PS: Sérénité de façade

Publié le par blog-pl-seguillon

            Le Parti socialiste souffre aujourd’hui d’un double paradoxe.

            Premier paradoxe . D’un coté, la PS bénéficie d’une belle santé électorale. Il vient de le démontrer lors des dernières élections municipales. Son premier secrétaire avait affiché pour ambition de conquérir 30 villes de plus de 20000 habitants. Ce sont 51 villes de plus de 20000 habitants qui ont basculé à gauche.  Dans le même temps, cependant, le PS souffre d’une grande faiblesse politique. Il peine à se faire entendre et à s’opposer de manière cohérente, crédible et constructive faute d’un corpus idéologique commun.

            Or tout le monde, au sein de ce parti, sait pertinemment ce qu’il conviendrait de faire pour surmonter cette contradiction. Il faudrait en effet  que cette formation politique choisisse un leader puis, dans un deuxième temps, forge un projet et, en dernier ressort, adopte une stratégie d’alliance. C’est ainsi que s’est rénové, il y a 35 ans, le parti socialiste et qu’il est parvenu au pouvoir. En 1971, à Epinay, il s’est donné un leader en la personne de François Mitterrand , en mars 1972, à Suresnes, il a accouché d’un projet intitulé  «  changer la vie » et en juin il a signé le « programme commun » avec ses partenaires communistes et radicaux de gauche.

            Mais – et c’est le deuxième paradoxe,  c’est tout le contraire qui est en train de se passer au sein du PS parce qu’aucun leader ne parvient à s’imposer.

            D’un côté, Ségolène Royale qui ne fait pas mystère de son ambition renouvelée, a pris un tain d’avance en allant soutenir ses camarades socialistes engagés dans la campagne municipale. Elle est fermement décidée à tenter de prendre la tête du PS lors du prochain congrès grâce à la popularité dont elle continue de bénéficier chez les militants.

            Tous les autres candidats potentiels, en revanche, mettent volontairement la charrue avant les bœufs. Ils brandissent la nécessité de définir d’abord un projet et une stratégie avant de choisir celui ou celle qui portera ces idées à la tête du PS voire dans la prochaine campagne présidentielle.

            Ce qui est pour tous un manière de barrer la route à Ségolène et pour chacun une façon de gagner du temps et de marquer à la culotte tous les autres !

            D’où ce climat de fausse sérénité. Mais, derrière ce calme et ce consensus apparents, se cache une lutte féroce entre les présidentiables non prétendant à la direction du PS - François Hollande qui n’exclut plus d’être candidat en 2012 et Laurent Fabius qui n’a pas dit son dernier mot, les présidentiables prétendant à la direction du PS - Ségolène Royal, Bertrand Delanoë, voire Martine Aubry et les prétendants supposés non présidentiables, les Moscovici, Dray et consorts.

            Tant qu’il en ira de la sorte, le PS parlera à plusieurs voix et demeurera inaudible. Et il devrait en aller ainsi au moins jusqu’en juin. C’est seulement au lendemain de la convention socialiste au cours de laquelle sera révisée la « déclaration de principes », texte fixant les valeurs et objectifs du PS, que débutera véritablement la course au leadership en prévision du congrès de novembre.  

 

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Alceste 30/03/2008 18:59

Quand vous affirmez, Monsieur Séguillon, que le PS « peine à se faire entendre », vous mettez le doigt, je crois, sur la question à laquelle les socialistes ne devraient pas pouvoir échapper, sauf à cesser d’exister : quelles réponses spécifiques le parti en tant que tel est-il capable d’apporter pour convaincre ? Mais en même temps vous suggérez que la question, sur le plan électoral, est finalement secondaire, puisque vous accordez la primauté à la désignation du chef de file. De cette façon, finalement, vous donnez du crédit à la démarche de S.Royal, tout entière exploitée (je tiens au verbe …) par les médias, et cela depuis longtemps.

Tout se passe au fond comme si on devait admettre désormais :

- que la question des idées est devenue secondaire (et par là même l’histoire du socialisme et de ses débats), le tout consistant à être « moderne », avec l’avantage de pouvoir mettre là-dedans n’importe quoi selon les circonstances, y compris les pires renoncements.

- que l’action quotidienne des parlementaires effectivement en exercice est sans intérêt : pas de quoi en faire la une des journaux, encore moins une photographie sur papier glacé en couverture.

Il faudrait donc accepter comme irréversible la dégénérescence du parti, manifeste, selon moi, depuis qu’il a conçu qu’on puisse s’improviser militant le temps de désigner un candidat, et cela en dehors de tout effort de conceptualisation sur la pratique du pouvoir.

