Rationalisation ou rigueur? Le dialogue de sourds !

Publié le par blog-pl-seguillon

La querelle entre la majorité et l’opposition sur le sujet des économies pour savoir s’il s’agit d’un effort de  rationalisation de la dépense publique ou d’un plan de rigueur qui ne dit pas son nom relève d’un malentendu savamment entretenu par la gauche comme par la droite.

Nicolas Sarkozy s’est en effet volontairement situé au niveau structurel. Le chantier de la modernisation des politiques publiques qu’il a ouvert est une œuvre de long terme. Les 140 mesures de rationalisation de la dépense publique annoncées hier matin ainsi que la centaine de mesures déjà présentées en décembre dernier visent à passer au peigne fin l’ensemble des dépenses de l’Etat. Le propos est de  réaliser dans chaque secteur les réformes qui permettront d’ajuster  plus étroitement les moyens aux missions, d’éliminer  les doublons et de  mutualiser  les efforts  de en sorte de réaliser de substantielles économies. C’est ce qu’on fait avec succès plusieurs pays industriels. L’exemple  souvent avancé est celui du Canada qui, en quelques années, a remarquablement assaini ses finances publiques.

L’effort annoncé par le président de la République est d’ailleurs relativement modeste. L’Etat se propose, d’ici à 2011, de réduire  en rythme annuel de 7milliards bruts et de 5 milliards et demi nets la dépense publique (la réduction du nombre de fonctionnaires fera gagner à l’Etat 3,5 milliards d’euros dont la moitié sera restitué aux fonctionnaires sous forme d’intéressement). Si l’on compare ce projet d’économie étalé dans le temps au déficit annuel des finances publiques, soit 50 milliards d’euros, et à la dette, soit 1200 milliards d’euros, il n’y a pas là de quoi fouetter un chat d’autant que l’ensemble des mesures annoncées semblent de bon sens.

Mais lorsque la gauche parle de l’inévitable plan de rigueur, elle se situe au plan conjoncturel et interroge en revanche le gouvernement sur le court  terme.  Comment le gouvernement,  en effet,   va-t-il  pallier, dès cette année, l’état désastreux des comptes publics et des comptes sociaux ?  Celui-ci ne dit rien en effet des milliards d’euros  qui  vont manquer au niveau des recettes alors même que « les caisses sont vides ». Il ne dit pas  non plus combien de milliards d’euros de crédits vont être  purement et simplement annulés sur les sept qui ont été gelés au titre de la réserve de précaution dans la Loi de Finance 2008. Il ne dit surtout pas comment l’Etat va financer le surplus de la dette sociale alors que les comptes sociaux sont déficitaires de 14 milliards d’euros en 2007. Autant de questions qui induisent à leur tour nombre d’interrogations : le RSA – Revenu de solidarité active – sera-t-il ou non généralisé en 2009  comme l’avait initialement promis le gouvernement ?  Les mesures favorables au logement social vont-elles être abandonnées alors que la discussion au parlement de la loi sur le logement a été   différée ?  Que vont devenir les coûteuses mesures d’accompagnement de la loi pénitentiaire ? La   CRDS va-t-elle être augmentée ? Qu’en sera-t-il de la CSG ? Et pourquoi le gouvernement préfère-t-il ne plus parler de pouvoir d’achat mais de plein emploi alors même que le chef de l’Etat avait fait du premier sa principale préoccupation ?

L’opposition, qui peut difficilement contester le bien fondé des mesures de modernisation et de rationalisation des politique publiques à long terme, interpelle légitimement le gouvernement sur la politique budgétaire qu’il va suivre dans les mois à venir et sur les mesures de rigueur qu’il pourra difficilement  éviter.

L’Elysée et Matignon, qui hésitent  à clairement annoncer un plan de rigueur pour le temps présent tant la rigueur a mauvaise réputation dans notre histoire politique  passée (chacun se souvient du tournant de la rigueur opéré par la gauche en 1983 ou par Jacques Chirac à l’automne 1995), focalisent l’opinion sur le légitime et judicieux chantier de rationalisation à long terme des politiques publiques.

Autrement dit, ici et là on ne parle pas de la même chose mais on feint de s’affronter sur le même sujet. La droite récuse la rigueur au nom de la rationalisation. La gauche ignore la rationalisation pour mieux stigmatiser la rigueur.

