SARKOZY EN CAMPAGNE

Publié le par blog-pl-seguillon

 

 

  

  Nicolas Sarkozy est-il encore en campagne bien qu’élu… et très bien élu ? Serait-il déjà en campagne bien que cinq années le séparent encore de la prochaine présidentielle ? A l’entendre  hier soir à Strasbourg conter,  devant un parterre de 2000 personnes, la manière dont il venait de sauver l’Europe, on peut légitimement se poser la question.

    Le ton du discours, les thèmes développés, la posture adoptée, tout dans le propos présidentiel rappelait les meetings du premier trimestre 2007.

    L’emphase patriotique, le lyrisme social, les références historiques abondantes, les innombrables citations de prestigieux auteurs attestaient la permanence stylistique de la plume d’ Henri Guaino , l’homme qui a ciselé les mots de la campagne présidentielle.

    Nicolas Sarkozy , comme s’il craignait encore que l’élection n’eût pas suffi à convaincre les électeurs, alors même qu’il est dans l’ère du faire et non plus dans celle du verbe, n’a eu de cesse de répéter, telle une antienne inlassablement martelée, « j’ai dit ce que je ferai et je ferai ce que j’ai dit » !

    A Strasbourg, à l’instar de tous les grands meetings électoraux, le chef de l’ Etat a largement cultivé la veine manichéenne, celle-là même qui lui permet à la fois de se justifier et de se glorifier. Il y a ainsi l’avant Sarkozy et l’après Sarkozy. Avant, une France qui se morfond et s’assoupit ; après une France qui retrouve fierté, son énergie et goût de l’effort et du travail. Avant, une Europe technocratique, paralysée et qui n’est vécue que comme un réseau de contraintes ; après, une Europe qui recouvre une volonté politique et qui redevient un destin assumé en commun.  

    L’Europe est désormais « sauvée », s’est écrié  hier soir Nicolas Sarkozy à l’adresse d’un public national dont il attendait qu’il comprenne que, nouveau président, il en était le sauveur comme il l’est de notre propre nation en péril. L’Europe, hier soir, telle que décrite par le  chef de l’Etat, des allures de satellite tournant autour de la planète France à moins que ce ne soit autour d’un soleil dénommé Sarkozy !

    Là est la vertu en même temps que le défaut de Nicolas Sarkozy  : sa formidable énergie permet de soulever des montages. C’est sa grande qualité. Mais. Son insatiable tempérament le pousse à l’excès. Là est son principal péché.

    Pour dire les choses crûment. Il finit toujours par trop en faire !

    Prenons donc le cas de l’Europe.

    Nul ne peut nier que Nicolas Sarkozy a eu l’intelligence de proposer à ses partenaires une formule institutionnelle simplifiée susceptible d’être un compromis entre ceux qui avaient  ratifié la constitution européenne et ceux qui l’on refusée ou s’en sont méfié.

    Personne ne peut contester non plus que Nicolas Sarkozy a largement contribué à débloquer une Europe qui était paralysée par cette affaire institutionnelle et qu’il a joué un rôle majeur dans la recherche d’un consensus, notamment avec les plus réticents comme les Polonais. Le grand mérite du nouveau chef de l’Etat est à l’évidence d’avoir ramené la France à la table de l’Europe et d’avoir aidé cette Europe à retrouver un vouloir et un sens politique.

    En revanche, la captation un peu incongru  de ce succès ne laisse guère de place à une Angela Merkel dont la présidence de l’Union européenne a été décisive. De même, l’interprétation de cette victoire est un peu abusive. Tous les obstacles à la mise en œuvre d’un nouveau traité européen sont loin d’être levés. Il faut encore qu’une conférence intergouvernementale parvienne à traduire juridiquement cette volonté politique commune. Ce n’est pas écrit. Il faudra ensuite que chaque pays ratifie le nouveau texte. Ce n’est pas donné. Il conviendra enfin que Nicolas Sarkozy , dans son propre pays, recueille l’adhésion des trois cinquième du congrès ( députés et sénateurs confondus ) ce qui n’est pas évident. Le chef de l’Etat , au regard de la situation économique de la France est par ailleurs mal placé pour critiquer les disciplines monétaires et budgétaires européennes quand les plus prospères de nos voisins en sont respectueux. Quant au discours sur les frontières de l’Europe, Nicolas Sarkozy ne peut ignorer que son attitude sur la Turquie ne fait point l’unanimité chez nos partenaires.

   Sur l’Europe comme sur d’autres sujets, Nicolas Sarkozy présente une  étonnante ambivalence. Dans l’action, il a l’énergie et la promptitude de  Bonaparte. Dans le discours, il conserve ou déjà adopte les accents de Tartarin !

