Les sept leçons d'une présidentielle: 2.. LA DROITISATION DE LA SOCIETE FRANCAISE

Publié le par blog-pl-seguillon

 

 

 

 

 

          

  La campagne et l’élection présidentielle ont confirmé la droitisation de l’électorat. Encore faut-il s’entendre sur ce que l’on entend par droitisation.

            La société française n’échappe pas à une évolution démographique commune à de nombreux pays européens: le vieillissement de sa population. Ce phénomène a pour conséquence le développement logique  des réflexes de peur et de conservation. Mais ces réflexes sont amplifiés par la crainte que suscite la mondialisation. Si celle-ci est appréhendée comme une opportunité par une frange privilégiée de la population dont les activités sont articulées sur l’économie mondiale, elle est vécue par le plus grand nombre comme une menace et comme un facteur de désordre. Elle favorise  la prédominance des stratégies individuelles  sur les démarches collectives.  Le chacun pour soi l’emporte sur   la solidarité. Les antagonismes sont du même coup exacerbés. Les salariés sont las de « payer » pour les « assistés ». Les « honnêtes gens » vivent dans la hantise des « délinquants ». Le travailleur légal redoute le travailleur au noir. Les nationaux de souche regardent d’un mauvais œil les nationaux d’origine étrangère et ces derniers soupçonnent l’immigré régulier et dénoncent plus encore le clandestin !

            Face à ce qui est vécu comme un environnement désordonné, les citoyens demandent un retour à l’ordre. Face à l’évanescence de leurs repères, ils sont en manque d’identité et d’autorité. Contre les menaces externes et internes, ils réclament des protections. D’une classe politique jugée lointaine et technocrate, ils aimeraient qu’elle fût  plus attentive à leurs revendications catégorielles, voire individuelles.

            Cette évolution s’est traduite sans ambiguïté dans les urnes. La gauche radicale s’est réduite comme peau de chagrin. Le PCF n’est plus que l’ombre de lui-même. Les Verts sont inexistants. La tentative de José Bové s’est soldée par un piteux fiasco. Le Trotskistes ont trouvé une nouvelle star en la personne d’Olivier Besancenot. Mais, au total, leur poids électoral est inchangé. Une partie des électeurs du P.S. ont choisi François Bayrou le centriste. Et Nicolas Sarkozy a pu reprendre à son compte les préoccupations de la clientèle du Front national, voire parfois les idées de Jean-Marie Le Pen au point de tutoyer la ligne jaune sans pour autant susciter de réactions hostiles dans son propre camp.

              Au premier tour la gauche n’a réuni que 37% des suffrages des Français et, au second tour, la candidate socialiste a fait le plus mauvais score qu’ait jamais obtenu un socialiste devant un candidat de droite (53,1% ) depuis  le duel entre le général De Gaulle et François Mitterrand en 1965 ( 55, 2%).

              Cette droitisation n'est pas nouvelle. Elle commence au milieu des années 70. En 1981, la victoire de François Mitterrand n'a sans doute été possible que grâce à la trahison de Jacques Chirac à l'encontre du président sortant Valéryu Giscard d'Estaing.  Ce glissement à droite a pu être occulté et ignoré par la suite dès lors que chaque élection semblait entraîner l'alternance. Ce qui a fait dire aux politologues que les électeurs pratiquaient le zapping automatique. Les socialistes ont été trompés par leur éclatante victoire aux élections régionales de 2004 avec la captation de 21 régions sur 22. En réalité, il s'agissait moins d'une adhésion à la gauche que de la sanction d'un gouvernement qui avait supprimé les emplois aidés avec l'espoir illusoire de rapidement créer des emplois marchands et qui avait mis au tapis nombre de salariés. Certains ont voulu encore interpréter le succès du "non" au référendum sur le projet de Constitution européenne comme l'expression d'une radicalisation de la société française. Ce refus n'était en réalité que de la réaction de défense de diverses catégories qui vivaient l'Europe comme l'instrument de la mondialisation et de leur possible marginalisation. . De l'agriculteur, inquiet de voir disparaîtrepassant par le plombiers menacé par son  homologue polonais, beaucoup ont vu dans la ratification d'une Loi fondamentale européenne le risque  d'une insupportable concurrence. D'aucun ont abusivement confondu poujadisme et prurit révolutionnaire !