Sans doute aurons-nous  et l’une et l’autre : la rigueur parce qu’elle est inévitable tant  l’Etat s’est fait cigale durant les premiers mois du quinquennat, la rationalisation parce qu’elle est indispensable tant les majorités successives de gauche comme de droite ont tardé ces dernières années à se faire fourmis.

 

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Ventadour 07/04/2008 17:26

Le système français est calamiteux. On nous dit que le Président de la République élu au suffrage universel existe justement pour "donner les grandes orientations et préserver les intérêts à long terme de la France". Or les derniers Présidents de la République ont été particulièrement incapables en ce domaine: ils ont laissé pousser les déficits, ils ont été incapables de faire entrer la France dans le monde post-communiste et la mondialisation, ils sont incapables d'engager les réformes du secteur public (mis à part  l'armée, mais c'était le plus facile). Les cohabitations successives ont sûrement joué un rôle en ce domaine tout comme l'état d'esprit des électeurs qui se comportent en fait de plus en plus comme des consommateurs impatients et non pas comme des citoyens responsables et adultes.

Bea 06/04/2008 23:06

Chere Evelyne,

Entierement d'accord avec vous!  Et desolee d'avoir ete un peu directe. Je prendrais un autre exemple qui , tiens tiens,  va plaire a notre brave Claude (sur l'informatique)

De mon epoque (ya pas si longtemps, dans les années 90), existait encore l'option informatique au lycee: on y apprenait a programmer sous Turbo Pascal! L'interet etait de former les elèves a la logique pure, aux algorithmes. La programmation forme a la rigueur pure et dure, à l'esprit logique  et a la concentration. Hors notre epoque est celle de l'hyper connection, de l'hyper communication, a un tel point que le QI de certains etudiants fleurte avec les 2 et demi. 

Je constate que les etudiants d'aujourdhui sont en effet beaucoup moins autonomes, et , par exemple, sont totalement incapables de programmer! On leur apprend uniquement a utilsier des logiciels (bref a savoir  cliquer avec le mulot, ou  a  appuyer sur entrer en gros), et on leur fait croire que les logiciels peuvent tout faire! Mais quand il se retrouvent devant un probleme numerique nouveau, ils sont à la masse!

Ils revassent en permanence, repondent a leurs 30,000 SMS quotidiens, surfent sur le web 2.0, histoire d'avoir l'air tres intelligents et tres "up to date', mais  ils sont incapables de  resoudre un probleme numerique par programmation, car leur logique est proche du zero absolu.

En France, les etudiants apprennent reellement a programmer en gros qu'a partir de bac plus 3 dans les ecoles d'ingenieurs (avant cetait en seconde, bac moins  2). 

Mais je le repete, tout est relatif et ya pire aileurs: en moyenne, on demeure au dessus des anglais par exemple, qui eux apprennent a programmer à bac + 5 (en these)!

Claude 06/04/2008 22:34

Béa,

Allez sur le site de l'OCDE sur lequel vous pouvez acheter un certain nombre de documents sur les classements de ses membres selon leurs résultats scolaires (que l'on trouve également mais gratuitement et périodiquement dans les bonnes salles de prof).

Le protocole d'évaluation et de comparaison, tout à fait scientifique, y est exposé avec clarté.

Nous sommes effectivement assez mal placés malgré des moyens largement supérieurs. La comparaison avec le premier fait ressortir que nous avons, de mémoire, environ 13 élèves par prof en France alors que le premier (Finlande) doit en avoir 15 avec des classes moins importantes mais un nombre d'heures face aux élèves sensiblement plus important. L'écart est d'environ 15 ou 16 % si ma mémoire ne me joue pas de tour.

Evelyne a raison et ce n'est pas se tirer une balle dans le pied que de dire ce que l'on pense de l'organisation de son travail si cela doit permettre d'améliorer les choses.

