Le président, la mémoire et l'enfant

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            En apprenant que Nicolas Sarkozy , lors de son intervention devant les convives du dîner annuel organisé par le Conseil représentatives des Institutions juives de France ( le CRIF) avait annoncé soin souhait de voir confier à chaque élève de CM2la mémoire de l’un des 11000 enfants français  victimes de la Shoah à la rentrée, ma première réaction a été positive. Maintenir vivant, au fil des générations, le souvenir de la Shoah afin que nul n’oublie et que ne se reproduise pas l’horreur est une intention louable. L’on n’est jamais asses vigilant avec la menace de l’antisémitisme. Je suis – si l’on me permet cette confidence, de ces parents qui ont fait lire à leurs enfants ou plus exactement qui ont lu avec eux, très jeunes l’ouvrage de Martin Gray  « Au nom de tous les miens » pour leur expliquer, pour en parler avec eux, pour qu’ils sachent, pour qu’ils se souviennent.

            Et pourtant, après réflexion, l’initiative présidentielle paraît déraisonnable à plus d’un titre.

           

            La pédagogie du souvenir ne saurait ressortir d’un décret, tout particulièrement lorsqu’il s’agit d’enfants. Elle appartient aux parents et aux enseignants, pas au législateur !

Imposer à de jeunes enfants, par décision présidentielle, de porter le lourd fardeau d’un mort est une aberration psychologique. Le risque en est soit l’indifférence dommageable, soit un traumatisme difficilement supportable pour un esprit qui n’est pas encore à maturité.

            Quel effet produira une telle mesure prise d’autorité chez de petits français d’origine maghrébines qui dans leur cités ghetto , sont enclins à s’identifier aux jeunes Palestiniens de Gaza  luttant contre « l’occupant » israélien ?

            Comment expliquer à l’enfant qu’on lui impose de prendre en charge la tragédie vécue par un jeune juif il y a un demi siècle plutôt que celle que connaissent ou qu’ont connue   de jeunes Palestiniens, Rwandais, Congolais ou Soudanais ?

            Comment éviter que cette annonce faite dans le cadre d’un dîner organisé par les institutions juives de France, à trois semaines d’élections municipales, n’apparaisse comme un coup politique d’autant plus maladroit que, dans le même discours, risquant la confusion entre la communauté juive et la politique de l’Etat d’Israël, Nicolas Sarkozy a annoncé un prochain voyage dans l’Etat hébreu et "un  grand discours devant la Knesset » ?

            Tout cela m’incline à penser que cette initiative est malheureuse, dangereuse et hasardeuse.

            Malheureuse,  parce qu’elle paraît ignorer le caractère morbide que risque d’avoir pour la psychologie d'un jeune enfant un tel décret.

            Dangereuse, parce qu’elle pourrait bien avoir un effet contre productif sur certaine population et réveiller l’antisémitisme qu’elle prétend combattre.

            Hasardeuse, parce qu’en dépit de la sincérité supposée de son auteur, elle a tout l’allure d’une mauvaise astuce électorale.

 

 

 

           Mais c’est là un sujet délicat sur lequel j’aimerais beaucoup avoir votre sentiment.

 

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MORICE Hervé 17/02/2008 12:41

Trop ou trop peu

Sans nier en rien l'horreur et le caractère singulier de

la Shoah

, je ressens un sentiment d'overdose devant le matraquage auquel nous sommes soumis sur ce sujet, qui est sans doute un de ceux les plus connus et médiatisés de notre histoire récente. Il ne me parait pas indispensable ou prioritaire d'en " remettre une louche" à ce titre, sauf à prendre le risque d'arriver au résultat inverse de l'objectif annoncé. Je passe sur les autres interrogations de type pédo-psychologique qu'appelle cette initiative, tout a été dit à ce sujet.



