Mare nostrum: retour sur le compromis de Hanovre

Publié le par blog-pl-seguillon

      Je reviens sur l’idée d’une Union des pays riverains de la Méditerranée. Certains commentaires semblent avoir en effet interprété à tort l’analyse précédente que j’ai faite du compromis franco allemand comme une critique sans appel du projet initial conçu par le chef de l’Etat.

 

      Constatons d’abord que le projet de cette union  est ancien dans l’esprit de Nicolas Sarkozy. Il l’avait  évoqué lors de sa campagne électorale, précisé à l’occasion du discours prononcé le 27 août dans le cadre  de la Conférence des ambassadeurs et l’avait  longuement développé à Tanger lors de sa visite officielle au Maroc en octobre dernier.

 

     Notons ensuite que l’idée est séduisante et le projet ambitieux. Une Union méditerranéenne, qui se voudrait fédératrice sans exception de tous les pays riverains du bassin méditerranéen, s’inscrirait pleinement dans la logique de rupture avec un dialogue Nord-Sud inégalitaire. Elle rééquilibrerait vers le Sud une Union européenne qui tend aujourd’hui, en raison  du poids de l’ Allemagne réunifiée, à se redéployer vers le Nord et vers l’Est autour d’un axe Berlin-Vienne. « En tournant le dos à la Méditerranée, estime Nicolas Sarkozy , l’Europe se couperait non seulement de ses sources intellectuelles, morales, spirituelles, mais également de son futur, car c’est en Méditerranée que l’Europe gagnera sa prospérité. » L’union Méditerranéenne contribuerait, par delà les rives de Méditerranée, à ancrer l’Afrique à l’Europe dans un rapport d’association. « C’est à travers la Méditerranée, a souligné encore le président de la République, que l’Europe et l’Afrique s’uniront. » Un tel projet offrirait enfin à la France  l’occasion de jouer un premier rôle européen auquel il aspire.

    Le Chef de l’ Etat a imaginé l’édification de cette union sur un mode progressif et autour de projets concrets  à la manière dont l’Union européenne s’est elle-même construite au cours du demi-siècle passé. De même que les pays européens on bâti leur union à travers la Communauté européenne du charbon et de l’acier, l’Euratom ou la Politique Agricole commune, les nations riveraines de la Méditerranée  pourraient se fédérer autour des dossiers de la pollution, de l’énergie, des transports ou de la recherche. Tous ont intérêt à une urgente dépollution de leur mer commune, à une maîtrise partagée de la navigation ou à un approvisionnement énergétique garanti. De même pourraient être lancés des projets de co-développement à géométrie variable.

 

     Les membres de L’union européenne ont néanmoins considéré avec scepticisme, voire avec réticence, ce projet d’union conçu sans concertation préalable avec nos partenaires.  L’Allemagne a d’abord observé un mutisme désapprobateur vis-à-vis d’un projet dont elle craignait  qu’il ne vienne concurrencer le partenariat euro-méditerranéen, dit processus de Barcelone   parce que lancé lors de la Conférence de Barcelone en novembre 1995 et qui regroupe  les 25 Etats membres de l’Union Européenne et 10 Etats du Sud et de l’Est de la Méditerranée. Angela Merkel a ensuite exigé que l’ensemble des Etats membres de l’Union européenne soient impliqués dans le projet puis que cette Union ne soit qu’une « revitalisation du processus de Barcelone ». De son côté, la Commission européenne , prudente, a  fait savoir à Paris que ce projet n’aurait d’intérêt que s’il apportait une plus value aux dispositifs déjà existants.

     Au Sud, le projet d’Union Méditerranéenne a été fraîchement accueilli par les pays du Maghreb. Seul, l’ancien Premier ministre algérien Mouloud Hamrouche a déclaré soutenir cette idée jusqu’à y voir une possibilité pour son pays de sortir de l’impasse dans laquelle il se trouve aujourd’hui.  Au Maroc, les milieux proches du Palais ont soupçonné Nicolas Sarkozy de ne lancer cette idée que pour offrir à la Turquie un substitut à une adhésion à l’Union européenne qu’il récuse par ailleurs. Les autres pays arabes du pourtour méditerranéen ont fait  preuve quant à eux d’une indifférence polie.

