Le président et son double

Publié le par blog-pl-seguillon

Les trois ouvrages consacrés à Cécilia Sarkozy sortent en librairie cette semaine (1). Les éditeurs espèrent des ventes confortables. Les magazines s’en saisissent pour en publier les bonnes feuilles. Le microcosme s’agite. L’Elysée est agacé. Les journalistes en parlent sans pour autant s’étendre plus que de mesure  de peur qu’il leur soit reproché de verser dans le sensationnel au détriment des questions de fonds. La justice s’en mêle, saisie par l’ancienne épouse du président qui tente de faire interdire l’un des ouvrages, à la vérité le plus « croustillant », celui-là même qui rapporte les propos cruels qu’elle a tenus à l’encontre du chef de l’Etat.

 

 

 

L’événement oblige à une triple réflexion sur l’éthique de la presse, sur l’écriture journalistique et sur la transparence dans l’exercice du pouvoir.

 

 

 

Les propos de Cécilia,  rapportés par Anne Bitton dans son ouvrage, ne sont pas des mots volés. Ils ont été recueillis par l’auteur, carnet et stylo en main, avec l’aval de l’intéressée et en toute connaissance de cause. Très proche de l’ancienne épouse du chef de l’Etat, la journaliste n’a jamais fait mystère de ses intentions éditoriales. Bien plus, il semblerait qu’elle ait eu le sentiment, en écrivant cet ouvrage, de défendre d’une certaine manière l’honneur de son amie.

Quoi qu’il en soit, tout personnage public se confiant à un journaliste ne peut ignorer que ses propos nourriront articles ou livres sauf à demander clairement et expressément au journaliste de n’en rien faire. Même dans ce cas, il peut arriver que cette interdiction soit enfreinte, ce qui n’est pas évidemment pas à l’honneur du journaliste mais qui démontre le caractère tout relatif du off. Nous ne sommes pas dans ce cas de figure avec l’ouvrage d’Anne Bitton qui n’a violé aucun interdit. La réaction de Cécilia Sarkozy ne fait d’ailleurs que confirmer l’inconstance et les contradictions que relèvent chez elle les trois auteurs. De ce point de vue, il n’y a donc pas de manquement à l’éthique de la presse.

 

 

 

Certains s’interrogerons sur l’intérêt qu’il y a à enquêter sur l’ancienne épouse du chef de l’Etat et à lui consacrer un ouvrage. Ils souligneront que le ressort est mercantile. Le glauque comme le glamour se vendent mieux  que le sérieux et l’austère. Sans doute. Ce n’est pas hasard si les grands hebdomadaires, de l’Express au Point et de Gala à Paris Match ont consacré tant de unes aux aventures conjugales du chef de l’Etat. Mais si tel est le cas c’est bien parce que jadis le candidat et aujourd’hui le président  mélangent à plaisir vie publique et vie privée n’hésitant pas à mettre en scène la seconde afin  qu’elle contribue au succès de la première.

 

 

 

Ceci nous renvoie à une troisième réflexion en forme d’interrogation. La transparence à tout crin célébrée et cultivée par le chef de l’Etat ne contribue-t-elle pas à décrédibiliser et à rabaisser la fonction présidentielle ? Certes, les mœurs ont évolués. Certes, des tabous ont été levés. Depuis le livre de Philippe Alexandre levant le voile sur Mazarine, la fille de François Mitterrand , les journalistes ne s’interdisent plus d’évoquer les aspects privés de la vie des leaders politiques pour autant qu’ils ont une influence sur la sphère publique. Certes, les mœurs ont évolué. Divorces, familles recomposées, remariages sont le lot de bon nombre de nos contemporains. L’on n’attend plus, depuis que Michel Rocard a lui-même annoncé son divorce, qu’un candidat potentiel à la présidence de la République ou qu’un président incarne, au risque de l’hypocrisie, l’archétype du couple bourgeois. Mais à vouloir tout dire, à vouloir tout montrer, à sans cesse s’exposer, à se surexposer, à s’exhiber sous l’œil impudique des caméras, le président ne finit-il pas par banaliser la fonction qu’il est censé exercer ? Le bruit médiatique fait autour de Cécilia, aujourd’hui remplacée par Carla, n’est que l’écho différé des frasques, amours et  ruptures de ce  président copain qui,  levant le masque de la fonction, ne nous laisse rien ignorer de ses affaires de cœur et de sexes, celles-là même que vit tout un chacun, parfois pour le meilleur, parfois pour le pire.

