HYPERTROPHIE DU VERBE PRESIDENTIEL

Publié le par blog-pl-seguillon

    Parler d’une «  présidentialisation » inédite  de la vie politique française relève donc du contresens. Ce jugement erroné ne peut s’expliquer  que par une confusion regrettable entre l’évidente inflation de la parole présidentielle et un accroissement des pouvoirs du chef de l’Etat qui est aujourd’hui dénué de tout fondement.

    La nouveauté n’est pas la présidentialisation du régime  mais l’ hyper médiatisation du président.

    Nicolas Sarkozy s’exprime de manière quasi quotidienne. La parole présidentielle colonise du même coup les antennes et envahit les colonnes de la presse écrite. Le chef de l’Etat est partout. Tout est pour lui occasion de s’exprimer. Il parle sans discontinuer. Jacques Pilhan, qui conseilla tour à tour François Mitterrand puis Jacques Chirac ,  préconisait la rareté de la parole présidentielle comme condition de  son impact. Nicolas Sarkozy est, à l’inverse, le champion de l’abondance verbale. A peine élu, le nouveau président s’est exprimé longuement dans le 20h. de TF1, a abordé tous les sujets et décrit ce que serait son action pour les mois à venir. Quelques jours avant que son  Premier ministre ne prononce un discours de politique générale devant les députés,  Nicolas Sarkozy lui a volé la vedette et a exposé par le menu aux   cadres et aux élus de l’UMP  ce que serait  cette politique.

     Depuis, les conférences de presse présidentielles se multiplient à Paris, Berlin, Bruxelles Alger ou Toulouse./ On ne compte plus les discours annoncés comme devant faire date : l’économie, devant le Medef, l’école devant les maîtres, la politique étrangère devant les ambassadeurs… bientôt l’Etat devant les fonctionnaires et le social devant les journalistes spécialisés. Mais   tout est occasion d’un message à destination des Français, de l’inauguration du tramway marseillais à la mort d’un gendarme, du traité européen simplifié à la nouvelle gouvernance d’EADS. La parole présidentielle ne connaît ni répit ni repos. Elle est incessante. Elle est insistante. Elle est omniprésente. Elle envahit tout l’espace public.  Le chef de l’Etat promet  de rompre avec la tradition  éculée de l’interview compassée du 14 juillet et de faire silence ce jour de fête nationale. Mais il ne peut résister à l’attrait des micros et parle davantage encore à cette occasion que ne le faisait son prédécesseur :  le matin, place de la Concorde, au terme du défilé militaire , pour rappeler aux citoyens le sens de cette  manifestation, symbole de sécurité, de paix et d’unité européenne; à midi, face aux invités de la garden-party pour célébrer la fête et rendre hommage aux handicapés  et aux « enfants qui souffrent »  ou,  dans les salons de l’Elysée, pour défendre et soutenir la Garde des Sceaux ; le soir, au pied de la Tour Eiffel , à l’occasion du  concert de Michel Polnareff,  pour célébrer la France et son énergie retrouvée.

 

    Cette parole sarkozienne permanente, obsédante se veut action politique, tout à la fois énergie contagieuse, impulsion, pédagogie, auto justification,  mais aussi  mystification.

    Elle mobilise et  entraîne. Nul ne contestera qu’elle a donné aux Français le sentiment d’avoir, en quelques semaines, changé d’époque. Elle a contribué à donner confiance aux milieux économiques, du moins provisoirement. Sa force de conviction à eu raison des réticences de certains de nos partenaires européens à admettre l’idée d’un traité simplifié.

 

    Cette parole explique. L’opinion a le sentiment de mieux comprendre les enjeux et les défis de la mondialisation.

    Mais cette parole  enjolive aussi, voire trompe son monde à dessein, incantatoire plus que décisionnelle, électorale plus qu’exécutive.  Elle occulte le déficit inexorable qu’entraînera la mise en œuvre du paquet fiscal. Elle donne à croire que nos partenaires de l’euro groupe ont accepté que notre pays tarde revenir à l’équilibre budgétaire. Ce qui est faux. Elle laisse croire que tout le mérite de la libération des médecins et infirmières détenus en Libye revient au président et à son épouse. Ce qui est inexacte. Le discours sarkozien  habille en succès l’accord  franco-allemand sur EADS. Or, ce compromis consacre l’appropriation de fait par l’Allemagne de l’industrie aéronautique, d’espace et de défense européenne.

    Par la seule puissance de son verbe, Dieu, selon Saint Thomas , crée le réel ! Par la seule force de sa parole, Nicolas Sarkozy semble vouloir  modifier la réalité et, à l’occasion,  la travestir.

 

     La France n’est pas menacée par un excès de présidentialisation. Elle est guettée par une hypertrophie du verbe présidentiel !

 

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BERNIS 17/09/2007 18:55

moi je dirais tout simplement que la gauche na pas de reforme ou de proposition alors ils disent que sarko est partout , et a linverce ils disaient que chirac ne fait rien faire un peu  vous faite trop etre a l ecart comme chirac sur la fin de son mandat ils disaient il ne fait rien donc ilfaut qu ils disent quelques soit les cas une remarque, alors laisser dirent .

Mekil 16/09/2007 16:21

Cela ne tient qu'a vous PLS, et a l'ensemble des medias en general a effectuer une censure de certains discours ou deplacements de notre President.