 

     L’idée d’une  Union méditerranéenne paraît en effet fort  présomptueuse au regard de la réalité géopolitique. Les rives de la Méditerranée sont le lieu de nombreux conflits et affrontements endémiques.

 

     Voilà un demi-siècle que l’Etat d’Israël est vécu par les pays arabes et, plus particulièrement, par ses voisins immédiats comme une enclave occidentale néocoloniale. Voilà plus de trente ans que le Maroc et l’Algérie s’affrontent sur le dossier du Sahara occidental. L’union entre l’Egypte et la Syrie échoua jadis au bout de quatre ans et celle entre la Libye et la Tunisie ne dura que quelques heures !

 

 

     La proposition du président français, après le compromis de Hanovre avec Angela Merkel  ne diffère plus guère  du processus de Barcelone . Le président de la République a d’ailleurs décidé de revoir l’organisation de la rencontre inaugurale prévue le 13 juillet prochain à Paris.     L’union méditerranéenne voulue par Nicolas Sarkozy ,  ciment d’une association équitable entre  l’Europe et  l’Afrique, relève donc encore, à bien des égards de l’utopie. Non pas qu’elle soit une chimère. Elle représente bien plutôt, au sens que Thomas More donnait à ce mot,  ce qui n’est pas ou pas encore mais qui élargit le champ des possibles et a pour vocation  de mobiliser les énergies. Ce qui est moins que réellement escompté. Ce qui est néanmoins au final un peu  plus que dispositif conçu à Barcelone.

 

 

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bouzid 09/03/2008 19:12

Je voudrais juste apprendre à Mr PLS, que le premier discours sur l'union méditérraneenne de Mr Sarkozy a été prononcé en mars 2005 et j'étais présent, devant les étudiants de l'école Mohammedia d'ingénieurs à Rabat et où il a largement esquissé les prémisses d'une future Union Méditérranéenne et évoqué l'idée d'un "marché commun de la méditérranée".

Cela, j'espere, vous fera rectifier l'idée que vous voulez absolument faire passer NS comme un impulsif, hors entre mars 2005 à Rabat et février 2007 à Toulon où alors candidat à l'élection présidentielle,  il revient avec force et détermination dans un grand discours consacré à son projet, il s'est passé deux ans.  Vous oubliez aussi que le 6 mai 2007 au soir de son election, il lance un vibrant appel à tous les peuples de la Méditérranée à bâtir une union méditérranéenne et je cite " le temps est venu de bâtir ensemble une Union méditérranéenne qui sera un trait d'union entre l'Europe et l'Afrique..."

L'union méditérranéenne vue par N Sarkozy n'a pas vocation à se substituer au processus de Barcelone, inauguré en 1995 pour rapprocher les deux rives de la Méditérranée,  mais s'articulera autour. Et je le cite "Il ne s'agit pas d'un projet tout fait, clés en mains qui sera à prendre ou à laisser. L'idée est de faire cheminer ce projet pour que chacun des pays de la Méditérranée se l'approprie afin de faire avancer la réflexion".

Comme je l'ai dit dans un blog précédent, les craintes de l''Allemagne sont purement d'ordre économique. Car Mme Merkel ne pouvait dire comme vous le dites qu'elle a été surprise.

Jeff de Burlats 08/03/2008 17:50

Si j'en juge par les deux objectifs majeurs de la conférence de Barcelone: " - Partenariat politique et de sécurité: définir un espace commun de paix et de stabilité - Partenariat économique et financier: construire une zone de prospérité partagée", force est de constater un bilan plutôt mitigé.

En effet, l'importance reconnue de la Méditerannée, n'a pas permis de résoudre les conflits intra-africains, n'a pas empêché l'émergence du fondamentalisme islamiste et l'implantation et le renforcement de la branche maghrébine d'AlKaîda. Par ailleurs, les progrès sont plus que douteux sur la reconnaissance d'Israêl. Les relations économiques quant à elles se limitent à la bilatéralité de coopérations qui, il faut en convenir ont permis l'essor de pays comme la Tunisie, sans pour autant régler les problèmes des droits de l'homme.