A voir la place de S.Royal dans les médias, l’expérience, bien que calamiteuse à en juger par les résultats, semble devoir se continuer aujourd’hui. : le micro-trottoir sur n’importe quel sujet (et, selon les règles de l’exercice, les banalités d’usage ), des « entretiens » soigneusement relus, réécrits, amendés, complétés (cf. la dernière livraison du Point), des tribunes offertes par les radios (jusqu’à couper le souffle à votre compère sur RTL). En fait tout le monde voit bien que S.Royal calque son attitude sur celle de son maître, non pas F.Mitterrand (il faudrait s’arrêter davantage) mais N.Sarkozy, qui effectivement s’était imposé, lui, depuis de longues années.

A cette différence près, pourtant : La notoriété de N.Sarkozy s’est développée en majeure partie grâce à ses fonctions. Celle de S.Royal n’existe que grâce aux médias, là où elle ne court jamais le risque de se voir opposer quelque contestation que ce soit. Aucun débat contradictoire, donc, ni à l’Assemblée (théoriquement le haut lieu de la démocratie), ni au même sein du parti, qu’elle dénature elle-même à partir du moment où elle refuse l’idée même de courants, prenant de surcroît le soin de toujours éviter les sujets qui risquent de fâcher. Considérerez par exemple comment elle a pu exclure de ses discours de 2007 la mention même du capitalisme (cinq occurrences, contre … 111 chez N.Sarkozy !) (1), ce qui ne manque pas, a priori, de surprendre dans une parole prétendue de gauche. En revanche elle est imbattable en matière de clientélisme, explorant systématiquement toutes les catégories de citoyens susceptibles de lui apporter des voix. Il y avait eu par exemple pendant la campagne le soin apporté à nos compatriotes des Antilles, il y a maintenant l’attention aux personnes âgées au jugement si peu sûr selon elle, et puis encore l’affection pour les caissières etc. A quel titre, en vertu de quel passé probant, de quels travaux faisant autorité parle-t-elle ? Personne n’en sait rien. Certes, elle s’entoure de clubs enthousiastes, et même d’éminents penseurs qui n’ont rien à voir avec le PS. Cela ne fait de mal à personne et en tout cas elle en a parfaitement le droit. Il suffit d’en avoir les moyens, grâce à tel généreux donateur notamment. Mais le moins qu’on puisse dire est que la méthode donne du militantisme ordinaire une bien piteuse image, car le débat interne qui en faisait autrefois toute la force se trouve ipso facto neutralisé. La stratégie électorale de S.Royal crève les yeux. Malheureusement elle vide le socialisme de sa substance. N’importe qui peut s’en prendre au gouvernement Sarkozy-Fillon. En revanche, démontrer qu’on est capable de surmonter les crises qui s’accumulent, toujours inédites comme on le voit, tout en permettant aux hommes de progresser, c’est manifestement une autre affaire. La frivolité, comme dit le Président, n’y suffira pas. Pour bien labourer un terrain, Monsieur Séguillon, il faut d’abord une bonne charrue, je crois. Pardon d’exprimer ici le gros bon sens d’un provincial.

(1) Source : http://sites.univ-provence.fr/veronis/Discours2007/

Alain 27/03/2008 23:05

Cher PLS,

() La stratégie que la plupart des commentateurs politiques recommandent pour le PS est conforme à votre analyse, se choisir un leader, forger un projet, adopter des alliances puis renégocier le projet dit d’alliance. Je pense en effet que cela peut fonctionner de la sorte avec pour le PS l’assurance d’être finaliste à tous coups quelque soient les qualités réelles ou supposées du candidat, de la candidate.

() Une observation cependant, Nicolas Sarkozy Président de l’UMP n’a pas suivi cet itinéraire, sous son impulsion pendant près de deux années, des conventions thématiques ont construit le programme sur lequel le candidat s’est adossé pour le présenter sous un éclairage présidentiel. C’est en janvier 2007 seulement qu’il se faisait introniser par ses adhérents, seul candidat, en ayant rallié ses opposants ou su écarter les manœuvres de dispersion, le tout en conformité avec les statuts du parti. Cela marche aussi, la preuve en a été faite.

Est-ce que finalement il peut y avoir différent chemins menant à la victoire ? Différent chemins oui ! Vers la victoire, c’est toute la question, rien n’est moins sûr !