Je suis heureux a a vrai dire de voir que sur les chaînes publiques ce genre de comportements est déjà bien installé avec parfois juste une annonce du présentateur du déplacement sans aucuns reportages...car suivre le Président à tous les enterrements de gendarmes et/ou chez toutes les personnes ayant perdu un proche cela agace gravement...on dirait jouer a "Ou est charly? sans rire!

Mais bon De carolis etant sur la sellette...cela ne risque pas de durer helas..

J'aimerai vous voir aussi avec vos confrères se pencher sur les talents oratoires de notre President miserables...ces discours sont lus de A à Z....il ne sait pas ce qu'il dit, lit presque la ponctuation : les autres De Villepin, Raffarin voir Chirac faisait parfois des fautes de syntaxe, mais eux au moins vivez leurs discours...je prefere encore a ce moment là voir Gueant ou Guainot a la tribune que l'on sache qui nous dirige vraiment, non???

jean-francois 15/09/2007 20:50

cela commence à m'agacer un petit peu ce genre de critique!

il n'y a pas six mois, on se plaignait que l'on ne voyait le président que pendant les grandes occasions, maintenant on le voit (un peu trop certe) mais on le voit et cela ne va pas encore. peut etre que si l'opposition arretait ces critiques permanentes en supposant qu'il y a un dictateur au pouvoir, peut etre que les choses seraient différentes, mais bon on a l'opposition que l'on mérite.

jean 15/09/2007 15:43

Chere ll, On s'est je pense mal compris. Mr Sarkozy est du "pain benit" pour les journalistes. La phrase: "Mr Sarkosy est du pain benit" vient d'ailleurs de la directrice de la chaine info i-info en personne... En effet, Mr Sarkozy est une veritable source d'inspiration pour nos braves journalistes . Qui plus est, chaque interventon de Mr Sarkozy fait exploser les scores d'audience, ce nest pas Mr PLS qui me contredira.. C'est d'autant plus important que nous sommes aujourdhui a l'epoque des chaines infos en continue qui peuvent tres vite devenir tres lassantes, et bourreuses de crane! Donc quel le secret de ces chaines info pour durer et entretenir leur audience? D'une part, il faut mettre un top model comme presentatrice du journal (avouons que les presentatrices de LCI et de i-info ont un "certain" charme et ont des decolletes plutot avantageux.. Certes on ne va pas s'en plaindre, n'est-ce pas Mr PLS.... Et d'autre part, il faut mettre bien en valeur les haussements d'epaules permanents de Mr sarkozy, ses mouvements secs de bras, le comptage avec les doigts des mesures prises en commencant toujours par le pouce (tactique de communication tres chere a Mr sarkozy mais qui est loin d'etre innovante...) des discours patriotiques pleins d'emmotion ..., des evocations regulieres aux memes personnages historiques consideres comme de veritables mascottes de campagne (cf Guy Moquet): ceci nest guere nouveau: Jeanne d'Arc avait ete reprise par Mr Le Pen . L'emmotion est en effet devenu l' arme politique de Mr sarkozy. Les discours de Mr le president au cours de la campagne sont vraiment tres interessants a analyser. Mr Sarko commence toujours ses discours par un grand eloge de la France, rappelant les grands exploits de nos ancetres, nos meilleurs moments historiques... et puis, une fois l'attention et l'emmotion des personnes l'ecoutant conquises, il glisse habilement une mesure (celle des retraites par exemple).... et hop cest passe en douceur ... et puis il recommence sur la grandeur de la France: eloge a Jaures, eloge a de gaule, a Jules ferry.. et hop, une autre mesure, sur la reduction du nombre d'enseignants, bing...... Nous Francais sommes devenus de veritables moutons de panurge... Notre seul espoir: nos enseignants, qui eux ont suffisamment d'education, de connaissainces generales pour apprendre a nos jeunes a savoir reflechir par eux meme et avoir du jugement, de l'esprit critique, et du recul. Quand un chef d'etat se mele directement des programmes d'eduction, cela devient tres inquietant: quelle est veritablement l'interet de la lecture de la lettre de Guy Moquet, si ce n'est suciter l'emoi de nos jeunes et donc modeler leur cerveau??? Pauvre Guy, lui qui esperait dans sa lettre que sa mort servirait a quelque chose.. J'espere qu'elle ne servira pas a embrigader les jeunes de France....

antoine 15/09/2007 12:23

C'est une des grandes critiques de la gauche en général et de François Hollande en particulier. Et c'est une critique vraiment très con.

Rappelons quand même que il y a même pas 3 ans François Hollande critiquait le silence elyséen et disait que le véritable responsable des échecs gouvernementaux n'était pas le gouvernement mais le président de la République. Voilà maintenant qu'il s'inquiète de la responsabilité réélle des ministres. Il y a à peine 5 mois il critiquait le fait que Sarkozy n'assume pas d'être le sortant. Voilà qu'il lui reproche maintenant de vouloir tout assumer.

Il faudrait expliquer à M. Hollande que ce n'est pas en faisant des remarques aussi cons que l'on est crédible. Que Sarkozy embellisse la réalité est critiquable mais lui reprocher d'être omniprésent est lamentable. Par pitié changez de disque.