pas forcément qu'elle était mauvaise, mais peut être que les bons moyens n'ont pas été employés et qu'il faut chercher d'autres moyens mis en oeuvre par un autre homme (un autre premier ministre). En occupant le premier rôle à la place de son premier ministre, M. Sarkozy court le risque que l'échec soit un échec des idées et non de la méthode employée. Par exemple, on peut bien imaginer un conflit sur le problème de la réforme des retraites. Cette réforme est inévitable et nécessaire. En se mettant en première ligne, M. Sarkozy risque de transformer un rejet de la méthode pour parvenir à la réforme en un rejet de la réforme elle-même. Cette volonté de protagonisme de M. Sarkozy fait courir des risques non seulement à lui-même (après tout, ce serait son problème), mais surtout à certaines réformes néssaires aujourd'hui. Et c'est en cela que son attitude ne me semble pas très intelligente politiquement parlant. Comme le dit un auteur que vous semblez affectionner, dans l'histoire, il importe de bien dégager le substantiel du contingent...