Et malgré des forts potentiels en matière d'énergie et matières premières, la situations économique des pays riverains de la côte africaine reste préoccupante.

Je pense que la lettre et l'esprit d'une union pour la Méditerranée passe par une capilarité des relations partant du coeur géographique et historique vers les marches européennes et moyen-orientales. C'est la réalté des voisinages qui doit guider une politique plus globale. Ainsi, la France est en position d'initier avec ses partenaires méditerranéens une dynamique  politique à conjuguer ensuite aux dimension de l'UE.

Il me semble donc, que la démarche du Président Sarkozy, qui plaide depuis toujours pour des démarches concrètes attachées aux réalités humaines et historiques, s'inscrit dans l'esprit  d'une forme de "Réal-diplomatie", innovante peut-être, "interpelante", sûrement.

Alain 08/03/2008 14:30

Encore un effort PLS, votre autocritique n’est que partielle. Non seulement le projet de Nicolas Sarkozy n’est pas abandonné mais au contraire il sort désormais des limbes de l’Appel de Rome. L’Appel de Rome du 20 décembre 2007, Que Vous Voulez Toujours Ignorer, je vous rappelle qu’il s’est tenu en présence solennelle de Romano Prodi, José-Luis Zapatero, Nicolas Sarkozy et du président de la commission européenne José-Manuel Barroso. Il lançait officiellement « l’Union pour la Méditerranée » en association avec l’Union et sa Commission. () Pour quelle raison refusez-vous de commenter l’Appel de Rome ? Parce qu’il comprend en substance nombre des éléments constituant l’accord de Hanovre, et c’est l’œuvre du Chef de l’Etat ? () Pour quelle raison refusez-vous d’utiliser l’appellation consacrée lors de l’Appel de Rome et confirmé le 3 mars dernier dans la bouche même de Angela Merkel à savoir : « l’Union pour la Méditerranée » ? () Pour quelle raison refusez-vous d’admettre que depuis cet appel en présence du Président de la commission, José-Manuel Barroso, l’exécutif de l’Union est pleinement impliqué dans ce projet selon la volonté des autorités françaises, le Chef de l’Etat, Jean-Pierre Jouyet et Bernard Kouchner. () Pour quelle raison refusez-vous de prendre ce projet au sérieux alors que les allemands eux-mêmes lui donnent ses lettres de noblesse? Une utopie peut-être, en générale nos amis allemands ne se battent pas pour des chimères ! Lors de déclarations communes de Hanovre du 3 mars dernier, le tandem Franco-allemand nous confirmait les avancées significatives du contenu et de nombreux points de détails de ce projet cher à Nicolas Sarkozy. La bonne lecture est que le projet EuroMed, dit processus de Barcelone, ayant prouvé son inefficacité et surtout point capital incontournable, ABANDONNE PAR SES PROMOTEURS, CEUX DE L’APPEL DE ROME, va disparaitre au profit de ce nouvel objectif d’Union pour la Méditerranée. Alors naturellement négociation oblige, personne ne doit perdre la face, chacun use de sa propre dialectique.

Bea 08/03/2008 12:32

" il n'y aurait plus une seule mairie socialiste la semaine prochaine. ;o})))" ... quelle modestie! Cher Claude!

Vous pensez donc que vos discours pompeux ont un telle infliuence sur les gens?

Effectivement, vous etes drole!  

Claude 08/03/2008 01:08

Béa,

Je profite de ma retraite. Quand, en activité, vous ferez autant de choses que moi en retraite, alors vous serez une femme très active. Et en plus je trouve le moyen de rigoler. Depuis mon plus jeune âge je n'ai besoin que de 4 à 5 heures de sommeil. Une chance qui me fait vivre 15 à 20% de plus que les autres. J'espère que ça durera 15 à 20% de plus que les autres aussi. Mais c'est moins sûr.

Si je consacrais à sa promotion le même temps que vous passez à démolir Sarkozy et la même hargne, il n'y aurait plus une seule mairie socialiste la semaine prochaine. ;o})))

Bonne nuit.Claude (à l'humeur taquine, pardon)