Souvenons-nous de Jacques Delors lors des présidentiels de 1995, tout semblait devoir lui sourire, une popularité au zénith, un parti le PS diminué mais toujours fort, tous les leaders de son camp le plébiscitaient. Au final il renoncera au motif que cet européen convaincu n’avait pas le soutien complet de la gauche pour atteindre ses objectifs. En réalité Jacques Delors, conscient de la difficulté de la tâche, le combat électoral d’une part et l’exercice du pouvoir présidentiel ne correspondaient pas à ses convictions et à sa nature profonde. Lionel Jospin qui mena la campagne fera un excellent finaliste contre Chirac.

Alors me direz-vous, quelle conclusion peut-on en tirer ? Je pense que la bonne formule pour un parti politique c’est du travail, toujours du travail (on a déjà entendu cela, même les artistes talentueux le recommandent), prendre les meilleurs et savoir les former, faire la promotion de ses élites. En cela l’épisode Royal-Besson aura été une erreur monumentale pour le PS.

Avec un petit peu de chance, tirer le bon numéro « Le Présidentiel », celui qui a des convictions un battant, celui qui possède ancré depuis longtemps l’envie de servir son pays avec chevillé au corps le sentiment de pouvoir y parvenir au plus haut niveau, quelques soient les obstacles. Je pense que Charles de Gaulle, Giscard d’Estaing, François Mitterrand étaient de cette trempe, Georges Pompidou était je crois de nature différente un véritable surdoué politique, un moderne et un artiste!

Au PS s’il en est un qui aura gâché son potentiel réel, c’est bien Laurent Fabius, obnubilé par le parcours droite-gauche de son modèle, François Mitterrand, il aura par sa glissade gauchiste lors du traité Constitutionnel Européen, repoussé le centre et les radicaux de gauche de son parti vers d’autres personnalités à l’image moins brouillée.

Bertrand Delanoë me semble posséder de nombreux atouts, sa gestion à Paris et les conditions de sa réélection lui confèrent une légitimité indéniable, mais voudra t-il quitter les lambris luxueux de la prestigieuse mairie de Paris pour cette aventure à haut risque en 2012 ?

Alain

Jeff de Burlats 27/03/2008 12:00

J'en bave d'avance.... L'été sera chaud chez les socialos, les vêtements seront amples car il faudra de la place pour y stocker (pour un temps au moins) les programmes à amalgammer de l'extrême gauche au centre "gauche" de Bayrou... sans Bayrou (?). Mais mieux, l'automne sera brulant, caniculaire au feu des forges qui affuteront les armes des "courants, des idéologies, et surtout des égos"remisées depuis trop longtemps dans les placards du consensus mou, des fausses solidarités, et des fraternités moisies d'une gauche sans idées, sans programme, sans identité!!! Je vais me régaler!

evelyne44 27/03/2008 11:46

Ce qui est dramatique, c'est que le problème principal du PS est devenu le PS lui-même, tout est subordonné à la problématique du leadership et du maintien de l'unité de façade du parti. En tant que citoyenne de base, il me semble que ce ne serait pas trop demander qu'un parti s'intéresse d'abord aux problèmes du pays, propose des solutions pour avancer plutôt que de se préoccuper d'abord de ses problèmes internes. Tant que le PS n'aura pas compris que ce qui intéresse les Français, ce sont les problèmes de la France et non pas les problèmes du PS, il ne pourra jamais constituer une alternative crédible, ce qui à titre personnel est d'ailleurs loin de me réjouir.

Alain 27/03/2008 11:11

Cher monsieur,Le PS est inaudible en partie parce que des journalistes ne cherchent qu'à en pointer les imperfections, se sentant mêmes en droit d'imposer les leaders potentiels, à savoir un duel Royal-Delanoë.Je ne partage pas du tout l'analyse qui est la votre ; il faut regarder la situation du PS aujourd'hui : ce qui lui manque cruellement est effectivement un projet national ambitieux, renouvelé, convaincant. Ce projet doit nécessairement être le fruit d'un travail collectif, c'est à mon sens la condition absolue pour que le parti retrouve une unité. Et ce n'est qu'une fois ce projet déterminé, que pourra se dégager un leader fort, le dit projet étant l'élément fédérateur. A aujourd'hui aucune personnalité ne peut clairement se dégager. Il n'est pas évident que les militants aient la volonté de retenter l'expérience "Ségolène", quant aux autres ils ont encore beaucoup à prouver.J'ai l'impression que certains journalistes tentent par tous les moyens d'inverser le processus, de mettre en avant les rivalités, empêchant ainsi le PS de retrouver une crédibilité. C'est triste, non seulement trop de journalistes n'assument plus leur fonction de contre-pouvoir, mais en plus ils déforment le débat politique.  Ce n'est pas de cette manière que notre démocratie retrouvera des couleurs...