Les sept leçons d'une présidentielle: 4. LA BATAILLE DES IDEES A EU LIEU A DROITE

Publié le par blog-pl-seguillon

            4. La droite a gagné la bataille des idées.

 

 

            Nicolas Sarkozy a entrepris et mené la bataille des idées. Il l'a fait minutieusement et de longue date. La gauche a cru pouvoir s'en dispenser en comptant sur un rejet d'une droite usée par cinq années d'exercice du pouvoir puis en misant sur une diabolisation du candidat de l'UMP.

            Nicolas Sarkozy en est lui-même convenu. La bataille des idées est essentielle. Il a fait sienne la thèse de l'écrivain et théoricien politique italien Antonio Gramsci : « le pouvoir se gagne par les idées ». Il a analysé les mutations de la société françaises et n'a pas hésité avec François Fillon à faire appel à un célèbre cabinet de consultants ( le Boston Consulting Group ) pour cerner  ces évolutions à partir d?échantillons représentatifs de l'opinion. C'est à partir des résultats de ce travail qu'il a dessiné un corpus idéologique  qu'il s'est ensuite attaché à faire passer dans les têtes. Conjuguant force de conviction et technique de marketing, Nicolas Sarkozy a labouré « casemate » par « casemate », selon l'expression du théoricien italien, catégorie sociale par catégorie sociale. Il a réussi ainsi à installer dans les esprits la nécessité d'une révolution non pas néo-libérale car il est trop pragmatique pour céder à la tentation doctrinaire mais plutôt néo-conservatrice, capable à la fois de séduire les acteurs et les laissés pour compte de la mondialisation. Aux uns, il a promis les réformes qui donneront à la France les moyens d'affronter la concurrence  internationale; aux autres, il a promis de ménager les protections qu?ils appellent.

      A sa manière, Nicolas Sarkozy a réalisé de la sorte une synthèse entre les trois droites chères à René Rémond  : une droite libérale attentive aux exigences du marché, une droite bonapartiste attachée au rôle de l'Etat et à l'autorité, une droite réactionnaire, celle du Front National dont il a capté les électeurs, ramenant à lui un électorat très populaire que l'on trouvait jadis dans l'orbite du R.P.R., du P.C.F. ou du P.S et qui avait immigré chez Jean- Marie Le Pen   ou qui s'était installé dans l'abstention. Le produit de cette synthèse est une droite étonnement décomplexée

      On compare parfois Nicolas Sarkozy à Bonaparte. La comparaison historique avec Napoléon III serait plus juste. Comme l'auteur de « L'extinction du paupérisme », Nicolas Sarkozy prétend concilier un libéralisme autoritaire avec un protectionnisme social. Il veut relever le défi de la mondialisation comme Napoléon III voulait  relever celui de l?industrialisation. Mais il prétend pouvoir pallier les effets sociaux néfastes de la globalisation comme Napoléon III prétendaient pallier les conséquences humaines douloureuses de la modernisation.

       Le PS, à l'inverse, n'a pas fait ce travail d'analyse. Il ne s'est pas préoccupé de repérer les changements du corps social. Il ne s'est pas interrogé sur les raisons profondes de son cuisant échec à l'élection présidentielle de  2002 . Il s'est contentée de l'attribuer commodément mais faussement à la multiplicité des candidatures de gauche accusées d'avoir empêché la qualification de Lionel Jospin pour le second tour.

       Les socialistes se sont rassurés à bon compte au lendemain d'élections régionales qui, en 2004, leur ont permis de conserver  ou de conquérir 21 régions sur 22. Cette victoire a été abusivement attribuée à une radicalisation de la société française alors qu'elle n'était que l'effet d'un mécontentement conjoncturel du à l'envolée du chômage et à l'immobilisme de Jacques Chirac. Le PS s' est surtout épuisé en luttes de pouvoir byzantines dont le référendum interne au parti sur le projet de constitution européenne a été l'un des épisodes les plus malheureux,   François Hollande s'ingéniant à brouiller les pistes afin de préserver son pouvoir.

       Le Parti socialiste  n'a pas rénové sa doctrine. Il n'a pas mené la bataille des idées. Son projet présidentielle s'est réduit à un inventaire de propositions sans réelle cohérence ni véritable originalité. 

       Les socialistes n'ont pas tranché le problème du leadership du parti ni, du même coup, celui de la candidature à l'élection  présidentielle. François Hollande n'a cessé d'attendre un adoubement de Lionel Jospin tandis que ce dernier  ne cessait  d'espérer que le Premier secrétaire l'inviterait à sortir de sa retraite.

       Enfin, les socialistes n'ont pas résolu le problème des alliances et se sont contentés de négociations d'autant plus difficiles avec leurs partenaires classiques les Verts et les Communistes que ces derniers étaient devenus quasiment inexistants.

        Le produit de cette triple incapacité s'est appelé Ségolène Royal ! Forte de son accession à la  présidence  de la région Poitou-Charentes , dotée d'une détermination farouche, ne doutant nullement de ses capacités, jouant de sa qualité de femme, la compagne de François Hollande a su saisir sa chance, profiter du vide et surfer sur des sondages d'opinion flatteurs pour réaliser une remarquable OPA sur le parti socialiste afin de conquérir l'investiture de ses camarades pour la présidentielle.

       Les socialistes se sont de la sorte retrouvés avec une candidate capable dans un premier temps de susciter l'intérêt voire l'engouement des médias, mais d'une candidate qui, en dépit de son courage et son inébranlable certitude de victoire, était sans doctrine, sans alliances, sans expérience et sans soutien.

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roger 12/06/2007 16:35

Bonjour,Les espaces d'expression démocratiques étant peu nombreux, je me permets de saisir le vôtre.Comment se fait-il que les grands médias n'aient pas parlé de l'état d'ébriété avancé de notre Président lors de la conférence de presse faisant suite à sa réunion avec V. Poutine lors de la réunion du G8 ?C'est me semble-t-il un fait politique important ! Lors du débat avec Mme Royal (pour laquelle je n'ai d'ailleurs pas voté), il critiquait son manque de sang froid... Mais si lui est "bourré", c'est pire !En tout cas, je m'interroge sur notre fonctionnement démocratique. Quelle presse avons-nous ?Avec mes remerciementsRoger

jpb 06/06/2007 23:50

Une noullitude parfaite.

evelyne44 06/06/2007 20:48

Vous n'avez pas osé mentionner le surnom dont Victor Hugo accablait Napoléon III ?

davidsestrunj 06/06/2007 17:38



La victoire de M. Sarkozy n'est effectivement pas le fruit du hasard. Elle procède d'une construction de longue haleine savamment pensée, certes en termes politiques, mais également culturels.



 



Politiques parce que, et vous l'avez parfaitement souligné, la bataille n'avait de chance d'aboutir favorablement qu'emmenée par les idées. Idées à la portée d’autant plus forte et partant, vectrice d'adhésion, qu’elles étaient clairement définies et parfaitement assumées.



 



Culturels parce que la victoire était subordonnée à la « désinhibition » de la droite. Or, M. Sarkozy a su l’orchestrer. Elle seule, en effet, était habile à affranchir la droite d’une culpabilité judicieusement nourrie par la condescendance péremptoirement vertueuse d’une Gauche animée d’un atavisme idéologique suranné. Atavisme aujourd’hui consacré, sonnant par là-même le glas d’une Gauche en voie d’obsolescence.

 

ll 06/06/2007 16:32

Tout est résumé dans la dernière phrase de votre analyse