Rigueur : le parler faux

Publié le par blog-pl-seguillon

 

     Rien de nouveau sous les lambris  des palais ministériels et présidentiels ! Les dirigeants politiques continuent de refuser la vérité aux Français. A croire qu’ils  les considèrent toujours  comme un peuple mineur. Il y a presque trente ans, dans un petit ouvrage préfacé par Jacques Julliard , Michel Rocard exhortait ses collègues à « parler vrai ». Il n’a pas été écouté. Rien n’a changé. Et le nouveau président, qui n’a eu de cesse avant et après  son élection de proclamer la nécessité de la rupture, ainsi que son gouvernement, continue à tenir aux Français un discours qui a peu à voir avec la réalité.

    Prenons-en quelques exemples.

    L’an passé, Nicolas Sarkozy a minimisé la gravité de la situation financière du pays et annoncé des allègements fiscaux en faveur principalement de ceux qui avaient fait son élection.  Il eut été conforme à la vérité de dire aux Français que la situation des comptes publics et sociaux était déjà désastreuse et qu’il convenait non pas de baisser les impôts mais au minimum de maintenir les taux de prélèvement. Le président a annoncé qu’à l’inverse de ce qui s’était passé avec ses prédécesseurs, l’Etat allait se montrer plus économe et moins dépensier. La vérité est que les dépenses de l’Etat pour l’année 2007 ont battu un record historique. Toutes administrations confondues, la dépense publique a atteint l’an passé  pour la première fois  la barre symbolique des 1000 milliards d’euros. Les dépenses ont largement excédé les recettes d’où une augmentation non prévue du déficit public et un creusement abyssal de la dette.

    Cette année, Nicolas Sarkozy et son Premier ministre jurent leurs grands dieux qu’il n’y aura pas de « plan de rigueur ». Tout juste concèdent-ils une « gestion sérieuse ». Serait-ce à dire que la gestion de l’Etat depuis dix mois était laxiste ? Peu importe il est vrai les mots à ceci près que l’Exécutif, une nouvelle fois, tarde à avouer la vérité aux Français. Et la vérité est que le gouvernement a volontairement surévalué la croissance de 2008 qui sera plus près de 1,5% du PIB que de la fourchette 2,25% - 2,5%  escomptée. La vérité est aussi que le gouvernement va devoir cette année définitivement annuler une partie des crédits gelés   au titre de la réserve de précaution  (7 milliards d’euros ) et renoncer partiellement ou totalement à un certain nombre de projets : la généralisation du "Revenu de solidarité active" (RSA), les mesures d’accompagnement de la loi pénitentiaire, les allègements fiscaux pour développer le logement... La vérité est encore que des coupes claires et donc douloureuses vont avoir lieu dont le non remplacement de quelques 35000 fonctionnaires partant en retraite.

     Or, alors que la situation économique se tend et que les comptes publics et sociaux sont tous dans le rouge, autrement dit et pour reprendre l’expression de Nicolas Sarkozy lui-même que "les caisses sont vides", ce dernier continue à faire croire aux Français que l’on va pouvoir supprimer la publicité dont bénéficie l’audiovisuel public et lui substituer un financement de l’Etat ( soit trouver plus d’un milliard d’euros chaque année !). Le même promet aux salariés de Gandrange que l’Etat apportera sa contribution à une éventuelle reconversion de l’aciérie Mittal ( soit quelques 50 millions d’euros ) alors même que le ministre du Budget en est à racler les fonds de tiroirs et que les instances européennes n'admettrait pas ce qui ne pourrait ressembler qu'à une distorsionn de concurrence.

    Pourquoi ce parler faux ? Pourquoi ne pas dire les choses telles qu’elles sont à savoir que, d’un côté, l’Etat vit au dessus de ses moyens et que, de l’autre, les Français – globalement bien entendu -  bénéficient d’un pouvoir d’achat trop important au regard de la trop faible  compétitivité du pays?  Pourquoi ne pas leur dire franchement qu’il faut pour restaurer le dynamisme économique national et relever le défi de la mondialisation un effort continu, collectif et nécessairement douloureux ?

    Les citoyens sont capables d’entendre ce propos conforme à la vérité à une condition bien sûr – sine qua non – que l’effort demandé soit justement réparti et que soient dans le même temps corrigées des disparités sociales insupportables.