 

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palloporo 05/07/2007 22:03

M. JLS. Votre analyse sur "les campagnes électorales et faits de M. Sarkozy" est très philosophique. Assez bien ficelée pour en faire une thèse de doctorat. Le commentateur qui voudrait vous concurrencer la première place debvrait "se lever de bonne heure". Tout ceci n'étant pas de mon domaine, je me limiterai dans de simples observations. Votre question: Nicolas Sarkozy est-il encore en campagne? Réponse: peut être! V.Q.: N. S. serait-il déjà en campagne pour le prochain quinquennat? R: Il faut toujour rafraîchir la mémoire à ceux qui ont la manie de l'oubli facile. Q. et R: Le "nègre" Guaino est à M. Sarkozy ce que fut le "nègre Fabius à M. Mitterrand. VQ: N. S. ne cesse de marteler inlassablement "j'ai dit ce que je ferai et je ferai ce que j'ai dit". R: M. Sarkozy doit sans cesse répéter "son credo" surtout pour les mal entendant et les incomptéhensifs. VQ: A Strarsbourg le Chef de l'Etat a largement cultivé la veine manichéenne. R: citez-moi un seul Politique qui ne cultive pas la veine manechéenne. Pour l'Europe il a fait ce qu'il a pu!, et assurément plus que ses deux prédécesseurs. Son attitude sur la Turquie montre sa force de caractère, et tant pis pour ceux qui ne sont pas d'accord!, ils pourront toujours "fabriquer" un sous-continent Euro-Asiatique. Vous dites: il a l'action et l'énergie à la Napoléon, mais ses discours ont l'accent Tartarin.  On (je) connaît Napoléon, mais c'est qui Tartarin? Et enfin, pour terminer sur les campagnes électorales passées, je pense que l'on peut en tirer trois enseignements: 1- Que les anti-libéraux croient, bient que non-croyants, toujours au Père Noël de 1917.  2- Que les Verts, sans un véritable chef à leur tête, et à la limite de l'explosion, ont trouvé le "concensus stabilisateur" en la personne de l'allemand M. Conh-Bendit. 3- Que l'obstination antisarkozyste du PS, par la voix de M. Hollande et de son nouveau sbire M. Dosière, nous prédit le prochain quinquennat pour M. Sarkozy; et qui sait?, l'autre d'après aussi. Pour ce faire il suffit à M. Sarkozy de "tenir" les 2/3 des promesses de son credo durant ce quenquennat, et le tour est joué! Et poua conclure ce chapitre des élections, je dirais: Que MM. Hollande et Bayrou ont été dépassés par les événements; que le PC, grâce au PS obtient la moitié des sièges des plus qu'avec une proportionnelle intégrale; que pour les autres c'est déjà du passé.

Mick Mada 05/07/2007 11:47

Monsieur Séguillon, Donc pour vous, Nicolas Sarkozy a des accents de Tartarin ... A votre âge, seriez-vous toujours en recherche de bons mots pour faire poiler vos collèges de bureau ?

lucie 04/07/2007 13:58

je crois surtout que la grille de lecture des journalistes est perturbée par ces nouveaux fonctionnements. pour être très franche, je pense qu'elle aussi aura besoin d'une "refondation", pour utiliser un mot à la mode, assez rapidement.

c'est un fonctionnement d'entreprise, et il faut vite s'y faire pour commenter autrement.

dans les entreprises qui marchent bien,et je ne parle pas des gros monstres d'entreprises, le Président donne le tempo, le Directeur Général reprend les idées du Président et a la charge ( très lourde) de les mettre en application au mieux pour l' entreprise et les salariés. le tout est ponctué des " grands raouts" où le Président s'exprime pour faire le point, définir le cap et les objectifs de chaque Business Unit ( ou départements). oui, il y a lors de ces raouts des grandes envolées, et même de l'animation pour faire rire et détendre tout le monde...

c'est à cela que nous assistons actuellement et les questions répétées des journalistes sur le rôle ou le confort de Fillon sont hors cadre. un DG n'a même pas à se poser de questions sur son rôle et son utilité : son temps de travail et l'importance de ses tâches répondent pour  lui. mais par contre, le jeu journalistique est facilement lisible... bien que décalé.

tant que le Président aura la capacité de transmettre son énorme énergie, il  rassurera et sera  cru . de la même façon qu'un chef d'entreprise qui tire son entreprise et fait rêver ses salariés réussit. cela rend aussi les critiques décalées inaudibles pour beaucoup, car ce n'est plus le sujet.

evelyne44 04/07/2007 08:47

Le problème, c'est qu'on n'est plus en campagne. Il faut que les discours cèdent la place aux actes, aux vrais actes, pas aux reculades. Le temps des beaux discours est fini.

1°/ Sur l'université. Comment peut-on penser s'en sortir sans un minimum de sélection soit à l'entrée, soit après un semestre de propédeutique ? C'est criminel et anti-économique de laisser les étudiants se masser dans des filières qui ne leur apporteront aucun débouché. Les seules filières universitaires sont celles qui sélectionnent déjà ( IEP, GEA, MST...) Mais le gouvernement a peur de M. Julliard....

2°/ Sur l'euro. Plutôt que se lamenter sur son cours, il faudrait tenir compte du fait que le pétrole étant évalué en dollards, étant donné sa hausse, avec un euro bas, nous serions au tapis depuis un moment. Et que je sache, l'euro est aussi haut pour l'Irlande ou l'Allemagne qui s'en sortent beauoup mieux que nous. Il faudrait peu-être être capable de se remettre un peu en question sans accuser l'euro. Mais quand on laisse filer la dette (2,5 au lieu des 1,8 prévus) c'est plus facile d'accuser l'euro...

 

evelyne44 04/07/2007 08:38

Il faudrait désormais que les discours cèdent la place aux actes, aux vrais, pas au demi-actes.

1°/ Sur l'université, coment peut-on penser s'en sortir sans un minimum de sélection soit en première année soit après une première année de "propédeutique" ? C'est inutile de leurrer les étudiants en les laissant se masser dans des filères qui n'offrent aucun débouché alors que de toutes façons, seule une minorité d'étudiants parviennent à finir leur licence. Les seules filières universitaires qui marchent bien sont celles qui sélectionnent déjà à l'entrée (IEP, GEA, MST...) Maisd