Cordialement,Claude

evelyne44 06/04/2008 21:06

Chère Béa,

Non, je ne suis pas masochiste !! Mais il ne faut pas se voiler la face, la conception du cursus d'enseignement en France est contreproductive et abbérante. C'est beaucoup trop disséminé, les élèves sont appelés à papillonner tous azimuts et ils ne retiennent rien, beaucoup trop fondé sur la mémorisaion (mon fils de 12 ans a dû apprendre 25 dieux grecs avec leurs équivalents romains sans qu'on lui ait expliqué quelle était la fonction de la mythologie dans la société grecque et pourquoi c'est seulement dans une société prétechnique que pouvaient éclore des croyances mythologiques, après on se dmeande pourquoi ce sont les enfants de profs qui comprennent mieux, parce leurs parents leur explique à la maison ce que c'est que la mythologie grecque), c'est un enseignement qui porte peu à l'autonomie intellectuelle. Les TPE qui étaient une très bonne initiative sont en voie de suppression sinon déjà supprimés. Le retour aux fondamentaux dans le primaire est d'une bêtise profonde. Qui n'a pas observé sur son enfant combien il mémorise facilement les cartes Pokémon et difficilement ses tables de multiplications ? Les enfants apprennent quand ils s'intéressent à ce qu'ils apprennent. Vouloir scinder l'orthographe et le calcul des contenus, ça va empirer encore la situtaion car une technique n'est jamais intéressante en soi.  Pour le coup, il faudrait faire appel à Edgar Morin qui a des idées auxquelles je souscris totalement pour réformer l'enseignement (interdisciplinarité, stimulation de l'esprit de recherche et de la créativité..) Il y a aussi le très beau Pennac, Chagrins d'école qui en dit long sur notre système destructeur. Pour être depuis longtemps dans l'éducation nationale, je sais qu'il y a des enseingants pleins d'enthousiasme qui donnent le goût d'apprendre, mais que le système génère aussi une inertie mortifère qu'il ne faut pas nier. Et c'est grave parce que l'éducation, c'est la base de l'égalité des chances et l'égalité des chances, c'est ce qui justifie la démocratie.

Claude 06/04/2008 19:20

Bernard, 

Pendant des années on a découragé les entreprises à conserver les "bientôt 50 ans" en pénalisant lourdement les licenciements après 50 ans (Contribution Delalande) .¨Par précaution, les entreprises licenciaient avant que le risque ne survienne. Elles n’embauchaient pas un sénior trop cher à licencier. 

La contribution Delalande a été supprimée au 1er janvier 2008. Les mauvaises habitudes ne se perdent pas vite. Il faudra assez longtemps pour que le réflexe "anti-quinqua" disparaisse. Il serait bien que les pouvoirs publics fassent un peu la publicité de la disparition de la Contribution Delalande pour informer les employeurs (surtout les petits qui ne se tiennent pas au courant et qui ne voient leur expert-comptable qu'une fois par an quand ils en ont un car je ne suis pas sûr que les centres de gestions soient très attentifs à ça). 

Bien sûr l'emploi des quinquas ne tient pas qu'à ça. Il y a beaucoup de freins propres aux français et le principal frein est la culture française de "l'avantage acquis". Comment croyez vous qu'un recruteur réagisse quand il a en face de lui quelqu'un qui va probablement trouver anormal de voir baisser son gros salaire acquis à l'ancienneté chez celui qui ne l'a pas gardé ? Même si la négociation tend à faire baisser les prétentions du recruté, le recruteur s'attend à ce qu'embauché, le quinqua continue à chercher ailleurs et les quitte assez vite. Ce frein là n'est pas près de disparaitre. Aussi, de ce point de vue là, la balle est dans le camp des quinquas. 

Beaucoup de quinquas ont une longue carrière chez un seul employeur, voire deux. Il y a quelques années, c'était une preuve de stabilité que les entreprises aimaient bien. Aujourd'hui, c'est le contraire. Cela fait naître le soupçon que le candidat soit casanier et qu'il manque d'ambition et d'expériences multiples. 

Je ne dis pas que tout ceci soit  bien ou mal. Je donne simplement trois explications de la singularité française et il y en a beaucoup d'autres (formation, spécialisation spécifique du précédent employeur, etc.). Il y a encore du boulot. 

J’ai visité votre site et il comporte quelques erreurs et notamment concernant la clause de non concurrence qui n'est pas à la charge de la communauté comme vous le prétendez. L'article L.120-2 du Code du travail prévoit que : "nul ne peut apporter au droit des personnes et aux libertés individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient justifiées par la nature de la tâche à accomplir, ni proportionnées au but recherché". Et bien entendu l’employeur quitté, quelle qu'en soit la raison, qui impose le respect d’une clause de non concurrence qui satisferait  l’article L-120-2 du code du travail doit, en plus, dédommager le salarié empêché de retrouver un emploi en lui versant une contrepartie financière.  La jurisprudence est très favorable aux salariés soumis à cette clause. 

Bonne chance, Cordialement,Claude