Seulement, dès lors qu’il n’y a  plus de distance entre le personnage présidentiel et la personne Sarkozy , dès lors que cet étalage privé ruine toute symbolique, dès lors qu’il n’y a plus de transcendance du rôle titre par rapport au titulaire, la fonction présidentielle ne risque-t-elle pas d’être décrédibilisée et folklorisée ?  C’est alors  la politique  qui perd respectabilité  et autorité pour devenir «  le tout-à-l’ego d’un pays en proie aux tyrannies de l’audimat, de l’émotif et de l’intime » (2).  

Le président Sarkozy célèbre la modernité de la transparence et le citoyen ne voit plus qu’un drôle de Nicolas personnage tout droit sorti du vieux théâtre de Feydeau !

 

 

 

  1. « Cécilia » Anne Bitton. Editions Flammarion 180 pp. – « Cécilia, la face cachée de l’ex première dame » Denis Demonpion et Laurent Léger. Editions Pygmalion 302 pp. – « Ruptures » Michel Darmon et Yves Derai. Editions du Moment 177 pp.

    2    « L’obsénité démocratique » Régis Debray . Editions Flammarion 89 pp.

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BERNIS 15/01/2008 19:30

de qui ce moque t on mitterand chirac giscard il a ete elue pour un programme alors joyyons et apres on veras parce que les commentaires gauchistes ça vas . ilne faut pas oublier qud holland et segolene n etais plus ensemble pendant les elections mais ils faisaient comme çi et cecillia est partis a new york avec sont amant et elle n etais pas encore divorcer alors les commentaires gauchistes gardezles pour vous reconstruire dans peut etre les 30 annees qui vienneset je ne suis pas sur puisse que votre interets ses de regarder a droite .

Carole 15/01/2008 13:42

Carle et Sarko ? Lamentable. Il y a des valeurs qu'un président se doit de respecter. Or, ici...... Je ne comprends pas les réactions des journalistes, exemple Christophe Barbier, qui défendent Carla. Etre ami, oui, mais au moins, on se tait.

Philippe 15/01/2008 00:53

Tiens, c'est amusant personne n'a remarqué que vous avez parlé de Clara et non de CARLA. !!! A moins que vous connaissiez aussi une Clara dans la vie du Président ?

jose 13/01/2008 19:56

Merci Anna Bitton, merci Cécilia. Je me suis précipité pour acheter ce livre que j'ai lu en moins d'une journée.

 Ravi de constater que notre président n'est qu'un bof, un parvenu.

gasper 12/01/2008 21:36

je suis assez impressionnée par la qualité des commentaires, particulierement :

"dérives... d'un système politico-médiatique qui, plutôt que de se tourner vers les public et les électeurs pour faire oeuvre d'informations "essentielles" et de pédagogie, ne propose plus qu'un face à face où l'un tient l'autre par la barbichette et le premier qui dégainera.... " de Jeff de Burlats. parfaite illustration de ce face à face vain melé de fascination et mépris.

ainsi que celui d'Evelyne: "Disserter sur la fonction présidentielle, c'est très bien, mais le gros problème ce n'est pas que Sarkozy incarne bien ou non la fonction présidentielle c'est que les premiers résultats de sa politique sont lamentables. (...) Pour moi, Sarkozy pourrait bien se promener en bermuda avec un entonnoir sur la tête, s'il était efficace et compétent dans sa gestion du pays. Hélas, il n'est ni l'un ni l'autre, mais pour le bermuda, il n'y a qu'à attendre, ça ne saurait tarder... "  qu'ajouter à cela??...remarquez,  il reste bien de string vert fluo de Borat...