         

         

             

 

             

 

             

Publié dans blogpls

Commenter cet article

jean-marie wolff 06/06/2007 20:44

Monsieur Séguillon, je tiens à vous féliciter pour cette analyse exhaustive des leçons de  l'élection présidentielle. Si je m'exprime dans ce chapitre, c'est qu'il contient mon seul désaccord sur les sept sujets abordés. C'est dire combien je vous rejoins sur l'essentiel.

Vous indiquez que la droitisation a commencé au milieu des années 70 et que la victoire de la gauche n'a été possible que grâce à la trahison de Jacques Chirac. Je vous accorde que cette trahison a pu aider à la chose, mais elle n'a pas été déterminante.

Mon analyse est différente, et j'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer ici. La vie politique n'est pas déconnectée de la vie tout court; elle fonctionne par cycles.  58, 81, 2007 : c'est chaque fois le temps d'une génération.

"La victoire de la gauche est inéluctable", lançait F. Mitterrrand en 74; et il avait raison. Entre 1981 et 2002, la gauche a pu mettre en oeuvre un progressisme issu des idées de mai 68. Une vision lumineuse et angélique de l'homme, forcément rendu meilleur par la civilisation, lui servait de viatique.  A mesure qu'on s'éloignait du réel, la police de la pensée prenait, comme dans les pays de l'Est, le relais de la réalité.

Mais le 21 avril 2002, tout s'effondrait. La droite, celle en tous cas qui portait les valeurs de la droite, dépassait la gauche. Le canard progressiste à qui on venait de couper la tête, allait faire illusion jusqu'au 6 mai dernier. La find'un progressisme influencé par les idées communistes était alors programmée : ce serait les 10 et 17 juin 2007. Et on n'en parlerait plus pendant 25 ans.

Mais l'extrême-droite, elle, reste plus que jamais en embuscade, car ses idées, plébiscitées le 22 avril, ont le vent en poupe.

davidsestrunj 06/06/2007 16:22

Le résultat des urnes atteste, certes, d’une droitisation de l’électorat et partant, d’un ancrage politique durable à droite. Mais, au-delà, il témoigne de l’avènement d’une nouvelle ère culturelle. Nouvelle ère qui consacre une culture désinhibée de droite qui semble, subséquemment, sonner le glas d’une Gauche « Has been ».



 



Désinhibée parce qu’enfin affranchie d’une culpabilité judicieusement nourrie par la condescendance péremptoirement vertueuse d’une Gauche animée d’un atavisme idéologique suranné. De droite en ce que seul importe le résultat, fût-ce au prix de certaines contorsions avec des usages que commandent la dignité de la fonction présidentielle.



 



Et comment ne pas y voir une culture ? En effet, comment interpréter le silence absolu, des plus éloquents, des formations de la gauche de la Gauche et ce, dès le soir du 1er tour, sinon comme l’acceptation, ou à tout le moins la prise en compte incontournable, d’un rejet, d’autant plus authentique qu’il émane de son électorat traditionnel, d’une vision Absolue, Moralisante, quasi Christique selon les propres termes d’A. Finkielkraut, source inextinguible d’inefficacité dans un monde éminemment concurrentiel.

 

jpb 06/06/2007 14:47

On a changé d'époque. On accepte qu'une femme nulle se présente à un poste pour lequel elle n'a aucune compétence. On a plus peur de rien. Maintenant, on regarde vers le futur, l'innovation, la créativité, la jeunesse d'esprit. Paisiblement...

evelyne44 06/06/2007 14:40

Je ne sais pas si c'est la société française qui s'est droitisée ou si ce n'est pas plutôt la gauche qui s'est évaporée en donnant l'impression de ne pas avoir de réponses aux problèmes de la société française. Entre les non-réponses de gauche et les réponses de droite, le choix est assez vite vu. La position de François Bayrou proposait une alternative intéressante, mais il aurait dû fonder son MoDem bien avant les élections pour être vraiment crédible.J'ai l'impression qu'il a été lui-même surpris de son succès qu'il n'avait pas anticipé et qu'il ne s'était pas donné les moyens de concrétiser. Du coup, la société française est passée à droite peut-être plus par réalisme que du fait d'une tendance lourde, parce qu'elle n'avait pas vraiment d'autre possibilité.