   

 

 

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Bea 06/04/2008 18:25

Merci Claude, je crois que c'est la première fois que vous admettez d'avoir eu completement tord... Ca s'arrose !)

Certes, il faut bien le deviner quand meme : on voit que vous avez l'experience pour cacher vos erreurs:)

Bea 06/04/2008 17:57

Hehe,

Claude 06/04/2008 13:44

Béa,

J'ai oublié de préciser qu'il n'y a pas de professeurs d'économie au collège et c'est bien dommage quand on voit que la France est le pays développé dont les citoyens sont le moins au fait des grands principes de l'économie. Le "dégrossissage" à cette discipline est confiée aux professeurs de Technologie dont 1/3 est recruté avec l'étiquette "économie-gestion" 1/3 avec l'étiquette "Electronique" et 1/3 avec celle de la "Mécanique-Productique". Ils sont généralement polyvalents et recrutés actuellement avec un diplôme égal ou supérieur à la licence dans leur discipline principale et l'équivalent ou au moins le niveau d'un BAC+2 dans les deux autres. Ils ont tous une culture informatique importante et beaucoup d'entre eux sont ingénieurs en Informatique.

Pour ma part  je suis Ingénieur en Informatique d'entreprise avec une formation initiale d'expert-comptable.

Claude 06/04/2008 12:59

Béa,

Il ne me semblait pas nécessaire d'accompagner ma remarque d'un cours historique sur les EPIC ni d'un cours de droit public. Aussi, malgré votre provocation je vais rester simple donc superficiel.

 Les principales EPIC qui exercent des activités du domaine concurrentiel sont la SNCF, Réseau ferré de France, la RATP, l'Opéra de Paris et La Poste.

La loi qui transforme La Poste en EPIC est de juillet 90. C'est effectivement au 1er janvier 1991 qu'elle devient une personne morale de droit public que l'on appelle "exploitant public". Ce qui différencie principalement une EPIC d'une entreprise totalement privée est qu'elle bénéficie d'une garantie totale de l'Etat (important pour garantir les droits statutaires des employés fonctionnaires). Avec la dérégulation de 2005 et la Banque postale en 2006 elle est totalement confrontée à la concurrence qui en fait simplement une entreprise comme les autres avec seulement des obligations de service public (notamment la proximité postale fixée à 5 Km grâce à Jean Proriol, député UMP).

Donc, il ne vous échappera pas que le statut de La poste, seul EPIC totalement assujetti aux règles de la concurrence, est purement technique. Il est provisoire.

La Poste est gérée tout à fait comme une entreprise privée. C'est ce qui permet à Bruxelles d'être patient en attendant un statut totalement privé. Et si un nombre important de ses personnels sont encore fonctionnaires c'est simplement pour respecter les engagements de l'Etat  (comme cela est aussi le cas pour France Télécom par exemple) et cela a tendance à disparaître au gré des nouvelles embauches.

Le statut public ne se justifie que par le respect des engagements de l'Etat à l'égard des fonctionnaires de La Poste. Si les EPIC était à l'origine destinées à assurer un service qui ne pouvait pas être fourni par une entreprise privée, ce n'est plus le cas (surtout pour La poste). Cela est devenu un statut "de façade". Si un établissement public peut employer des salariés de droit privé, les entreprises privées ne peuvent pas employer des fonctionnaires (condition constitutionnelle pour qu'une SA emploie des fonctionnaires = capital détenu à + de 50% par l'Etat). Avec le départ du dernier fonctionnaire, le statut sera transformé. Comme je ne connais pas l'âge du plus jeune, je ne sais pas quand cela aura lieu.

Aussi, la seule garantie d'avoir toujours un meilleur service à La poste n'est ni son statut ni votre pugnacité politique mais sa volonté de faire face à ses concurrents. CQFD.

Cordialement,Claude

Claude 06/04/2008 00:28

Annick,

Vous fantasmez. Pas besoin de faire une recherche ni sur Google ni ailleurs. C'est vous qui avez dit que vous étiez médecin (au sujet de mme Sébire) et vous donnez vous même l'adresse du blog politique de votre parti à chacune de vos interventions. C'est un parti de gouvernement et j'apprécie particulièrement votre Président national comme beaucoup de français.

J'indique également l'adresse de mon site (qui n'est pas politique) mais comporte un lien vers mon club de réflexion. 

Nous sommes cousins centristes.

Claude