En tout état de cause, l'éducation est la tâche des parents , pas celle de l' Etat, qui est lui en charge de l' Instruction Publique ( relisons Jules Ferry) . Les politiques ( ou plutôt, les démissions et lâchetés ) publiques depuis un demi-siècle ont une large part de responsabilité dans la déstructuration des réseaux familiaux de transmission des valeurs et dans le brouillage relativiste de ces valeurs. Si l' Etat veut s'attaquer à ce problème, qu'il s'intéresse d'abord à ses causes , qui le concernent effectivement , et pas à ses effets , dont il evient aux parents de s'occuper.  M SARKOZY avait annoncé qu'il voulait mettre un terme à la repentance compulsive que nous avons subie sous M CHIRAC . S'il souhaite persister dans une voie différente, je lui suggère que le souvenir des enfants innocents assassinés par la folie des hommes avec la responsabilité active ou passive de citoyens français soit élargi entre autres ( inutile de remonter à la Commune, aux colonnes infernales de

la Révolution

ou à la traite négrière…)- au titre de l'histoire récente, aux innombrables victimes des régimes communistes , nombre de français ayant été ou étant encore aujourd'hui , intellectuellement voire physiquement, complices de ces horreurs- au titre des massacres pratiqués aujourd'hui dans notre propre pays, aux plus de six millions d'enfants avortés( plus de 200 000 par an, 600 par jour, 25 par heure....) assassinés en France dans le ventre de leur mère depuis les 30 ans de mise en oeuvre de la loi Veil et de ses avatars ( nombre de ces victimes sont d'ailleurs les amis que les enfants n'auront jamais auprès d'eux en classe ou sur leurs terrains de jeu, qui donc y pense et qui le leur dira ?)-au titre des massacres , souvent à caractère explicitement raciste, en cours aujourd'hui dans le monde, aux enfants du Darfour , du Tchad, du Congo, du Laos, d’ Irak, de Birmanie ou de Somalie ( la liste n'est pas close ...) que la communauté internationale dont

la France

, impuissante, indifférente ou complice, laisse assassiner sous ses yeux au nom de la realpolitik. Sur ces deux derniers points, l’honneur des adultes et notamment des gouvernants me paraît être plus de prendre ses responsabilités pour faire cesser aujourd'hui les massacres qui se déroulent sous leurs yeux qu'à attendre deux générations pour s'en décharger sur des enfants qui ne portent évidemment aucune responsabilité à ce titre. 

 

evelyne44 16/02/2008 20:40

Cher Alceste, "une meilleure distribution primaire des revenus" : c'est là je crois que git le problème. Redistribuer les revenus s'avère plutôt contreproductif. Depuis quelques jours, le Partito Democratico italien, conduit par W. Veltroni a mis à son programme justement une réduction drastique de la pression fiscale. Je pense que ce sont plutôt les biens socaix de base (éducation, santé) qu'il faut distribuer le plus également et limiter au maximum la redistribution sous forme d'allocations qui est économiquement délétère. Les thèses dAlesina et Giavazzi me semblent pertinantes. Le seul reproche que je leur ferai, c'est leur manque de sensibilité écologique car c'est une dimension qu'aujourd'hui on ne peut plus négliger. Rocard, c'est quelqu'un que j'aime bien. Je pense que c'est un grand dommage qu'il n'ait pas eu plus de succès politique, comme Delors d'ailleurs. Ce sont des gens qui auraient pu mettre la gauche sur la bonne voie. C'est d'ailleurs le gros reproche que je ferais à Bayrou, même si aujourd'hui, c'est aussi quelqu'un que j'apprécie : d'avoir refusé la main tendue par Delors. On pouvait éviter l'immobilisme chiraquien et la grotesque tragi-comédie sarkozyste. Hélas, on ne refait pas l'histoire et il semble qu'il ne reste qu'à la contempler avec tristesse en se demandant pourquoi nous sommes tombés si bas.

Claude 16/02/2008 18:28

Béa,

L'extrait que je vous donne avec son lien correspond au programme officiel de CM2 révisé sous l'autorité de Jack Lang ministre socialiste de Lionel Jospin premier ministre pas moins socialiste. Ce programme a été pris tel quel par ses successeurs dont Luc Ferry.

Pour le détail de l'enseignement voir le bouquin de votre enfant.

Ne soyez pas naïve. Les enfants apprennent à l'école plus de choses que ce que bien des adultes ne l'imaginent.

Les points forts indiqués sont le strict copié/collé du programme officiel pour la période du XX° siècle.

Je vois mal un instituteur ne pas enseigner le programme qui lui est imposé. Je les sais généralement équilibrés et parler de ces sujets nécessite sans doute un certain équilibre nerveux pour en parler calmement et poliment.

Je ne suis pas partie prenante de ce programme. Le fait de le citer n'implique pas que je sois pour ou contre. Voir dans mon premier commentaire et dans ma réponse à Antoine ce que je pense de la mémoire collective concernant les holocaustes.

