Sarkozy an II

Publié le par blog-pl-seguillon

      La conférence de presse du chef de l’Etat devant quelques 600 journalistes a été et sera bien sûr largement commentée dans la presse.

     Je me permets néanmoins de vous livrer quelques impressions personnelles.

     Cette prestation fait incontestablement événement. Elle donne un coup d’envoi à l’année politique autrement dynamique que ne l’aurait été une reprise de la cérémonie  traditionnelle des  vœux à la presse à laquelle sacrifiaient les prédécesseurs de Nicolas Sarkozy à l’Elysée.

     Formellement, cette  prestation de plus de deux heures a été réussie. Le chef de l’Etat excelle dans ce genre d’exercice. Il a le verbe vif et clair. Il est à l’aise, il ne manque ni d’humour ni de répondant. Il use surtout, tant dans le discours que dans ses réponses aux questions  des journalistes, d’une dialectique conduite en trois temps : avant moi, rien, n’a été fait, rien sinon « des décennies de réformes différées, de réformes manquées, de réformes manquées ». Avec moi tout va changer. Que ne dirait-on pas si, élu pour le changement, je ne changeais pas ! Cette dialectique est efficace. C’est celle dont usait Nicolas Sarkozy durant sa campagne présidentielle. Elle a un inconvénient. Répétitive, elle donne le sentiment que Nicolas Sarkozy parle encore comme le candidat à la présidence plus que comme le président en exercice. Le chef de l’ Etat a ainsi dressé un large inventaire de toutes les réformes qu’il entendait mener durant l’année 2008 – institutions, Ecole, Hôpital, Urbanisme, audiovisuel, Etat… il n’a pas dit un mot du bilan qu’il faisait de ses neuf premiers mois à l’Elysée.

    Nicolas Sarkozy s’est efforcé de donner une cohérence et une perspective à l’ensemble de son action en usant d’une clef empruntée à Edgar Morin  : « la politique de civilisation », manière de remettre l’homme au cœur de la politique en s’efforçant de concilier respect de l’identité et nécessité de la modernité. La clef est astucieuse. Elle est parfois pertinente. Citée plus de cinquante fois, elle finit  néanmoins par sembler  artificielle au point d’apparaître alors comme une simple habileté.

    Le président a contourné l’impossibilité d’accroître dès à présent de pouvoir d’achat des Français en proposant pour tout le moins de mieux le répartir. Nicolas Sarkozy s’est imprudemment déclaré durant sa campagne comme le « candidat du pouvoir d’achat ». Imprudemment, parce que la fonction présidentielle offre peu de leviers pour jouer sur le pouvoir d’achat hormis l’augmentation du Salaire minimum et celle des pensions des fonctionnaires. Imprudemment encore,  parce qu’il ignorait ce que serait les circonstances économiques. Aujourd’hui, la stagnation de la croissance et l’état désastreux des finances publiques n’offrent aucune marge de manœuvre au chef de l’Etat. Faute donc de pouvoir  d’un coup de baguette magique accroître aujourd’hui le pouvoir d’achat des Français, Nicolas Sarkozy  promet de le mieux répartir à travers une meilleur répartition des fruits du succès des entreprises entre actionnaires et salariés, d’aller plus loin en matière de participation et d’intéressement. Toute la question est de savoir s’il parviendra à donner réalité à ce qui est , depuis des décennies, le serpent de mer des gouvernements de droite.

     Proposer de nouveaux critères et de nouveaux instruments de mesure pour apprécier la croissance par delà les statistiques traditionnelles pourrait bien relever du subterfuge pour gonfler artificiellement le PNB et, du même coup, relativiser les déficits et la dette publique. Ce nouveau mode de calcul peut faire illusion auprès des citoyens. Il ne trompera nullement en revanche la Commission de Bruxelles et nos partenaires européens.

     Je note aussi  que si le chef de l’ Etat a su répondre avec humour, sobriété et sincérité  sur sa liaison « sérieuse » avec Carla Bruni, il ne s’est guère montré convainquant dans la démonstration du bien fondé de l’usage de ses riches amitiés pour organiser ses week end.

     Au total, le journaliste ne peut manquer d’être impressionné par la prestation du chef de l’Etat, par son talent, par la vélocité de son verbe, par son habileté d’avocat, par son énergie. Mais, une fois éteints les projecteurs, le même ne peut non plus manquer de se demander  raisonnablement ce qui  reste, dans ces propos,  de très concret et de très précis, du moins quant aux sujets économiques et sociaux sur lesquels le président était particulièrement attendu .  

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jose 13/01/2008 20:20

Soyons serieux, notre président est loin d'etre un as de la parole, il n'a rien d'un Luther King, d'un leader, meme Chavez fait beaucoup mieux.

On ne rassure pas un peuple en se présentant aux bras d'une michtonneuse.

Le peuple réclame un homme, un vrai, qui en a.

olivier 12/01/2008 15:13

Certes Jeff mais les calanques grecques c'est un peu trop loin à mon gout... et c'est une facon de passer les échecs sous silence...

jeff de Burlats 11/01/2008 19:40

Pour répondre à Olivier

Qui a dit que la politique en général et les mesures sur le pouvoir d'achat, mais au-delà sur la relance d'une économie française bloquée en particulier, sont d'effet immédiat? C'est ce que veut faire croire, à des fins électoralistes, le PS qui n'a d'autre cheval de bataille que l'appropriation d'un slogan anti Sarkozy.

A trop vivre au rythme des médias, où l'immédiat et le sensationnel priment sur le fond et l'essentiel, les français d'une société du tout matériel et consommation en ont oublié les rythmes cardiaques d'un pays, d'une économie, d'une république, dont le pouls est de moins en moins perceptible.

olivier 11/01/2008 16:00

Que les autres partis sont éteints c'est un fait, que les réformes soit bonnes c'est un mirage... L'amour ne rends pas que M. SARKOSY aveugle ...

Quant aux résultats, que ceux qui en voient me précise concrètement ou ils se trouvent et comment ils se concrétisent pour eux.

jobin 11/01/2008 12:49

Conférence de presse : SARKOSY FLAMBOYANT que dire des journalistes ? Je ne voudrais pas employer le mot "Minables " alors je vais dire "Eteints ", ce n'est pas mieux ...Pour une fois la vision d'un chef d'Etat est claire , qui peut s'en plaindre ? ah oui ! ceux qui ne peuvent plus suivre et ils sont si nombreux dans des partis eux aussi éteints . Les beaux jours sont devant ,en sept mois il y a eu déja tellement de bonnes réformes , 2008 ce sera mieux encore ...