Même si cela représente un gros effort essayez d'être courtoise.

Claude 16/02/2008 17:49

Antoine,

Vous ne me lisez pas bien. Je suis un des seuls à avoir dit ici que je ne savais pas malgré mon expérience des enfants. Ce que je dis :

1 - La shoa est déjà enseignée en CM2.Tous les intervenants semblent l'ignorer et madame Veil que j'aime beaucoup aussi.

2 - Je pense que l'oubli est préférable. Je ne pense pas que trop de mémoire soit profitable à ceux qui se souviennent ni à ceux qui veulent oublier. J'ai donné l'exemple connu  des serbes qui ont trop de mémoire.  Ma mère s'appelle Judith L. et elle préfère oublier.

Accessoirement, les instituteurs (professeurs des écoles) ont d'autres missions que de savoir quoi enseigner. Savoir comment enseigner est déjà beaucoup et ça, c'est leur rôle.

Salutations.

Claude 16/02/2008 17:28

Bonjour Evelyne,

Telos est une excellent lecture. Il faut lire l'article en question en sachant que ses auteurs ne sont pas français, ils sont italiens. Lorsqu'il parlent de socialisme il parlent de socialisme européen. Vu de l'Europe les socialistes français sont, sur bien des sujets, plus proches des communistes que des autres socialistes. Ils ont souvent un positionnement assez proche du positionnement des communistes italiens.

La gauche libérale imaginée par Francesco Giavazzi et Alberto Alesina n'est pas possible en France. La place est déjà prise par... la droite libérale.  ;o}))

N'avez vous pas remarqué que ce qu'ils disent de Alitalia ressemble à peu de choses près à ce que l'on pouvait dire d'Air France il y a peu. Depuis la privatisation d'Air France cette compagnie qui était moribonde (ce qui a rendu possible sa privatisation avant faillite) est devenue la première compagnie au monde (même si elle ne réussit pas à s'imposer dans la future compagnie américaine, pour des raisons de loi américaine, et qui ne sera première que momentanément). Ses pilotes, ses navigants et les personnels au sol ne gagnent pas moins qu'avant et sont "mieux dans leurs baskets". Air France a créé des emplois et pour eux, plus de marché n'a pas voulu dire plus d'injustice au contraire.

Il n'y a plus un seul économiste non militant qui pense différemment. Il n'y a guère plus que des gens comme Liem Hoang Ngoc, inspirateur de S. Royal, qui osent encore plaider pour l'impossible. Et lui, en disant des sottises plus grosses que lui, il a toujours l'air de prendre les gens pour des idiots ce qu'ils ne sont généralement pas.

Dans un marché pauvre, les riches, même mal, tirent toujours leur épingle du jeu. Dans un marché riche même les pauvres s'en sortent à condition de travailler et ceux qui ne peuvent pas travailler peuvent être mieux pris en charge.

Il est assez comique de voir les socialiste français chercher désespérément des solutions expérimentales nouvelles alors qu'ils ont déjà essayé tout ce qui ne pouvait pas marcher et qu'il ne reste que les solutions connues, qui font leurs preuves depuis toujours et qui donnent de bons résultats partout où elles sont remises en oeuvre. Les pas malins reprochent au retour aux anciennes solutions de tourner le dos à l'innovation. L'innovation ne consiste pas à changer pour moins bien mais à changer pour mieux.

L'économie de marché est vieille comme le monde mais est difficilement acceptable par ceux qui veulent moins de travail plus de richesses et plus de loisirs parce qu'on leur a fait croire que le travail n'existerait bientôt plus (même Roccard, pourtant pas bête, à cru à cette théorie fumeuse de Jeremy Rifkin dont il a préfacé l'édition française). Les mêmes croient encore que les services aux personnes remplaceront nos industries délocalisables alors qu'à l'évidence, en dehors de la santé, les services aux personnes correspondent à des petits boulots. Comment s'en étonner quand l'Education Nationale dans sa définition d'un produit dans ses programmes de technologie de 6e ne cite que les services aux personnes et oublie tout les autres services et surtout la vente d'intelligence (ingeenering). L'idéologie de la gauche française y a encore frappé. Au sein de l'Education Nationale, il fallait s'y attendre c'est la minorité qui la dirige.

Bonne fin de journée,Cordialement,Claude